Essai - Morgan Plus Four (2026) : artisanat, tradition et caractère à la sauce anglaise

Publié le 12 octobre 2026 à 16:30
Essai - Morgan Plus Four (2026) : artisanat, tradition et caractère à la sauce anglaise

Fabriquée depuis 76 ans dans le même comté, le Worcestershire, la Morgan Plus Four partage avec la célèbre sauce les valeurs mariant artisanat, tradition et caractère. Le type de recette dont seuls les Anglais ont le secret.

La recette est simple, demeurer fidèle aux trois incontournables ingrédients de base de la maison : le frêne, l’aluminium et le cuir. Oui, vous avez bien lu, le frêne, le bois de l’arbre. Lequel constitue toujours l’armature de la carrosserie en aluminium qui repose sur une toute nouvelle plateforme – également en alu – apparue en 2020. Grosso modo, la méthode reste la même depuis… 1936.
Que ce soit sur le plan du mode de fabrication ou du plaisir de conduite : au‑then‑tiques. Découvrir la Plus Four, c’est déjà accomplir un voyage dans le passé. Sa ligne vous renvoie directement à la première moitié du xxe  siècle, presque aux origines de l’automobile. Une vraie calandre – ici en finition noire optionnelle –, de vraies ailes « off‑board », coiffées d’optiques circulaires, agrémentées de longues portées sur notre modèle, un capot à la Tex Avery transpercé de petites ouïes d’aération.
Lesquelles sont créées par une machine aussi ancienne que la marque, que certains clients privilégiés sont invités à actionner eux‑mêmes pour apposer leur griffe sur le capot de leur future auto ! Morgan tient en effet à ce que chaque client puisse personnaliser sa voiture. Le profil de cette Plus Four est d’une simplicité biblique, les ailes avant se prolongent jusqu’à celles de l’arrière, formant au passage les marchepieds, surmontés de minuscules portières échancrées.
Elles couronnent de superbes jantes à rayons optionnelles qui ajoutent une touche à ce charme ô combien vintage, presque suranné. La malle, en pente douce, peut quant à elle accueillir la traditionnelle cinquième roue. Un design entièrement rafraîchi en 2024, auquel Morgan s’est appliqué à conserver toute sa simplicité et sa pureté, sans la moindre pollution visuelle, en veillant à préserver la silhouette du modèle originel.

Oxygène

Notre traversée de Paris se fait sans encombre sous le crépitement des appareils photo des touristes. Je me prends quelques instants pour une star, mais la star, c’est la Morgan, pas moi ! Le temps de constater que cette Plus Four se conduit avec la même docilité qu’une citadine, d’autant que notre exemplaire est équipé d’une boîte auto ZF à 8 rapports qui permet au 4 cylindres 2.0 turbo BMW – dernière génération, de type B48 – d’enrouler sur le couple.
Nous voici partis en direction de Fontainebleau pour un premier petit galop d’essai. Nul besoin d’alerte de survitesse ou d’inattention, de maintien dans la voie ou encore de conduite semi‑autonome ; nous ne sommes pas au volant d’une voiture lambda. La seule et unique alerte est le « bip » des ceintures de sécurité. La vitesse vous est indiquée par celle du vent et des copieuses turbulences qu’il provoque dans le minuscule habitacle.
Suroxygénation et massage des bras, côté portières, garantis. Enfin de vraies sensations, totalement oubliées à bord des tablettes multimédias à quatre roues que conduit désormais la majorité des automobilistes. Un conseil toutefois, sur long trajet, mieux vaut laisser en place les petits coupe-vent qui font office de hauts de portière…
La position est certes un peu étriquée mais pas inconfortable et l’ergonomie plutôt bonne pour un roadster anglais. Assis au ras du sol, au point que l’on peut presque effleurer le macadam du bout des doigts, on a les phares et les ailes en ligne de mire et les ailes arrière « dans » les rétroviseurs extérieurs.
On profite de multiples petites attentions comme ces contre-portes en cuir matelassé, cette superbe planche de bord qui peut être peinte ou habillée de bois – pas moins d’une quinzaine d’essences sont proposées. En son centre trônent deux charmants compteurs ronds, le compte-tours et le tachymètre côté… passager, comme il se doit sur une anglaise. Et nous pourrions encore citer ce verrou de boîte à gants rétractable.

Tanin naturel

Le cuir est fourni par la maison Bridge of Weir, une firme contemporaine de Morgan, née en 1905. Ses peaux aux tanins naturels sont censées se bonifier en vieillissant, à la façon d’un grand whisky. La Ford T fut la première auto à en être équipée ; suivirent les Aston Martin – depuis la DB5 –, les Bentley, la DeLorean et, beaucoup plus récemment, les Polestar.
Les seules concessions à la modernité se limitent au petit écran numérique derrière le volant et à cet éclairage intérieur optionnel qui, pour efficace qu’il soit, offre une lumière trop froide et trop puissante à cet habitacle vintage. Et que dire de ce minuscule pare-brise, posé verticalement juste derrière le volant ? Avec son entourage chromé, ses pare-soleil tendus de peau et ses trois balais d’essuie-glaces qui rappellent un non moins célèbre modèle anglais, la Jaguar Type E, il possède un charme fou !
Même si mon détail préféré reste ces portières échancrées qui permettent de rouler coude à la portière à la façon de Mastroianni au volant de sa Triumph TR3 dans La Dolce Vita. Un must absolu. Nous nous rendons chez notre ami Pierre, amateur éclairé de belles automobiles qui n’a jamais goûté aux plaisirs des modèles made in Malvern Link. Ce qui manque cruellement à sa culture.
Devant notre monture, il a les yeux d’un enfant qui reçoit sa première Dinky Toys. Il est immédiatement séduit par la Plus Four et je suis persuadé qu’après notre départ, il se sera précipité sur les petites annonces. Après un rapide tour, il qualifiera poétiquement cette Morgan, dont il a autant apprécié la simplicité que l’agrément, de « BMW romantique ; une nouvelle Z5 élevée au Glenfiddich » ! Cela n’était qu’un préambule.
Le lendemain matin, direction l’Auvergne, en prenant au passage notre photographe Laurent. L’occasion de remarquer que si cette Plus Four est dépourvue du moindre coffre, l’espace au dos des sièges autorise à caser tout son matériel photo ainsi que deux (petits) sacs de voyage. Très sensible au soleil, il m’incite à remettre en place la capote en toile, sans oublier les hauts de portière ; une manipulation qui réclame moins de deux minutes.
Nous ne le regretterons pas sur un trajet autoroutier de 400 km en cette période de canicule. D’autant que ce frêle couvre-chef permet – à vitesse réglementaire – de soutenir une conversation sans trop hausser le ton. Notre unique arrêt café-carburant amène plusieurs constats : a Plus Four aimante toujours autant les regards ; elle ne rechigne pas, de temps en temps, aux parcours autoroutiers ; elle a beau être peu portée sur la boisson, son autonomie demeure un peu juste… Dont acte.
Lors d’une petite pointe, je découvre que les nouveaux – et ravissants – rétroviseurs en aluminium font office d’alerte de survitesse, se rabattant progressivement au-delà d’une certaine allure avant de reprendre leur position. En contournant Clermont-Ferrand par les faubourgs, soleil au zénith, nous aspirons à trouver un peu d’ombre et de fraîcheur…
Sur le chemin des lacs auvergnats, nous immortalisons la Morgan dans une carrière de pierre volcanique où sa jolie teinte bordeaux métallisée se marie à merveille avec celle de la roche millénaire. Elle nous dévoile toute son agilité et sa facilité à l’occasion de quelques figures libres. Après avoir avalé un en-cas, nous sillonnons les courbes des premières petites routes auvergnates.

Aventure moderne

La Plus Four dévoile un parfait équilibre avec une direction et un train avant très incisifs, qui rappellent une… BMW. Le train arrière enroule avec docilité. Le 2.0 BMW – retravaillé par Morgan – s’adapte à tous les styles de conduite, faisant montre d’une immense souplesse. Nous croisons nombre de sportives, dont une Huracán, et des deux-roues menés par des pilotes aguerris.
Ça fait plaisir ! En arrivant au Mont-Dore, où nous allons déposer nos bagages à l’hôtel, nous rencontrons une autre Plus Four, et alors que nous ralentissons pour échanger deux mots avec son conducteur, ce dernier nous gratifie d’un burn ! Seconde séance photos à côté de la patronne – charmante et excentrique – d’une petite auberge, qui pose, avec son fidèle toutou, au guidon de son side-car Ural.
Le temps d’entendre et de voir passer une Aston Martin Vantage, un jeune à l’attaque au volant d’une 2CV et deux copains qui arsouillent en MX-5 et MR2. Décidément, les routes auvergnates attirent encore les amateurs de conduite. Après un bon dîner dans l’auberge de notre side-cariste et une nuit réparatrice, nous gagnons le tracé de la légendaire course de côte du Mont-Dore.
Pour l’anecdote, elle fut remportée lors de sa toute première édition, en 1961, par un certain José Rosinski, figure emblématique de Sport Auto, au volant d’une Cooper T56 ! Un troupeau d’équidés pose de bon gré, admirant au passage notre monture. L’occasion de profiter du parcours de cette célèbre côte, aussi technique que rapide.
Le 4 cylindres prend volontiers ses tours, jusqu’à 6 500, et sa puissance (258 ch) se révèle largement suffisante eu égard à une masse très raisonnable de 1 115 kg en ordre de marche à laquelle s’ajoute une belle disponibilité mécanique. D’autant plus que l’étagement de la ZF8 a été adapté et que sa réactivité s’avère des plus probantes pour une transmission automatique traditionnelle.
Sous réserve, bien sûr, de ne pas réclamer trop tôt le rapport inférieur. On la commande depuis de petites palettes, fixes, au volant, identiques à celles d’une BMW – et pour cause –, que nous aurions cependant préférées en cuir ou en alu, pas en plastique. Avec sa plateforme alu ultramoderne, cette Plus Four du xxie  siècle offre toute la rigueur d’un modèle contemporain.
Une rigueur encore optimisée par un autobloquant mécanique, intégré au Dynamic Handling Pack optionnel. Sans oublier des amortisseurs réglables, spécifiquement développés par Nitron, accompagnés d’une barre antiroulis arrière. Ils assurent un remarquable travail tout en préservant un confort plus que satisfaisant, à l’exception de quelques coups de raquette sur certaines grosses inégalités.
On est loin de l’époque où les Morgan faisaient dire au grand-père de Tom (le responsable des relations presse), ancien distributeur automobile réputé à Paris : « On peut sentir si un ticket de métro a été poinçonné ! » Précisons qu’à défaut de se révéler noble, la sonorité du 4 cylindres suralimenté n’est pas désagréable grâce aux pétarades prodiguées par l’échappement sport, actif, dont était dotée notre voiture.
Avec son autobloquant mécanique et son antidérapage ESC déconnectable, cette Plus Four sait se montrer joueuse, mais jamais piégeuse. Quant au freinage, il ne soulève pas la moindre critique ; offrant une consistance idéale, sa pédale réclame un minimum de jarret, ce qui aide à parfaitement doser la pression.
Notre pérégrination auvergnate se poursuit par les incontournables lacs Chambon et Pavin où, dans ce dernier – profond de 92 m –, a dû être pêché l’omble chevalier que nous avons dégusté hier soir ! Avec une ultime prise – de photos celle-ci – dans l’adorable et pittoresque village médiéval de Besse-et-Saint-Anastaise.
Un véritable écrin pour notre Plus Four qui s’accorde à merveille aux vieilles pierres, et dévoile aux passants esbaudis tout le charme d’une époque où l’automobile faisait la part belle aux plaisirs des sens. Et de l’essence ! A ce propos, le trajet de retour permettra de confirmer la sobriété de cette Plus Four.
Le somptueux panorama de la Banne d’Ordanche, sommet posé à 1 515 m, dominant Le Mont-Dore et offrant une vue à 360° sur les trois massifs volcaniques du parc naturel régional des Volcans d’Auvergne, sera l’épilogue de notre périple, ô combien attachant, au volant de l’un des derniers dinosaures automobiles.

L'avis de Sport Auto : 5/5

Aucun autre modèle ne peut se targuer de marier avec un tel bonheur le charme d’un authentique roadster vintage avec la rigueur et – presque – le confort d’une voiture contemporaine. Toute la magie de Morgan est là. Sans parler d’un agrément de conduite et de performances de très bon niveau. De quoi « transformer chaque voyage en une aventure », comme le résume si bien le slogan maison !

Morgan Plus Four : sa fiche technique

  • Moteur : 4 en ligne, turbo, 16 S
  • Cylindrée : 1 998 cm3
  • Puissance maxi : 258 ch à 4 400 tr/mn
  • Couple maxi : 40,8 mkg de 1 000 à 4 300 tr/mn
  • Transmission : roues AR, 8 rapports auto avec palettes au volant
  • Antipatinage : de série déconnectable
  • Autobloquant : en option, mécanique
  • Poids annoncé : 1 115 kg
  • Rapport poids/puissance : 4,3 kg/ch
  • L - l - h : 3 830 - 1 650 - 1 250 mm
  • Empattement : 2 520 mm
  • Pneus AV & AR : 205/60 R 15 (Avon ZV7)
  • Réservoir : 38 l
  • Prix de base : 95 000 €
  • Prix des options/malus : 29 970/2 544 €
  • Prix du modèle essayé : 127 514 € (malus compris)
  • V. max. : 240 km/h
  • 0 à 100 km/h : 4’’8

Retrouvez notre essai Grand format de la Morgan Plus Four dans le Sport Auto n°776 du 28/08/2026.

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