Essai - Morgan Plus Four (2026) : artisanat, tradition et caractère à la sauce anglaise
Fabriquée depuis 76 ans dans le même comté, le Worcestershire, la Morgan Plus Four partage avec la célèbre sauce les valeurs mariant artisanat, tradition et caractère. Le type de recette dont seuls les Anglais ont le secret.
La recette est simple, demeurer fidèle aux trois incontournables
ingrédients de base de la maison : le frêne, l’aluminium et le
cuir. Oui, vous avez bien lu, le frêne, le bois de l’arbre. Lequel
constitue toujours l’armature de la carrosserie en aluminium qui
repose sur une toute nouvelle plateforme – également en alu –
apparue en 2020. Grosso modo, la méthode reste la même depuis…
1936.
Que ce soit sur le plan du mode de fabrication ou du plaisir de
conduite : au‑then‑tiques. Découvrir la Plus Four, c’est déjà
accomplir un voyage dans le passé. Sa ligne vous renvoie
directement à la première moitié du xxe siècle, presque aux
origines de l’automobile. Une vraie calandre – ici en finition
noire optionnelle –, de vraies ailes « off‑board », coiffées
d’optiques circulaires, agrémentées de longues portées sur notre
modèle, un capot à la Tex Avery transpercé de petites ouïes
d’aération.
Lesquelles sont créées par une machine aussi ancienne que la
marque, que certains clients privilégiés sont invités à actionner
eux‑mêmes pour apposer leur griffe sur le capot de leur future auto
! Morgan tient en effet à ce que chaque client puisse personnaliser
sa voiture. Le profil de cette Plus Four est d’une simplicité
biblique, les ailes avant se prolongent jusqu’à celles de
l’arrière, formant au passage les marchepieds, surmontés de
minuscules portières échancrées.
Elles couronnent de superbes jantes à rayons optionnelles qui
ajoutent une touche à ce charme ô combien vintage, presque suranné.
La malle, en pente douce, peut quant à elle accueillir la
traditionnelle cinquième roue. Un design entièrement rafraîchi en
2024, auquel Morgan s’est appliqué à
conserver toute sa simplicité et sa pureté, sans la moindre
pollution visuelle, en veillant à préserver la silhouette du modèle
originel.
Oxygène
Notre traversée de Paris se fait sans encombre sous le
crépitement des appareils photo des touristes. Je me prends
quelques instants pour une star, mais la star, c’est la Morgan, pas moi ! Le temps de
constater que cette Plus Four se conduit avec la même docilité
qu’une citadine, d’autant que notre exemplaire est équipé d’une
boîte auto ZF à 8 rapports qui permet au 4 cylindres 2.0 turbo BMW
– dernière génération, de type B48 – d’enrouler sur le couple.
Nous voici partis en direction de Fontainebleau pour un premier
petit galop d’essai. Nul besoin d’alerte de survitesse ou
d’inattention, de maintien dans la voie ou encore de conduite
semi‑autonome ; nous ne sommes pas au volant d’une voiture lambda.
La seule et unique alerte est le « bip » des ceintures de sécurité.
La vitesse vous est indiquée par celle du vent et des copieuses
turbulences qu’il provoque dans le minuscule habitacle.
Suroxygénation et massage des bras, côté portières, garantis. Enfin
de vraies sensations, totalement oubliées à bord des tablettes
multimédias à quatre roues que conduit désormais la majorité des
automobilistes. Un conseil toutefois, sur long trajet, mieux vaut
laisser en place les petits coupe-vent qui font office de hauts de
portière…
La position est certes un peu étriquée mais pas inconfortable et
l’ergonomie plutôt bonne pour un roadster anglais. Assis au ras du
sol, au point que l’on peut presque effleurer le macadam du bout
des doigts, on a les phares et les ailes en ligne de mire et les
ailes arrière « dans » les rétroviseurs extérieurs.
On profite de multiples petites attentions comme ces contre-portes
en cuir matelassé, cette superbe planche de bord qui peut être
peinte ou habillée de bois – pas moins d’une quinzaine d’essences
sont proposées. En son centre trônent deux charmants compteurs
ronds, le compte-tours et le tachymètre côté… passager, comme il se
doit sur une anglaise. Et nous pourrions encore citer ce verrou de
boîte à gants rétractable.
Tanin naturel
Le cuir est fourni par la maison Bridge of Weir, une firme
contemporaine de Morgan, née en 1905. Ses peaux aux tanins naturels
sont censées se bonifier en vieillissant, à la façon d’un grand
whisky. La Ford T fut la première auto à en être équipée ;
suivirent les Aston Martin – depuis la DB5 –, les Bentley, la
DeLorean et, beaucoup plus récemment, les Polestar.
Les seules concessions à la modernité se limitent au petit écran
numérique derrière le volant et à cet éclairage intérieur optionnel
qui, pour efficace qu’il soit, offre une lumière trop froide et
trop puissante à cet habitacle vintage. Et que dire de ce minuscule
pare-brise, posé verticalement juste derrière le volant ? Avec son
entourage chromé, ses pare-soleil tendus de peau et ses trois
balais d’essuie-glaces qui rappellent un non moins célèbre modèle
anglais, la Jaguar Type E, il possède un charme fou !
Même si mon détail préféré reste ces portières échancrées qui
permettent de rouler coude à la portière à la façon de Mastroianni
au volant de sa Triumph TR3 dans La Dolce Vita. Un must absolu.
Nous nous rendons chez notre ami Pierre, amateur éclairé de belles
automobiles qui n’a jamais goûté aux plaisirs des modèles made in
Malvern Link. Ce qui manque cruellement à sa culture.
Devant notre monture, il a les yeux d’un enfant qui reçoit sa
première Dinky Toys. Il est immédiatement séduit par la Plus Four
et je suis persuadé qu’après notre départ, il se sera précipité sur
les petites annonces. Après un rapide tour, il qualifiera
poétiquement cette Morgan, dont il a autant
apprécié la simplicité que l’agrément, de « BMW romantique ; une
nouvelle Z5 élevée au Glenfiddich » ! Cela n’était qu’un
préambule.
Le lendemain matin, direction l’Auvergne, en prenant au passage
notre photographe Laurent. L’occasion de remarquer que si cette
Plus Four est dépourvue du moindre coffre, l’espace au dos des
sièges autorise à caser tout son matériel photo ainsi que deux
(petits) sacs de voyage. Très sensible au soleil, il m’incite à
remettre en place la capote en toile, sans oublier les hauts de
portière ; une manipulation qui réclame moins de deux minutes.
Nous ne le regretterons pas sur un trajet autoroutier de 400 km en
cette période de canicule. D’autant que ce frêle couvre-chef permet
– à vitesse réglementaire – de soutenir une conversation sans trop
hausser le ton. Notre unique arrêt café-carburant amène plusieurs
constats : a Plus Four aimante toujours autant les regards ; elle
ne rechigne pas, de temps en temps, aux parcours autoroutiers ;
elle a beau être peu portée sur la boisson, son autonomie demeure
un peu juste… Dont acte.
Lors d’une petite pointe, je découvre que les nouveaux – et
ravissants – rétroviseurs en aluminium font office d’alerte de
survitesse, se rabattant progressivement au-delà d’une certaine
allure avant de reprendre leur position. En contournant
Clermont-Ferrand par les faubourgs, soleil au zénith, nous aspirons
à trouver un peu d’ombre et de fraîcheur…
Sur le chemin des lacs auvergnats, nous immortalisons la Morgan
dans une carrière de pierre volcanique où sa jolie teinte bordeaux
métallisée se marie à merveille avec celle de la roche millénaire.
Elle nous dévoile toute son agilité et sa facilité à l’occasion de
quelques figures libres. Après avoir avalé un en-cas, nous
sillonnons les courbes des premières petites routes
auvergnates.
Aventure moderne
La Plus Four dévoile un parfait équilibre avec une direction et
un train avant très incisifs, qui rappellent une… BMW. Le train
arrière enroule avec docilité. Le 2.0 BMW – retravaillé par Morgan
– s’adapte à tous les styles de conduite, faisant montre d’une
immense souplesse. Nous croisons nombre de sportives, dont une
Huracán, et des deux-roues menés par des pilotes aguerris.
Ça fait plaisir ! En arrivant au Mont-Dore, où nous allons déposer
nos bagages à l’hôtel, nous rencontrons une autre Plus Four, et
alors que nous ralentissons pour échanger deux mots avec son
conducteur, ce dernier nous gratifie d’un burn ! Seconde séance
photos à côté de la patronne – charmante et excentrique – d’une
petite auberge, qui pose, avec son fidèle toutou, au guidon de son
side-car Ural.
Le temps d’entendre et de voir passer une Aston Martin Vantage, un
jeune à l’attaque au volant d’une 2CV et deux copains qui
arsouillent en MX-5 et MR2. Décidément, les routes auvergnates
attirent encore les amateurs de conduite. Après un bon dîner dans
l’auberge de notre side-cariste et une nuit réparatrice, nous
gagnons le tracé de la légendaire course de côte du Mont-Dore.
Pour l’anecdote, elle fut remportée lors de sa toute première
édition, en 1961, par un certain José Rosinski, figure emblématique
de Sport Auto, au volant d’une Cooper T56 ! Un troupeau
d’équidés pose de bon gré, admirant au passage notre monture.
L’occasion de profiter du parcours de cette célèbre côte, aussi
technique que rapide.
Le 4 cylindres prend volontiers ses tours, jusqu’à 6 500, et sa
puissance (258 ch) se révèle largement suffisante eu égard à une
masse très raisonnable de 1 115 kg en ordre de marche à laquelle
s’ajoute une belle disponibilité mécanique. D’autant plus que
l’étagement de la ZF8 a été adapté et que sa réactivité s’avère des
plus probantes pour une transmission automatique
traditionnelle.
Sous réserve, bien sûr, de ne pas réclamer trop tôt le rapport
inférieur. On la commande depuis de petites palettes, fixes, au
volant, identiques à celles d’une BMW – et pour cause –, que nous
aurions cependant préférées en cuir ou en alu, pas en plastique.
Avec sa plateforme alu ultramoderne, cette Plus Four du xxie
siècle offre toute la rigueur d’un modèle contemporain.
Une rigueur encore optimisée par un autobloquant mécanique, intégré
au Dynamic Handling Pack optionnel. Sans oublier des amortisseurs
réglables, spécifiquement développés par Nitron, accompagnés d’une
barre antiroulis arrière. Ils assurent un remarquable travail tout
en préservant un confort plus que satisfaisant, à l’exception de
quelques coups de raquette sur certaines grosses inégalités.
On est loin de l’époque où les Morgan faisaient dire au grand-père
de Tom (le responsable des relations presse), ancien distributeur
automobile réputé à Paris : « On peut sentir si un ticket de
métro a été poinçonné ! » Précisons qu’à défaut de se révéler
noble, la sonorité du 4 cylindres suralimenté n’est pas désagréable
grâce aux pétarades prodiguées par l’échappement sport, actif, dont
était dotée notre voiture.
Avec son autobloquant mécanique et son antidérapage ESC
déconnectable, cette Plus Four sait se montrer joueuse, mais jamais
piégeuse. Quant au freinage, il ne soulève pas la moindre critique
; offrant une consistance idéale, sa pédale réclame un minimum de
jarret, ce qui aide à parfaitement doser la pression.
Notre pérégrination auvergnate se poursuit par les incontournables
lacs Chambon et Pavin où, dans ce dernier – profond de 92 m –, a dû
être pêché l’omble chevalier que nous avons dégusté hier soir !
Avec une ultime prise – de photos celle-ci – dans l’adorable et
pittoresque village médiéval de Besse-et-Saint-Anastaise.
Un véritable écrin pour notre Plus Four qui s’accorde à merveille
aux vieilles pierres, et dévoile aux passants esbaudis tout le
charme d’une époque où l’automobile faisait la part belle aux
plaisirs des sens. Et de l’essence ! A ce propos, le trajet de
retour permettra de confirmer la sobriété de cette Plus Four.
Le somptueux panorama de la Banne d’Ordanche, sommet posé à 1 515
m, dominant Le Mont-Dore et offrant une vue à 360° sur les trois
massifs volcaniques du parc naturel régional des Volcans
d’Auvergne, sera l’épilogue de notre périple, ô combien attachant,
au volant de l’un des derniers dinosaures automobiles.
L'avis de Sport Auto : 5/5
Aucun autre modèle ne peut se targuer de marier avec un tel bonheur le charme d’un authentique roadster vintage avec la rigueur et – presque – le confort d’une voiture contemporaine. Toute la magie de Morgan est là. Sans parler d’un agrément de conduite et de performances de très bon niveau. De quoi « transformer chaque voyage en une aventure », comme le résume si bien le slogan maison !
Morgan Plus Four : sa fiche technique
- Moteur : 4 en ligne, turbo, 16 S
- Cylindrée : 1 998 cm3
- Puissance maxi : 258 ch à 4 400 tr/mn
- Couple maxi : 40,8 mkg de 1 000 à 4 300 tr/mn
- Transmission : roues AR, 8 rapports auto avec palettes au volant
- Antipatinage : de série déconnectable
- Autobloquant : en option, mécanique
- Poids annoncé : 1 115 kg
- Rapport poids/puissance : 4,3 kg/ch
- L - l - h : 3 830 - 1 650 - 1 250 mm
- Empattement : 2 520 mm
- Pneus AV & AR : 205/60 R 15 (Avon ZV7)
- Réservoir : 38 l
- Prix de base : 95 000 €
- Prix des options/malus : 29 970/2 544 €
- Prix du modèle essayé : 127 514 € (malus compris)
- V. max. : 240 km/h
- 0 à 100 km/h : 4’’8
Retrouvez notre essai Grand format de la Morgan Plus Four dans le Sport Auto n°776 du 28/08/2026.















