Essai - Alpine A390 GTS (2026) : blason "GTS" bonifiant ou statu quo ?
En version GTS, l’Alpine A390 pousse le curseur à 470 ch, sans rien changer des excellentes liaisons au sol de la GT, ni de son système de vectorisation du couple. Rien ne change, à part une nouvelle batterie. Rien ne change, à part que le lourd crossover est plus plaisant.
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Alpine A390 GTS : c’est la même...
Comme l’A390 GT que nous avons eue
précédemment à l’essai disposait des sièges Sabelt et des jantes de
21 pouces, impossible de différencier ce modèle de celui dans
lequel nous sommes aujourd’hui, en Italie. Ah si : les placages en
carbone forgé vernis sur la planche de bord et le pourtour des
commandes centrales. La GTS reprend, sans modification aucune, les
mêmes liaisons au sol (amortisseurs à butée hydraulique), la même
architecture « mécanique » (un moteur à rotor bobiné
avant, qui n’intervient pas sur autoroute, et deux moteurs à
aimants permanents arrière), le même design voulant rappeler les
lignes de l’A110 (dont la production s’est arrêtée fin juin) et la
même batterie « skateboard », rafraîchie par une plaque
froide. Eh bien non, pas la même justement.
Dans la GTS, ces accus Verkor de 400 V (fabriqués à Dunkerque)
utilisent une recette équivalente, c’est-à-dire une tambouille de
nickel, de manganèse et de cobalt. Le premier élément est présent
en plus grande quantité que dans la batterie LG de la GT (provenant
de Pologne), assurant ainsi, selon les dires de Fabrice Izzillo,
Product Performance Leader, un meilleur taux de charge et
de décharge.
Alpine A390 GTS : direction le sud de Milan
Pour résumer : la chimie de cette batterie française permet
d’envoyer plus de courant et d’en récupérer davantage. La capacité
est la même que celle de la GT, à savoir 89 kWh, et la dieppoise
serait en mesure de se recharger de 15 à 80 % en 27 mn. Et c’est
tout ? Oui, et ce n’est pas une tare, loin de là, puisque dans un
encombrement identique à celui de la GT, cette réserve
d’électricité fait en sorte que l’A390 puisse développer 470 ch et
84 mkg, soit une hausse substantielle de 70 ch et 16,6 mkg.
Substantielle car, si la GT donnait parfois l’impression d’être
sousmotorisée, la GTS efface ce défaut. Alpine annonce 3”9 pour
taper les 100 km/h et une vitesse de pointe relevée de 200 à 220
km/h. La GTS, nous en avions pris le volant (du moins celui d’un
prototype) il y a plus d’un an sur les pistes détrempées de Ladoux,
le centre d’essais Michelin.
Aujourd’hui, au sud de Milan, il fait une chaleur à faire fondre P
du granit, et le bitume parfaitement lisse du circuit auvergnat a
cédé sa place à des routes défoncées (dans le meilleur des cas),
voire traumatisantes pour les trains roulants (le plus souvent).
Nids d’autruche au milieu de la chaussée, compressions brutales non
signalées, changements de revêtement altérant motricité et
direction : rien n’est épargné à la GTS, qui s’en sort avec la même
prestance et le même talent que la GT. O.K., quand elle vient
enfoncer ses pistons dans ses amortisseurs, la française freine mal
sa course, mais en détente, les butées hydrauliques font du bon
travail, avec un délestage bien maîtrisé.
Quid du roulis ? Présent, évidemment. Il ne pouvait en être
autrement avec une fiche technique indiquant 2 121 kg sans le
plein… de passagers. Mais les mouvements de caisse n’ont pas
d’effet sur le ressenti. L’A390 GTS se comporte avec sérénité à
rythme énervé et ne pioche pas sur ses appuis, même lorsqu’elle est
confrontée à une série d’épingles sur les premiers reliefs bordant
la plaine du Pô.
Alpine A390 GTS : éloge de la patience
L’Alpine est confortable, plutôt
ergonomique, et permet de dépasser les camions par grappes de dix.
En matière de performances, l’écart est sensible. Alors que la GT
commençait à tirer la langue vers 130-140 km/h, la GTS accélère
franchement, même au-delà de 180 km/h. La bride intervient comme
une punition, c’est dommage, mais la sauvegarde d’une autonomie
acceptable est à ce prix.
Sur notre parcours d’essai, mêlant routes encombrées (un tiers),
réseau secondaire torturé (un autre tiers) et autoroute
relativement fluide (un dernier tiers), la consommation moyenne
s’est établie à 29,3 kWh/100 km, soit bien plus que les 20,4 promis
par Alpine avec ses jantes optionnelles de 21 pouces.
Cette surconsommation de presque 50 % n’est pas hérétique au regard
de notre conduite, qui, elle, l’était assez souvent. A l’issue de
cet essai routier, un brin de déception nous reste en bouche. Pas
en raison de la piètre prestation du crossover, mais au contraire,
du fait de ne pas avoir pu, dans ces conditions, en cerner les
limites. Mais Alpine a prévu une session sur la piste de Vairano,
ex-terrain de jeu de Ferrari avant que Fiorano ne sorte de
terre.
Alpine A390 GTS : ne pas mettre la charrue avant les bœufs
Quelle est la part de propriétaires d’A390 GTS qui participeront
à des track days ? Sourire poli et amusé de Terry Baillon,
la personne chargée de synthétiser les retours des différents
metteurs au point chez Alpine. Il passe à l’essentiel : le mode
d’emploi. « Rappelle-toi : il ne faut pas brusquer l’auto, mais
trouver le bon rythme en jouant sur les transferts de charge.
»
A un pilotage académique, avec gros freinages dégressifs
et remise des gaz progressive au point de corde, la GTS préfère un
mode d’emploi plus difficile à maîtriser, surtout sur cette piste
inconnue, et réclamant plus de patience et de pratique. Comme avec
la GT, pour exploiter pleinement l’AATV, il ne faut pas mettre la
charrue avant les bœufs.
J’en vois trois au fond de la classe qui froncent les sourcils.
AATV, c’est pour Alpine Active Torque Vectoring, la
vectorisation électrique et permanente du couple sur l’essieu
arrière, qui analyse tous les 2 centièmes de seconde la bonne dose
d’électrons à envoyer. Pas d’intervention sur les plaquettes dans
l’A390 en vue de freiner la roue intérieure, mais au contraire un
couple positif appliqué sur chacune des roues, avec une prévalence
pour la roue extérieure afin d’accentuer le phénomène de lacet.
Alpine A390 GTS : son seul grief ?
Pour bénéficier entièrement de l’équilibre (49/51 %), il faut
donner suffisamment de directionnel (freinage dégressif mais non
agressif) en braquant intempestivement, ne pas saturer l’essieu
avant, être patient sur le transfert de charge et, lorsque les
étoiles sont alignées, profiter de cette accélération de la roue
extérieure qui assure à la fois motricité et déhanché.
Ensuite, une fois le museau plus ou moins perpendiculaire à la
corde, le but du jeu consiste à ne pas contrebraquer. Débraquer,
oui, à condition de conserver toujours le volant dans le sens
correspondant au virage sous peine de ne plus jouir de l’AATV.
Entretenir la glisse n’est pas simple, surtout en sortie de courbe,
mais dès lors que le ballet d’appel‑contre‑appel est bien
orchestré, l’A390 GTS obtient les félicitations du jury.
Comme la GT, et c’est là probablement le seul grief que nous
adresserons à cette version la plus énervée des familiales Alpine
(en attendant mieux ?). La GTS, avec ses liaisons strictement
identiques, son grip mêlant efficacité et agilité et son esthétique
inchangée, pourrait laisser lui échapper quelques clients préférant
débourser moins pour des prestations dynamiques équivalentes.
Difficile de leur en vouloir.
Alpine A390 GTS : est‑elle une vraie Alpine ?
L’écart de 10 500 € justifie‑t‑il les 0”9 de mieux et la bride
décalée à 220 km/h ? Ce qui est tangible, c’est que l’A390 est une
auto bien née. Sa direction manque de consistance, certes, mais
dans ce segment, elle fait partie des bons élèves, même si, sur
route italienne, les gommes optionnelles Michelin Pilot Sport 4 ont
peu goûté le goudron dégradé.
Le freinage, quant à lui, prête toujours le flanc à la critique. Le
passage du régénératif à l’hydraulique n’est pas indolore,
occasionnant une attaque de pédale à géométrie variable. Lorsque la
molette RCH est positionnée sur le niveau 3 ou le mode One Pedal,
adopter une conduite sportive devient même inenvisageable avec une
progressivité réduite à peau de chagrin et un déclenchement de
l’ABS très prématuré.
Moins joueuse qu’une Ioniq 5 N (elle a été voulue comme ça), l’A390
GTS donne néanmoins le sourire. Est‑elle une vraie Alpine ?
Probablement pas, mais c’est une auto qui accepte une conduite
véhémente et gratifie son chauffeur de réactions précises et
équilibrées, à condition de mettre les formes.
L'avis de Sport Auto : 4/5
Le blason GTS ne bonifie pas l’A390. Celle-ci fait toujours valoir avec talent son amortissement prévenant sans être caoutchouteux, sa propension à enrouler le virage, et sa motricité de haut niveau. S’y ajoutent, grâce aux 470 chevaux, des accélérations à la hauteur du logo Alpine.
Alpine A390 GTS : sa fiche technique
- Moteurs : 3 électriques (1 avant synchrone à rotor bobiné, 2 arrière synchrones à aimants permanents)
- Puissance : 470 ch
- Couple : 84 mkg
- Transmission : intégrale, réducteur à un rapport
- Capacité utile de la batterie : 89 kWh
- Autonomie mixte (WLTP) : 557 km
- Puissance de charge maxi : 190 kW
- Antipatinage : de série déconnectable
- Autobloquant : non (Alpine Active Torque Vectoring)
- L - l - h : 4 615 - 1 885 - 1 525 mm
- Empattement : 2 708 mm
- Poids annoncé : 2 121 kg
- Répartition AV/AR : 49/51 %
- Pneus : 245/40 R 21 (en option)
- Prix de base : 78 000 €
- Options/bonus : 14 960 €/non
- Prix du modèle essayé : 92 960 €
- V. max. : 220 km/h (bridée électroniquement)
- 0 à 100 km/h : 3”9
- 400 m D.A. : 12”2
- 1 000 m D.A. : 22”5
Retrouvez notre essai de l'Alpine A390 GTS dans le Sport Auto n°776 du 28/08/2026.















