Essai - Ferrari Purosangue : le "Super SUV" est-il LA voiture ultime pour voyager ?
Quelle est "la" voiture ultime pour voyager : Rolls-Royce, Bentley ou Aston Martin ? Non… après avoir arpenté les routes du Vercors, le verdict est sans appel : le Ferrari Purosangue !
La question de l’ultra-routière relance l’éternel dilemme entre
le confort absolu et les plaisirs pointus d’une conduite
authentique. A savoir, où placer votre curseur entre le faste d’une
Rolls-Royce, le cosy d’une Aston Martin DBX et pourquoi pas
l’agrément musclé d’une Audi RS 6 ? « Facile : un Urus ! »
clameront les adeptes de Sant’Agata, pendant que les amateurs
d’exclusivité rappelleront que son badge Lamborghini cache en
réalité une plateforme de grande série et un V8 cloné sous des
capots très divers et peut-être trop variés. Va pour le
raffinement.
Une Maybach S 680 ? Pas assez typée ! Un Range Rover Overfinch ?
Trop lourd ! Et pourquoi pas un V12 de course dans un écrin de cuir
avec quatre sièges électriques chauffants et des portes arrière
antagonistes ? Pourquoi pas, en effet, une supercar avec un hayon ?
Bonne pioche ! La Ferrari Purosangue est cette
chimère à deux têtes : un moteur de compète dans un salon
d’esthète. Un véritable cas d’école, pour partager le concert d’un
V12, à quatre, tout en se laissant bercer par un confort ouaté. De
quoi réduire les grandes distances de moitié.
Ferrari Purosangue : mouton à cinq pattes
Pour véritablement jauger les aptitudes du Purosangue, il faut
commencer par choisir un terrain de jeu à la hauteur. Le Vercors !
Au départ de Lyon, où l’on s’empresse de quitter les grands axes en
direction de Valence avant de bifurquer, au hasard, vers le col de
la Machine. Voilà qui sonne bien. Presque autant que le 6,5 litres,
que l’on tire de sa torpeur et qui résonne déjà dans le creux de
l’oreille comme une mélodie douce et enivrante.
La note parfaite, ni trop aiguë ni trop grave, et sans les
détonations surjouées des SUV qui bombent le torse en éructant. Pas
besoin d’Akrapovic avec ce V12 atmosphérique ! Profitons-en pour
rappeler qu’à l’heure où plus personne ne s’intéresse à ce qui se
passe sous un capot, à part nous, l’agrément des cylindres à la
douzaine fait absolument toute la différence.
Mais hors de question de sortir la cravache d’emblée. La montée en
température n’est pas seulement une obligation, elle fait également
partie des plaisirs. Surtout pour une mécanique au pedigree aussi
exceptionnel, dont on découvre les saveurs par tranche de 1 000
tours comme on croquerait dans un millefeuille.
Malgré son poids et son gabarit, le Purosangue dévoile pourtant une
espèce de finesse, qui n’a rien à voir avec la horde des
Lamborghini Urus ni Bentley Bentayga. Et le châssis génère la même
impression. Ici, pas de roulis verrouillé artificiellement par des
barres serrées à double tour ni de suspension dure comme du bois à
décoller les plombages.
Mais plutôt une fluidité parfaite, produite par un amortissement
remarquable et un équilibre que l’on a l’habitude de rencontrer au
volant d’une GT. Lui-même naturellement produit par une répartition
admirable du poids entre les essieux (seulement 49 % posé sur
l’avant, grâce à la boîte rejetée à l’arrière). Autant dire que la
D76 depuis Saint-Jean-en-Royans est avalée en une bouchée. Avant
que nos quatre yeux ronds s’ouvrent comme des billes devant la
perspective du cirque de Combe Laval et ses à-pics de 700 m de
haut.
Si le Purosangue se joue des virages, son encombrement se fait
néanmoins sentir. Et vite. Son gabarit est autrement plus
volumineux que l’impression qu’il donne au volant. En clair, il
vaut mieux ne pas s’aventurer dans un village aux ruelles étroites,
sous peine d’y rester carrément coincé. Avec 5 m de longueur et
surtout 2,17 m de largeur avec les rétroviseurs, il est préférable
d’avoir le compas dans l’œil. D’autant que la simple idée de rayer
les tours d’aile en carbone fait suer à grosses gouttes. On a donc
intérêt à s’en tenir à des axes roulants. Et déserts, si possible,
pour pouvoir laisser le V12 s’ébattre en liberté.
Ferrari Purosangue : velouté
En mettant le cap vers Vassieux-en-Vercors, le Purosangue lâche
la bride et fait preuve d’une allonge absolument unique. On ne
répétera jamais assez à quel point cette caractéristique, propre au
V12 atmosphérique, est rare et précieuse. Tout comme son timbre. Le
Purosangue ne grogne pas comme un Urus, il miaule comme une voiture
de course.
Il n’aboie pas comme une Aston Martin DBX, il chante comme une
diva. Même si, pour être tout à fait honnête, le 6,5 litres de
notre version d’essai est plus étouffé que celui du premier
Purosangue que j’avais essayé,
il y a maintenant des années. Peut-être y a-t-il une disparité
entre les moteurs. Cela ne change rien au fait que son tempérament
reste unique.
Au fil des kilomètres, il devient même addictif. Sur les routes qui
longent la Serre des Aigles, la Ferrari aux bottes de sept lieues
donne l’impression de survoler les difficultés. Le moindre virage
ou la moindre courbe suffisent à ressentir la parfaite cohérence de
ses liaisons au sol. Pour mémoire, la suspension développée en
partenariat avec Multimatic peut moduler, en instantané, la charge
verticale appliquée à chaque pneu pour garantir la stabilité. Et
ainsi se passer de barres antiroulis.
Le Purosangue peut donc faire varier sa garde au sol, pour
l’augmenter comme un lift system, ou abaisser son centre de gravité
en virage en deux temps trois mouvements. Autant de coups de pouce
qui font la différence au volant, sans que a hausse des masses non
suspendues (celles des moteurs électriques à l’intérieur de chaque
amortisseur) soit réellement gênante.
Ajoutez à cela les roues arrière directrices de la 812
Competizione, un différentiel E-diff bien inspiré et une armée de
puces savantes (dont l’ABS Evo à capteurs à 6 voies de la 296 GTB),
et vous obtiendrez un niveau d’agilité déroutant pour une telle
masse. Le niveau d’adhérence est du même acabit, indépendamment des
Michelin Pilot Alpin qui équipent notre voiture d’essai.
Au point que, malgré notre bonne volonté, notre Purosangue refuse
catégoriquement de survirer. En effet, ce n’est pas faute d’avoir
essayé mais nous ne parviendrons pas à déconnecter totalement les
aides électroniques à la conduite, l’antipatinage reprenant du
service, y compris sur la position CT Off. Cela peut provenir du
fait que nous n’avons pas entièrement déconnecté les systèmes ADAS
au préalable.
A ce propos, le mini-joystick tactile du volant qui les commande
est non seulement inefficace mais aussi périlleux, tant il oblige à
scruter le bout de ses doigts plutôt que la route. La transition
est parfaite pour parler du seul vrai défaut du Purosangue : des
commandes pas assez intuitives en général et un volant tactile
compliqué en particulier. Je dois avouer que je n’ai pas des mains
de fée et que je préfère regarder loin devant plutôt que sous mon
nez quand je conduis.
C’était déjà le cas sur la Roma, première Ferrari de l’ère sans
boutons dont les commandes tactiles ne brillaient pas par leur
simplicité. Le Purosangue ne fait pas mieux. Au point que Maranello
en a pris conscience et fait désormais machine arrière en proposant
de changer le volant, sur les véhicules existants, pour le
remplacer par un modèle plus analogique. Fermons le chapitre.
Ferrari Purosangue : zéro défaut ?
Hormis le volant et le fonctionnement électrique de portes
arrière un peu lent, non, pas vraiment. A condition de ne pas
chercher à calculer sa consommation. Avec un V12 pour pousser plus
de 2 tonnes, on s’en serait douté, les 100 litres du réservoir sont
engloutis à la vitesse grand V. Mais passé le « Ah oui, quand
même ! » à la première station-service, la pilule est
avalée.
Direction la réserve naturelle des hauts plateaux du Vercors, avant
de dévaler vers le lac de Serre-Ponçon, pour faire une halte photos
sur la plage de Bois-Vieux. Grand bol d’air pur, et le V12 reprend
du service en direction de Sisteron. Surtout pas pour s’aventurer
dans sa citadelle, mais plutôt pour en apprécier le panorama.
« La plus puissante forteresse de mon royaume », ainsi que
disait un certain Henri IV, et il faut avouer que ça vaut le
détour. Tout comme les gorges de la Méouge qui relient la Drôme
provençale aux Hautes-Alpes. En contrebas, une eau turquoise
rebondit de cascade en cascade, puis se perd en tourbillons au gré
des criques de galets polis.
Le Purosangue s’apprécie, aussi, au rythme de la balade. Avant de
repartir sur un filet de gaz, en levant les voiles vers le Sud. A
mesure que les kilomètres défilent, la Ferrari est tellement facile
qu’elle fait oublier le caractère exceptionnel et décalé de sa
mécanique. Il suffit d’effleurer la pédale de droite pour s’en
souvenir. Pourquoi aller chercher la puissance dans les tours ?
Parce que c’est irrésistible ! L’aiguille du compte-tours réagit
comme une furie et la berceuse repart de plus belle. Un panneau
« Virages sur 10 km » attire le Purosangue comme un
aimant, ce qui est la preuve irréfutable que ce n’est pas un SUV.
Les freins ? Ils tiennent bien, à condition de les laisser quand
même refroidir ponctuellement, car ils dégagent beaucoup de
chaleur.
Cap vers Montfort, village perché dans les Alpes-de-Haute-Provence,
où le Purosangue se hasarde le temps d’une photo. Le panorama est
somptueux, avec une lumière de fin de journée qui donne à l’horizon
un aspect d’autant plus distant. Et accessoirement, l’assurance
d’être loin de tout, ce qui signifie qu’on a encore un bon paquet
de kilomètres à parcourir. Bonne nouvelle !
C’est précisément ce qui sépare le Purosangue des SUV d’ultra-luxe.
Toujours cette question de feeling. Ce truc impalpable qui fait
qu’au volant de la Ferrari, même à l’arrivée d’un long périple,
vous ne voulez plus lâcher le volant. Juste pour prolonger le
plaisir. Tout cela a évidemment un prix hors norme, auquel il faut
ajouter des options aux proportions déraisonnables.
L'avis de Laurent Chevalier : 5/5
Hormis son gabarit, pas vraiment passe‑partout, et son interface, pas vraiment facile, le Purosangue survole l’exercice qui consiste à marier le tempérament exceptionnel d’un moteur de course à la polyvalence d’un habitacle à 4 vraies places. Si vous êtes amateur de raffinement mécanique, inutile d’aller chercher du côté de Bentley, de Rolls‑Royce ou d’Aston Martin. Le V12 n’a aucun équivalent. C’est un puits de sensations, et sa boîte permet de ne pas en perdre une goutte.
Ferrari Purosangue : sa fiche technique
- Moteur : V12 atmo, 48 S
- Cylindrée : 6 496 cm3
- Puissance maxi : 725 ch à 7 550 tr/mn
- Couple maxi : 72,9 mkg à 6 250 tr/mn
- Transmission : intégrale non permanente, 8 rapports à double embrayage
- Antipatinage/autobloquant : de série déconnectable/de série piloté AV & AR (E-diff)
- Poids annoncé : 2 033 kg
- Rapport poids/puissance : 2,8 kg/ch
- L - l - h : 4 973 - 2 028 - 1 589 mm
- Empattement : 3 018 mm
- Pneus AV & AR : 255/35 & 315/30 R 22
- Réservoir : 100 l
- Prix de base : 441 073 €
- Prix des options/malus : 147 100/80 000 €
- Prix du modèle essayé : 668 173 € (malus compris)
- V. max. : 310 km/h
- 0 à 100 km/h : 3’’3
Retrouvez notre essai Grand Format du Ferrari Purosangue dans le Sport Auto n°769 du 30/01/2026.














