Entretien des voitures sportives : visites au réseau ou garagiste indépendant ?
Qu’elle s’appelle Ferrari, Porsche, McLaren ou Aston Martin, une voiture à hautes performances nécessite un entretien de même niveau. Pendant la période de garantie, pas de question à se poser. Mais ensuite, visites régulières au réseau officiel ou bien à un garagiste indépendant compétent ? Sport Auto a enquêté.
L'atelier est discret, au point d’être confondu avec une agence
Citroën dont il a gardé la rutilante couleur extérieure. Pourtant,
au garage Batayer, installé à Houdan (78), aucune voiture neuve ni
très récente à l’horizon : Lamborghini, Maserati, Mercedes et de
nombreuses Ferrari remplissent avantageusement l’atelier.
Cyril Batayer, le patron, explique la situation : « Les
voitures neuves, nous ne les voyons pas avec l’entretien sur 7 ans
que propose Ferrari ! » Il faut en effet savoir que chaque
véhicule neuf fabriqué à Maranello est vendu avec une garantie
légale de 3 ans, et même de 4 ans pour ce qui concerne le
Royaume-Uni.
Une fois la période de garantie écoulée, Ferrari propose de
prolonger gratuitement le suivi de la voiture jusqu’à sa septième
année. Il suffit pour ce faire d’amener la voiture dans un atelier
Ferrari officiel tous les ans ou 20 000 kilomètres. Après les 7 ans
de l’auto, Ferrari dispose bien sûr
d’autres programmes de couverture, permettant d’aller jusqu’aux 20
ans de la voiture et à sa potentielle obtention de la certification
« Ferrari Classiche ».
Chez McLaren, les interventions sont gratuites pendant les 3
premières années ou 45 000 km. La marque anglaise procède
essentiellement à des contrôles à chaque visite. Outre un coup
d’œil, l’huile et les filtres sont offerts.
Des réseaux de marques sous-représentés
Si aucun possesseur de Ferrari ou de n’importe quelle sportive à
hautes performances n’a d’intérêt à sortir du réseau du
constructeur durant les premières années de vie de son auto, la
question se pose toutefois avec plus d’acuité au fur et à mesure
que le temps passe. Plusieurs raisons à cela.
Les marques de prestige ont beau être connues de tous, elles
disposent de réseaux microscopiques : Lamborghini, ce sont cinq
adresses officielles en France. Ferrari dispose de quatorze
ateliers référencés dans l’Hexagone, quand McLaren n’en propose que
deux, sans compter l’adresse monégasque.
Un possesseur bordelais de McLaren a par exemple le choix suivant
pour faire entretenir son auto dans le réseau : parcourir 537 km de
route jusqu’à Lyon-Saint-Fons, ou bien 587 km jusqu’à Paris-Le
Vésinet ! Déraisonnable lorsque l’on sait que bien des garagistes
indépendants sont en mesure d’effectuer le même travail que les
ateliers officiels des constructeurs.
Avec un argument de poids, en outre : un taux horaire de
main-d’œuvre qui n’a que peu à voir avec celui des officines
officielles. Chez Symbol Cars près de Lyon par exemple, ce
spécialiste des véhicules de prestige facture l’heure de
main-d’œuvre 216 € sur une McLaren. Chez McLaren au Vésinet, l’heure de
travail vaut 252 €. Au garage Batayer d’Houdan, la main-d’œuvre est
facturée 105 € de l’heure, soit moins de la moitié de ce que
pourrait facturer n’importe quel garage Ferrari officiel.
‘"Il faut tout faire…"
A voir à quel point l’atelier s’active, on comprend vite que
bien des propriétaires de Ferrari ont fait leurs calculs eux aussi.
Le jour de notre visite à Houdan, une Testarossa était juchée sur
l’un des ponts. Elle n’avait plus de train arrière. Roues,
amortisseurs et moteur trônaient sur une table.
Cette Testarossa était venue pour un changement de la courroie de
distribution : « Un moteur, cela reste un moteur, sourit
Cyril Batayer lorsqu’on lui demande si une mécanique Ferrari
réclame plus d’attention ou de connaissances que les autres.
Simplement, il faut tout faire et bien respecter les règles.
»
La Testarossa sur le pont paraît très loin d’être
fatiguée et pourtant, David, le chef mécanicien, montre ce que
signifie « tout faire ». Deux durits de refroidissement
sont visiblement usées, il faut les changer. Une arrivée d’essence
n’a plus l’air fraîche non plus, et ainsi de suite. La distribution
de cette Ferrari nécessite tout de même trente heures de travail à
ce spécialiste Ferrari.
Il avoue disposer de toutes les documentations indispensables, bien
aidé en cela par le réseau Ferrari en Italie. Une question
technique peut aussi se régler en un coup de fil auprès de Charles
Pozzi, c’est-à-dire en contactant le représentant Ferrari de Paris.
Pour ce qui est des Lamborghini, pas de problème non plus pour ce
réparateur, et si jamais un souci devait se faire jour, la
concession Lamborghini de Milan répond elle
aussi au téléphone.
Les spécialistes indépendants des marques de prestige ont un
boulevard devant eux, indéniablement. Mais leur statut ne les
affranchit pas de certaines limites. Chez Porsche par exemple, on
dispose de modèles « courants » mais aussi de quelques modèles
rares à très hautes performances sortis voilà plusieurs années :
« Si l’on parle de Carrera GT ou de 918 Spyder, vu la quantité
de voitures en circulation, il est rare qu’un indépendant ait
effectué les formations et acheté l’outillage correspondant. C’est
quelque chose que l’on va retrouver uniquement dans les centres
Porsche », explique la filiale française du constructeur.
Outre l’outillage spécifique et sans doute une connaissance encore
plus pointue de certains modèles, Porsche France met en avant un
autre argument imparable en faveur des réseaux des constructeurs.
« La question à se poser, c’est aussi : est-ce que cela vaut le
coup d’y aller ? Sur le marché de l’occasion, les véhicules qui ont
fait leur entretien dans le réseau sont plus valorisés que
lorsqu’il n’y a pas de carnet d’entretien et de coups de tampon.
L’économie réalisée sur les heures de main-d’œuvre se
retrouve-t-elle lors de la valorisation de son véhicule ?
»
Et de signaler que le réseau Porsche France n’entend revendre presque que des autos suivies par ses propres soins… Garagiste indépendant ou réseau de marque, tout est possible pour qui possède une voiture de prestige dont la période de garantie est échue. Il s’agit finalement d’un choix personnel, guidé par le motif d’achat même : celui qui a acheté une sportive prestigieuse pour réaliser un « coup » financier n’a sans doute guère d’intérêt à confier son auto à un atelier indépendant. Quant à ceux qui roulent pour de vrai, la géographie de leur domicile par rapport aux réseaux officiels apporte déjà un élément de réponse tout à fait valable.
Retrouvez notre enquête sur l'entretien des sportives dans le Sport Auto n°775 du 31/07/2026.















