Retour aux sources - Aston Martin DB7 Vantage Volante (2001) : entre élégance visuelle et V12 chantant
Son élégance offre un plaisir contemplatif rare et son V12 enchante les conduits auditifs. En 2000, l’Aston Martin DB7 Vantage joue un son et lumière dont on profite à l’air libre dans cette déclinaison Vantage.
Certains démarrages à froid sont plus spectaculaires, mais la
sonorité profonde et gutturale trahit la présence d’un V12. Dieu
sait pourtant si notre élégante anglaise ferait presque tout pour
cacher l’arrivée de cette opulente mécanique dans sa seconde partie
de vie. Pas le moindre signe extérieur de vitesse ni artifice
destiné à attirer l’attention.
Seuls l’appellation « Vantage » sous le feu arrière droit et un
bouclier avant un peu plus enveloppant et intégrant deux petits
feux ronds dans sa portion inférieure la distinguent des premières
DB7 animées par un 6 cylindres à compresseur. Sur une Aston Martin, inutile d’en faire
des tonnes.
Les roues de 18 pouces se contentent de remplir les passages de
roue, et l’allure générale paraît d’une rassurante simplicité par
rapport à ses contemporaines versant volontiers dans la surenchère
stylistique. Parler d’élégance au moment de disserter sur le dessin
des Aston Martin revient à enfoncer une porte ouverte.
Alors, oui, la DB7 a de la classe et le coup de crayon d’Ian Callum
frôle la perfection, mais il marque surtout une rupture avec le
passé et devient la base du style des créations maison pendant une
bonne vingtaine d’années. L’aspect intemporel de notre modèle
datant de 2001 n’a pas pris une ride, vingt-cinq ans plus tard,
même une fois recouverte d’une imposante capote en toile dans cette
version découvrable baptisée « Volante ».
J’veux du cuir !
Parler de salon anglais à l’ouverture de la porte tient là
encore de la phrase toute faite, mais comment ne pas y penser ? La
superbe sellerie ornée de passepoils, le généreux garnissage de
cette noble peau autour de la planche de bord, son parfum
caractéristique et cette atmosphère cosy rappellent que les Aston
Martin ajoutent cette unique touche de luxe à un positionnement
sportif.
Le bois précieux disséminé un peu partout dans l’habitacle apporte
une petite pointe gentiment désuète à un dessin général plutôt
moderne. Raffinement oblige, les montants du pare-brise, le
pare-soleil mais aussi le ciel de toit sont recouverts d’Alcantara.
Seul le volant, dont l’intégration grossière de l’airbag est
typique de la fin des années 90, casse légèrement l’ambiance.
En se rapprochant, les divers commodos répartis sur la console
centrale, les commandes de vitres électriques, de rétroviseurs, de
clignotants, d’essuie-glaces, de phares ou encore la clé de contact
sont issus de chez Ford, alors propriétaire de la marque. Ce genre
de détails met en avant la dimension artisanale d’Aston Martin,
dont le salut dépend des grands constructeurs.
La DB7 y ajoute une ergonomie parfois fantaisiste, imposant
notamment un flegme tout britannique au moment de trouver le bouton
d’ouverture du coffre de l’habitacle, tout simplement caché dans le
rangement sous l’accoudoir central avant. Il fallait y songer ! Les
minuscules places arrière pratiquement inutilisables logent au
besoin un excédent de bagages.
A l’avant, les superbes sièges sont un peu moins accueillants
qu’ils ne le laissent penser : le dessin bombé des assises et des
dossiers pénalise le confort, et la position de conduite demeure un
brin haute. Juste après le traditionnel coup de clé, la pression
sur le petit bouton rouge intégré à la console centrale et destiné
à la mise à feu du V12 fait vite oublier ce manque de
savoir-vivre.
La rampe en colimaçon du parking de Carrousel Automobile met tout
de suite en évidence une garde au sol très basse qui ferait presque
regretter l’absence de système lift sur les sportives de cette
époque. Elle permet surtout de constater une fonction « rampage »
assez marquée de notre modèle à boîte automatique, mais aussi une
amorce de patinage des roues arrière au moment de poser le pied sur
la pédale de droite.
La faute ici à un accélérateur étonnamment brutal qui impose une
cheville droite de contorsionniste et un peu d’accoutumance pour
éviter les à-coups au moment de redémarrer ou de rouler au pas.
C’est d’autant plus dommage sur une auto débarrassée de sa
troisième pédale et dont l’unité à convertisseur à 5 rapports fait
preuve d’une douceur appréciable.
Elle s’accorde parfaitement à notre V12, qui fait patte de velours
en ronronnant comme un (gros) matou. Les quelques trépidations
ressenties sur les irrégularités du macadam parisien sont
suffisamment légères pour ne pas trop dégrader un confort correct,
grâce à un amortissement autrement moins ferme que celui des
références actuelles. En revanche, la lourde direction assistée
demande de menus efforts à basse vitesse.
Effet élastique
Déverrouiller les deux crochets de chaque côté de la baie de
pare-brise, puis presser le bouton d’ouverture de la capote
électrique et… rien ne se passe. Je suis pourtant à l’arrêt, avec
le levier de boîte automatique en position Drive, quand l’ami Greg
m’invite à mettre le frein à main. Et là, miracle, notre belle
anglaise fidèle à l’adage ceinture et bretelles daigne enfin se
découvrir !
Quant au V12, c’est une bénédiction pour la GT anglaise. Arrivé en
1999, ce superbe bloc d’origine Ford dérive étroitement de deux V6
3.0 Duratec, cube un peu plus de 5,9 litres et dispose d’une double
paire d’arbres à cames en tête, chargée d’animer 48 soupapes. De
quoi relancer la carrière d’une DB7 sortie en 1994 et jusqu’ici mue
par un 6 en ligne 3.2 d’origine Jaguar revu par son antenne
sportive TWR, qui lui greffe un compresseur pour porter le cheptel
à 335 têtes et ainsi justifier une addition scandaleusement
salée.
Autant dire que les 420 ch et la noblesse de ce nouveau cœur ont
amplement de quoi faire oublier un bien roturier prédécesseur ! Le
résultat ? Une incomparable souplesse et une force tranquille qui
égaient le moindre trajet, en flattant délicatement les oreilles
des gourmets. Point de râles caverneux comme sur les évolutions
plus récentes de ce bloc, mais un feulement à la tessiture assez
large pour rendre ses montées en régime addictives.
Il laisse les pétarades et les flatulences à ses contemporains
moins éduqués et conserve un timbre naturel aussi séduisant que
rafraîchissant, même si la première accélération franche déçoit un
peu. Avec l’incroyable punch des moteurs turbo actuels sur la
première partie du compte-tours, on en viendrait presque à penser
que ce V12 manque de coffre.
Surtout que la boîte automatique, aujourd’hui bien lente rapportée
aux standards de 2026, donne l’impression d’avaler une bonne pincée
de chevaux à travers son convertisseur énergivore. Les 2 tonnes
avec un conducteur à bord ne l’aident peut-être pas, mais il suffit
d’insister sur l’accélérateur pour se rendre compte qu’il n’y a pas
tromperie sur la marchandise. Le petit coup de collier au-delà de 5
000 tr/mn et l’exceptionnelle allonge font vite grimper le
tachymètre à des allures répréhensibles et engendrent une soif de
grands espaces.
Cathédrale mécanique
A défaut d’être véloce, l’unité ZF à 5 rapports fait preuve
d’une douceur parfaitement adaptée à l’esprit GT de cette DB7 Volante, et son mode manuel
accessible sur la grille permet de profiter de tout le spectre de
cette cathédrale mécanique pour aller chercher les 6 500 tr/mn dans
un miaulement quasi sauvage.
Un pied droit généreux finit rapidement par solliciter des freins
dont la longue course à la pédale n’incite pas à en abuser. La
première route sinueuse suffit à s’apercevoir que la DB7 Vantage n’est pas d’une agilité
hors pair, surtout dans cette version Volante moins rigide. Son
châssis a beau être équilibré, le train avant ploie vite sous le
poids du V12 et de la masse importante de l’ensemble.
Les mouvements de caisse marqués pénalisent la précision de
conduite, et l’amortissement trop souple rebondit dès que la
chaussée se dégrade. En outre, la direction, trop lourde à basse
vitesse, s’allège exagérément quand le rythme augmente, et ses
variations d’assistance imposent d’incessantes corrections au
premier appui venu.
Difficile dans ce cas de ressentir l’adhérence disponible sur le
train avant, qui finit de toute manière par élargir la trajectoire.
Malgré les nombreuses modifications techniques apportées sur le
châssis et une constante évolution propre à cette variante V12,
notre altière anglaise compose avec ses dessous empruntés à la
vénérable Jaguar XJ. Son positionnement apparaît moins sportif et
sa mise au point un peu moins léchée que celle de certaines
concurrentes disposant d’une puissance de feu supérieure, mais avec
une telle allure, tout s’oublie si vite !
Retrouvez notre reportage au volant de l'Aston Martin DB7 Vantage Volante (2001) dans le Sport Auto n°776 du 28/08/2026.















