Pikes Peak (2026) : le pari fou de Valentin Simonet pour offrir un destin historique à une Renault légendaire
Le 21 juin 2026, la Renault R.S. 01 défiera les nuages. Engagée sur les 20 km et les 156 virages de Pikes Peak, la GT française sera pilotée par Valentin Simonet, bien décidé à hisser le Losange jusqu’au 4 302 mètres d'altitude.
Alors que le sport automobile tricolore traverse une période de doutes, cette initiative a des allures de manifeste : prouver que l’esprit Renault Sport peut encore rugir, loin des projecteurs d’usine.
Renault R.S. 01 : engagée à Pikes Peak, un symbole fort
La montée de Pikes Peak International Hill
Climb n’est pas une course comme les autres. C’est la plus
célèbre course de côte au monde, un ruban d’asphalte suspendu entre
ciel et montagne, où l’air se raréfie à mesure que la puissance
s’évapore.
Jusqu’à 30 % de perte pour un moteur non optimisé à cette altitude.
Le groupe Renault y a déjà laissé une trace,
notamment avec le Dacia Duster “No Limit” en 2011 ou plus récemment
avec l’Alpine A110 en 2023. Mais jamais
une “vraie” Renault frappée du losange n’avait affronté
officiellement la montagne américaine.
C’est là que le projet de Valentin Simonet prend une dimension
presque historique : engager pour la première fois une Renault R.S. 01 à Pikes Peak, en
catégorie Pikes Peak Open, avec une voiture
privée, préparée en France, par une équipe française. Un projet
mûri depuis des mois, pensé comme un hommage
autant qu’un défi sportif.
Renault R.S. 01 : l’ovni né des World Series by Renault
Pour comprendre le sens du projet, il faut
revenir en 2014. Renault cherche alors une remplaçante à la
Mégane Trophy
et décide de créer une machine sans compromis pour un championnat
monotype spectaculaire, le RS Trophy, intégré aux
World Series by Renault. Ainsi naît la Renault R.S. 01...
Présentée par Alain Prost, la voiture impressionne
immédiatement. Sous son design agressif inspiré en partie du
concept DeZir, on découvre une véritable voiture de course :
châssis monocoque carbone développé avec Dallara, suspensions à
double triangulation avec amortisseurs horizontaux façon prototype,
aérodynamique extrême. La R.S. 01 peut générer
jusqu’à 1,7 tonne d’appui aérodynamique, un chiffre digne d’une
monoplace de haut niveau. À l’époque, ses performances sont
comparables au DTM.
Sous le capot arrière, Renault va chercher le
meilleur au sein de son alliance : le V6 3,8 litres biturbo de la
Nissan GT-R, préparé par
Nismo. Dans sa version course,
il développe environ 550 ch, couplé à une boîte Sadev
7 rapports avec embrayage centrifuge, sans pédale
d’embrayage. Le départ s’effectue presque comme avec une
automatique : on engage la première, on accélère, et l’embrayage
gère seul la mise en mouvement.
Mais fin 2015, tout s’arrête. Les World Series
disparaissent, le championnat aussi. Seulement 35 châssis seront
produits. Trop performante, difficile à placer malgré une
homologation GT3, la R.S. 01 aura une carrière
brève et confidentielle. C’est précisément cette trajectoire
inachevée qui séduit Valentin Simonet. Pour lui, la R.S. 01
symbolise une époque où Renault osait concevoir des machines
extrêmes, pensées pour le spectacle et la performance pure.
Renault R.S. 01 : transformer une pistarde en alpiniste mécanique
Si la base est impressionnante, le défi Pikes
Peak est colossal. À 4 302 mètres d’altitude, le moteur
devra être profondément revu : travail sur les turbos, le
collecteur, la gestion de la pression de suralimentation,
l’admission, la cartographie. L’objectif :
compenser la perte de puissance liée à l’air raréfié.
L’aérodynamique, déjà spectaculaire, devra aussi être adaptée aux
spécificités de la montée. Même combat pour la gestion thermique,
la motricité et la réponse moteur.
En catégorie Pikes Peak Open, la liberté de
préparation est large, mais chaque détail compte. La
voiture conserve sa configuration GT3 : freins
acier PFC (plus endurants et maîtrisables que le carbone
d’origine), pneus Michelin, probablement en gomme
plus tendre pour la course de côte, et un cockpit typé prototype
avec électronique Cosworth, réglages d’ABS, de
traction control et de réponse d’accélérateur.
Dans une vidéo publiée sur la chaîne YouTube du
pilote (voir ci-dessous), les premiers tours de roue au circuit
Ricard permettent déjà de
mesurer l’ampleur du potentiel de la voiture.
Malgré des conditions piégeuses, la voiture s’est montrée saine et
étonnamment accessible, proche dans les sensations d’un prototype
moderne. Derrière le projet, la structure Krafft Racing accompagne Simonet dans ce chantier
titanesque. Mais au-delà de la performance, le
pilote adresse un message clair aux ingénieurs
d’Alpine Racing et ex-Renault Sport de Viry-Châtillon : cette R.S.
01 est bien leur héritage roulant.
Le 21 juin 2026, l’objectif sera simple et immense à la fois : emmener la première Renault de l’histoire au sommet de Pikes Peak. Et prouver qu’une voiture parfois oubliée peut encore écrire une page majeure du sport automobile français...














