JCB Hydromax : cette voiture à hydrogène frôle les 600 km/h
Sur le sel brûlant de Bonneville, la JCB Hydromax à hydrogène vient de frôler les 600 km/h entre deux murs de chaleur. Derrière ce run extrême, une stratégie bien plus ambitieuse se dessine.
Sur le sel blanc de Bonneville, une silhouette jaune et noire vient de passer la barre des 592 km/h. La JCB Hydromax, fusée à quatre roues propulsée par deux moteurs à combustion d’hydrogène, a décroché le titre de voiture à hydrogène la plus rapide du monde pendant la Bonneville Speed Week.
Un record hydrogène qui écrase tous les précédents
Les chronos de la Southern California Timing Association affichent une moyenne de 368,347 mph, soit environ 592 km/h, sur deux runs consécutifs. Ce cap n’est pas encore un record du monde FIA, mais il pulvérise l’ancien record pour une voiture à moteur hydrogène et dépasse déjà le Dieselmax de JCB, qui tenait depuis 2006. Et le plus piquant, c’est que l'Hydromax n’a pas encore tourné à pleine puissance. La barre des 368,347 mph place la JCB Hydromax très loin devant l’ancien record pour une voiture à combustion hydrogène, limité à 185,5 mph, soit un peu moins de 300 km/h. Elle se hisse aussi au-dessus des meilleures références zéro émission connues jusqu’ici, comme les prototypes à pile à combustible autour de 303 mph et les électriques proches de 342 mph. Vingt ans plus tôt au même endroit, la JCB Dieselmax avait fixé le record diesel officiel à 350,092 mph, soit 563,418 km/h, toujours invaincu. Le même pilote, Andy Green, aux commandes de l'Hydromax : "Les seules choses qui sont identiques, ce sont les valves de pression de pneus et le pilote", sourit-il. "Tout le reste est différent. La voiture est plus légère, plus profilée, plus puissante et plus propre."
Dans les entrailles du JCB Hydromax : deux moteurs d’engin de chantier dopés
Visuellement, Hydromax ressemble à un long
cigare de 9,75 m, posé très bas sur le sel. Sous la peau en
carbone, on trouve une monocoque carbone, un châssis tubulaire
acier et environ 2,5 tonnes sur la balance. La propulsion repose
sur deux moteurs JCB de 4,8 litres et quatre
cylindres, normalement montés sur des engins de chantier, chacun
porté à 800 ch, soit 1 600 ch et 2 983 Nm au total. Chaque moteur
entraîne un essieu via sa propre boîte séquentielle Xtrac à six
rapports, pour une transmission intégrale pilotée
par un calculateur unique. La technologie reste celle d’un moteur
thermique classique, mais le carburant est de l’hydrogène : la
combustion génère surtout de la vapeur d’eau. Sur un run complet,
la voiture consomme un peu plus de 2 kg
d’hydrogène et rejette environ 18 litres d’eau, sans CO₂ à
l’échappement. Les deux parachutes complètent les freins
mécaniques, et lors de cette Speed Week les
moteurs n’ont tourné qu’à trois quarts de leur capacité
maximale.
La scène est presque surréaliste. Hydromax ne part
pas en trombe, elle est d’abord poussée à environ 100 km/h par un
4x4 Defender Octa. Quand la vitesse est atteinte, la première
s’enclenche, le 4x4 décroche, et Andy Green garde l’accélérateur
écrasé jusqu’à la cible avant de tirer sur la poignée du parachute.
Dans la chaleur à plus de 40 °C, la voiture file devant,
disparaissant peu à peu à l’horizon.
"C’est un environnement qui peut désorienter", raconte
Andy Green, fort de trente ans de carrière de
pilote de chasse. Il observe toujours quelques voitures avant de
monter à bord, pour juger le spray de sel et l’adhérence. Au bout
de trois miles, dit-il, on voit littéralement les autres voitures
disparaître derrière la courbure de la Terre.
Prochaine étape pour JCB : des runs supervisés par la FIA sur une piste plus longue, moteurs à plein régime, pour transformer cette pointe à près de 600 km/h en record officiellement homologué.














