RUF CTR3 : cette fausse Porsche de 700 ch vaut aujourd’hui près d’un million d’euros
La plupart des automobilistes la prennent pour une 911 modifiée. Pourtant, cette RUF capable de 375 km/h est une création presque entièrement indépendante.
Vous croisez une sportive basse, ailes gonflées, phares de 911 et arrière de Cayman bodybuildé. Instinctivement, vous pensez "Porsche". En réalité, c’est une RUF CTR3. Et derrière ce nom qui parle surtout aux passionnés, il y a RUF Automobile, petit constructeur allemand officiellement reconnu comme fabricant depuis 1982, loin de l’image du simple préparateur de 911.
La CTR3, dévoilée en 2007 sur le circuit international de Bahreïn, marque un tournant : c’est la première RUF largement conçue en interne, avec son propre châssis et une carrosserie en composite kevlar/carbone. Sous ses airs de Cayman extrême, cette supercar à moteur central frôle les 700 ch et tutoie les 375 km/h, pour une poignée de clients seulement.
Une voiture qui ressemble à une Porsche, sans en être une
Le piège vient du style. La face avant rappelle clairement une 911 type 997 Turbo : forme des optiques, capot plongeant, prises d’air généreuses. À l’intérieur, on retrouve beaucoup de l’ambiance d’une Cayman 987 : planche de bord, commandes, ergonomie. De quoi tromper n’importe qui à un feu rouge, même un œil averti, tant le lien visuel avec Porsche est fort.
Mais la CTR3 n’est pas une 911 costumée. RUF achète des éléments à Porsche comme Alpina le fait avec BMW, puis les retravaille en profondeur. Le numéro de série n’est pas un VIN Porsche modifié, c’est un VIN RUF. La lignée CTR a d’ailleurs bâti cette crédibilité : la CTR "Yellowbird" de 1987 a signé 342 km/h, suivie par la CTR2 autour de 350 km/h. La CTR3 arrive comme troisième chapitre, encore plus radical.
Architecture d’hypercar et performances qui dépassent les 911
Techniquement, la CTR3 est une vraie voiture de course civilisée. Le moteur passe en position centrale arrière, derrière les sièges, pour l’équilibre. L’avant reprend une structure proche de la 997, mais l’arrière repose sur un treillis en aluminium développé avec l’ingénierie Multimatic, selon une architecture de type "birdcage". La carrosserie en kevlar et carbone limite le poids autour de 1,4 tonne.
Dans ce cocon, RUF installe un flat‑six 3,7 litres biturbo d’environ 700 ch pour 889 Nm, associé à une boîte séquentielle à six rapports. Résultat : 0 à 100 km/h en environ 3,2 secondes et 375 km/h en pointe, au‑delà d’une 911 GT2 RS donnée aux alentours de 340 km/h. La version CTR3 Clubsport grimpe à 777 ch et 980 Nm, avec 380 km/h annoncés, tandis que la récente CTR3 Evo tourne autour de 800 ch pour la même vitesse de pointe.
Micro‑série, prix stratosphériques et jouet d’initiés
RUF reste l’un des plus petits constructeurs du monde, ce qui se voit dans les chiffres : environ 30 CTR3 produites entre 2007 et 2012, puis seulement 7 exemplaires de CTR3 Clubsport jusqu’en 2018. On parle d’une voiture plus rare qu’une hypercar Pagani, d’autant que chaque exemplaire est configuré quasiment à la carte pour son propriétaire.
Cette exclusivité a un prix : à l’époque, une CTR3 neuve tournait déjà entre 725 000 et 900 000 € selon les options. Aujourd’hui, les rares exemplaires passés aux enchères flirtent avec 850 000 à 1 000 000 $, soit environ 740 000 à 880 000 €. Pas étonnant qu’on la croise davantage sur les réseaux, dans des publications accompagnées du commentaire "c’est quelle Porsche ?", que sur le périphérique. Pour les collectionneurs, son statut de vraie RUF, avec VIN propre et évolution Evo toujours proposée, en fait une hypercar très à part.














