Il rachète une épave de Formule 1 pour une "bouchée de pain" et investit 200 000 euros pour la faire rouler
Pour Kevin Thomas, électricien de Burgess Hill, tout commence par une carcasse de Caterham CT05 achetée 5 700 euros aux enchères après un crash de F1. Dix ans plus tard, son garage ne ressemble plus vraiment à un simple atelier.
Combien vaut le rêve d’un fan de Formule 1 ? Pour Kevin Thomas, un électricien britannique, tout a commencé par un châssis de Caterham CT05 détruit, payé environ 5 000 livres, soit environ 5 700 €. Puis, il a passé près de dix années à tout remonter dans son garage, pièce par pièce.
Derrière cette histoire se cache un projet hors norme. Installé à Burgess Hill, au sud de Londres, Kevin Thomas s’est mis en tête de transformer une épave issue du Grand Prix de Hongrie 2014 en véritable monoplace fonctionnelle. Aujourd’hui, sa Caterham F1 est roulante et prête pour la piste.
Comment l’épave de la Caterham CT05 a échappé au broyeur
Les vraies monoplaces de Formule 1 finissent rarement dans des garages privés. La plupart rejoignent des musées, des collections fermées ou restent stockées par les écuries pour protéger leur propriété intellectuelle. Le reste part à la casse. Le coup de chance de Kevin Thomas a été d’intercepter le châssis carbone détruit de la Caterham de Marcus Ericsson en route vers le broyeur.
Cette CT05 avait été lourdement accidentée au Grand Prix de Hongrie 2014, lors d’un crash à haute vitesse. Quelques mois plus tard, la faillite de Caterham F1 Team a entraîné la vente de ses actifs aux enchères, dont cette monocoque en carbone nue, pratiquement vide. Kevin Thomas ne récupère alors qu’une coque carbone très endommagée et quelques éléments, mais aussi l’accès à un ensemble colossal de 107 000 fichiers techniques issus des serveurs de l’équipe, indispensables pour reconstruire l’auto dans les règles.

Dix ans de chasse aux pièces rares pour redonner vie à la F1
À partir de là, tout devient une enquête mondiale. Pendant des années, Kevin Thomas traque les pièces de Caterham F1 au Royaume-Uni et à l’étranger, en discutant avec d’anciens employés, des collectionneurs et des revendeurs spécialisés. Le détail le plus marquant reste le volant : il lui a coûté environ 10 000 livres, soit près de 11 500 €, bien plus que le châssis lui-même.
D’autres éléments viennent de partout. Les jantes proviennent d’une Caterham CT01 de 2012, l’aileron arrière d’une monoplace Williams F1, et le nez d’origine aurait été retrouvé des années plus tard accroché au mur d’un homme d’affaires à Las Vegas. Kevin Thomas documente son aventure sur son site caterhamf1.co.uk, sur YouTube via la série "Caterham F1 Restoration" et dans une vidéo très suivie avec la chaîne Driver61.
Moteur Renault, électronique et budget global de la Caterham de Kevin Thomas
Reste le cœur de la voiture : le moteur. Impossible pour un particulier de s’offrir le V6 turbo hybride Renault d’origine. Kevin Thomas raconte que le motoriste lui a expliqué : "Ils étaient prêts à me louer un moteur pour 2 millions d'euros par trimestre, mais il fallait aussi payer une équipe de techniciens Renault pour venir le démonter et le reconstruire à la fin de chaque trimestre". Il se rabat donc sur un bloc de Formule Renault, moins puissant, mais bien plus gérable.
Dans une F1 moderne, ce choix complique tout, car le moteur sert d’élément structurel et l’arrière de la voiture se fixe directement dessus. Kevin Thomas doit adapter toute la partie arrière, puis affronter l’étape la plus ingrate : le faisceau électrique et l’électronique, avec des dizaines de capteurs et calculateurs. Au total, le projet lui a coûté entre 150 000 et 200 000 livres, soit environ 175 000 à 230 000 €, pour une F1 unique qu’il a pu faire rouler pour la première fois fin 2024 et qu’il engage désormais sur circuit, bien moins cher qu’une monoplace achetée "clé en main".














