Une Porsche 917K en livrée Gulf fait résonner son douze cylindres à Imola
À Imola, une Porsche 917K Gulf ex-Daytona sort de l’ombre et réveille le circuit avec son flat-12. Entre légende du Mans, livrée culte et valeur folle, chaque tour devient un privilège.
Un matin d’Italie, la brume se lève à peine sur l’Autodromo Enzo e Dino Ferrari quand une silhouette bleu ciel traversée d’orange sort des stands. Le vrombissement grave devient hurlement métallique : une authentique Porsche 917K en livrée Gulf prend la piste d’Imola, flat-12 bien réveillé. Pour qui tape "Porsche 917K Gulf Imola" sur YouTube, c’est exactement cette scène.
Derrière ces quelques tours "pour le plaisir", il y a un monument de l’endurance. La 917K a offert à Porsche sa première victoire globale au Mans en 1970, puis une deuxième en 1971. Voir aujourd’hui une vraie Gulf, probablement le châssis 014, sortir d’une collection japonaise pour faire chanter son douze cylindres à Imola relève presque du petit miracle mécanique.
Imola s’enflamme : une 917K Gulf ex-Daytona en liberté
Imola n’est pas un circuit anodin pour ce genre d’apparition. Le tracé plonge et remonte, entouré de talus qui renvoient chaque décibel. Quand la 917K déboule vers Tosa puis remonte vers Piratella, on entend les rapports qui s’enchaînent, le moteur qui prend ses tours et les détonations à la décélération, comme si le son rebondissait sur les collines.

La voiture filmée correspond à la 917K Gulf châssis 014, celle qui a débuté aux 24 Heures de Daytona 1970 avec Jo Siffert et Brian Redman pour une deuxième place générale, avant Spa et Watkins Glen. Elle vit désormais chez un collectionneur japonais, sort rarement de son cocon, et chaque parade implique de prendre la piste avec un objet qui vaut plusieurs dizaines de millions d’euros.
Derrière le hurlement : comment est née la Porsche 917K
La 917 naît à la fin des années 1960 d’un simple changement de règlement : les prototypes sont limités à 3,0 litres, mais une catégorie de voitures de sport peut monter à 5,0 litres à condition de produire au moins 25 exemplaires. Porsche y voit la brèche pour viser la victoire absolue au Mans et lance un programme éclair.
L’ingénieur Hans Mezger conçoit un flat-12 de 4,5 litres pour environ 550 ch, installé dans un châssis très léger capable de dépasser 320 km/h. La première 917 longue queue est rapide mais instable ; les ingénieurs sculptent alors une version "Kurzheck", queue courte, devenue 917K. Ce profil plus compact apporte l’appui qui manquait et offre à Porsche ses triomphes 1970 et 1971, avant que la lignée ne culmine avec les 917/30 de Can-Am et leurs moteurs jusqu’à 1 500 ch.
Livrée Gulf et millions : pourquoi cette 917K d’Imola obsède encore
Les couleurs Gulf, bleu poudré et orange abricot, se sont d’abord illustrées sur les Ford GT40 gagnantes au Mans en 1968 et 1969. John Wyer transfère ensuite ce partenariat sur les 917 à partir de 1970 : Daytona, Monza, Spa ou l’Österreichring installent la 917K Gulf comme icône, avant que le film Le Mans ne fige pour toujours Steve McQueen au volant d’une #20 bleu et orange.
Cette histoire explique les valeurs délirantes atteintes par les rares 917 Gulf d’époque, aujourd’hui estimées à huit chiffres. Beaucoup de "917K Gulf" vues en meetings sont des reconstructions ou des autos lourdement restaurées, parfois bâties autour d’éléments de châssis originaux. Pour les personnes massées le long de la piste d’Imola, la nuance compte moins que l’instant : ces couleurs, cette forme et ce flat-12 en pleine charge, enfin vus et entendus en vrai.














