Personne ne voulait de ces voitures : 30 ans plus tard, les collectionneurs se les arrachent
Toyota Supra, BMW Z3 M Coupé, Alfa Romeo SZ, Subaru Impreza WRX Bugeye ou Chevrolet SSR : leur style a longtemps divisé, mais leur rareté fait aujourd’hui grimper les prix.
On a tous déjà ricané devant une voiture vraiment bizarre, celle qui casse le paysage sur le parking du supermarché. Pourtant, certaines de ces voitures décriées à leur sortie se revendent aujourd’hui à des montants dignes d’un appartement. Sportives japonaises trop rondes, coupés allemands mal proportionnés, ovnis américains moitié pick-up moitié cabriolet, leur point commun est simple : personne n’en voulait.
Vingt ou trente ans plus tard, ces modèles sont devenus des “youngtimers” très convoités, portés par la nostalgie, la culture pop et la rareté. Leurs lignes jugées laides ou ridicules sont désormais qualifiées d’originales, voire de cultes, et les enchères s’envolent. De quoi regarder d’un autre œil la voiture dont tout le monde se moque aujourd’hui sur les réseaux.
Ces voitures moquées hier, stars des enchères aujourd’hui
La Toyota Supra Mk IV illustre parfaitement ce retournement. Lancée en 1993 avec des courbes douces en rupture totale avec la génération précédente, elle a déçu les amateurs de lignes agressives, son museau de “poisson mort” et son énorme aileron ayant rebuté plus d’un client, surtout aux États-Unis où elle a quitté le catalogue dès 1998. Sous la carrosserie, pourtant, le six cylindres 2JZ-GTE biturbo autour de 320 ch, forgé et ultra robuste, accepte sans broncher des préparations à plus de 600 ch. L’arrivée du film Fast and Furious en 2001 a tout changé : la Supra orange de Brian O’Conner a transformé cette sportive boudée en icône mondiale. Résultat, les exemplaires d’origine, peu kilométrés, atteignent aujourd’hui des montants à six chiffres en vente spécialisée.
Plus discret mais tout aussi radical, le BMW Z3 M Coupé est né d’un projet de quelques ingénieurs qui ont greffé un toit fixe sur le roadster pour rigidifier le châssis. Au final, la coque est 2,7 fois plus rigide, mais la silhouette en break minuscule choque même chez les fans de la marque. Les ventes restent confidentielles, surtout pour la version M équipée du six cylindres S52 puis du S54 de M3, avec empattement court et aides électroniques limitées. Longtemps incompris, ce coupé ultra joueur est devenu l’un des modèles M les plus rares. Les beaux exemplaires à boîte manuelle et peu kilométrés s’arrachent désormais à des prix très élevés sur le marché des collectionneurs.
Quand le moche devient culte : sportives et ovnis inattendus
Plus extrême encore, l’Alfa Romeo SZ présentée à Genève en 1989 choque avec ses volumes taillés à la règle, fruits d’outils de CAO encore balbutiants. Ce coupé bas et massif, surnommé "Il Mostro" par ses propres créateurs, tranche avec l’élégance habituelle de Zagato. Sous cette carrosserie brutale, on retrouve le V6 Busso 3,0 l de 210 ch et un châssis dérivé de l’Alfa 75, affûté avec suspensions Koni réglables et adhérence mesurée jusqu’à 1,4 g. Un peu plus de 1 000 exemplaires sortent entre 1989 et 1991, presque tous rouges avec un intérieur beige. Peu apprécié neuf, ce monstre rarissime se négocie aujourd’hui à des prix comparables à certaines Ferrari de la même époque.
Côté japonaises, la Subaru Impreza WRX Bugeye de 2001 a provoqué un tollé avec ses phares ronds façon grenouille, au point d’être restylée en Blobeye après seulement deux ans et même “corrigée” en rallye par Prodrive. Pourtant, le fond reste irrésistible : quatre roues motrices, 2,0 l turbo EJ20 de 227 ch en WRX et bien plus en STi, boîte manuelle et vraie filiation WRC. La scène tuning s’est emparée de ce faciès décrié, désormais vu comme attachant et différent au milieu des compactes actuelles. De l’autre côté de l’Atlantique, le Chevrolet SSR, pick-up cabrio rétro produit à environ 24 000 unités avec V8 5,3 puis 6,0 l LS2 et boîte manuelle possible, a été un échec commercial total, trop cher et trop décalé. Sa rareté et son look de concept-car en font aujourd’hui un collector, certains LS2 se vendant plus cher qu’à leur sortie.
Repérer la prochaine voiture boudée qui vaudra une fortune
Un schéma se répète derrière ces histoires, rejoint par la Porsche 924 longtemps snobée, la Fiat Multipla ou la Pontiac Aztek. On retrouve presque toujours un design très clivant, affublé de surnoms moqueurs, une carrière courte ou un restylage précipité, des volumes de production limités. Sous la tôle, en revanche, on trouve souvent une base sérieuse : moteur noble, architecture propulsion ou quatre roues motrices, parfois une vraie implication en compétition. Un passage par la pop culture joue aussi beaucoup, qu’il s’agisse de Fast and Furious pour la Supra ou de Breaking Bad pour l’Aztek, dont certains beaux exemplaires ont vu leur prix d’occasion doubler voire tripler.
Pour ceux qui aiment jouer les dénicheurs, ces signaux rappellent qu’une voiture moquée aujourd’hui peut devenir une youngtimer très recherchée demain. Un modèle mal-aimé mais techniquement intéressant, difficile à vendre en neuf, peut prendre de la valeur dès que les beaux exemplaires se raréfient et que les premières enchères dépassent les cotes classiques. L’état, l’historique et l’originalité comptent plus que la spéculation pure, tout comme l’horizon d'investissement, souvent d’une dizaine d’années. Au fond, ces voitures prouvent surtout qu’en matière de style comme de prix, le temps finit parfois par donner raison aux vilains petits canards.














