"On ne bat jamais la montagne" : il pulvérise un record vieux de huit ans… avant de le perdre pour seulement 0,07 seconde à Pikes Peak
En 2026, sur les pentes de Pikes Peak, une Acura Integra Type S et Dai Yoshihara pensent avoir dompté la montagne. En quelques secondes, la course rappelle sa cruauté.
À l’arrivée de la montée, le ciel est clair, l’altitude coupe le souffle et Pikes Peak 2026 vient de livrer son premier verdict : Dai Yoshihara vient de grimper les 19,99 km en 10:33.174 au volant de son Acura Integra Type S de course. Le record des tractions avant à Pikes Peak datant de 2018, un 10:48.094 signé Nick Robinson en Acura TLX A‑Spec, vient d’être pulvérisé de près de quinze secondes.
L’équipe pense avoir enfin dompté la montagne, au moins pour un an. Sauf que sur le Pikes Peak International Hill Climb, la course ne s’arrête pas pour laisser savourer un exploit. Les voitures continuent de s’élancer, une Honda Civic TCR, une Porsche 911, puis la Volkswagen Golf de 2014 de Jim Morris. Quand son temps tombe, 10:33.104, le record change déjà de mains pour 0,07 seconde. La montagne vient de rappeler qu’elle ne fait pas de préférences.
Pikes Peak, juge glaciale des pilotes et des machines
Le décor, à lui seul, explique la réputation de cruauté de Pikes Peak. La course, née en 1916, s’étire sur 12,42 miles, soit près de 20 km, 156 virages, un départ autour de 2 860 m d’altitude et une arrivée à 4 302 m. Près de 1 440 m de dénivelé, l’air qui s’appauvrit, la puissance qui chute, la concentration qui doit rester intacte pendant plus de dix minutes.
Il n’y a qu’une montée lancée, pas de boucle ni de deuxième chance. Une fois la ligne d’arrivée franchie, les concurrents restent au sommet, tous ensemble, pendant que la course continue durant des heures. La route est la même pour tous, mais jamais vraiment identique : plaques de givre résiduelles, bosses apparues pendant l’hiver, nuages qui tournent. Pikes Peak traite chaque équipage avec la même froideur, tout en changeant subtilement les règles à chaque run.
D’Acura à Dai Yoshihara, une obsession de la traction avant
Depuis le 10:48.094 de Nick Robinson en 2018, Acura a fait du record traction avant à Pikes Peak une sorte de fil rouge. Année après année, la marque engage des tractions dans la division Time Attack 1, plus proche des voitures de série que les monstres de la catégorie Unlimited, pour prouver qu’une "simple" traction peut tenir la dragée haute à la montagne.
En 2026, cette mission repose sur Dai Yoshihara, double champion de Formula Drift et déjà vainqueur à Pikes Peak dans une autre classe. Sa HRC Integra Type S DE5 reste une traction avant, issue de la production, mais entièrement remodelée : moteur 2,0 litres turbo de plus de 360 ch, boîte séquentielle à palettes, châssis allégé, freins surdimensionnés, aéro taillé pour l’altitude. Une arme de précision face à un ruban d’asphalte hostile.
0,07 seconde : quand la montagne tranche sans état d’âme
Le jour de la course, le run de Dai ressemble à une équation sans marge d’erreur : gérer la peur, le manque d’oxygène, les bosses qui peuvent déstabiliser la voiture à plus de 200 km/h. Son 10:33.174 efface spectaculairement le chrono de 2018. Au sommet, il attend, avec les autres, que tous redescendent. Dans cet entre-deux, il est l’homme le plus rapide de l’histoire en traction avant sur Pikes Peak.
Trois voitures plus tard, Jim Morris surgit avec sa Volkswagen Golf FWD de catégorie Unlimited, plus de 500 ch et un kit aérodynamique extrême. Son temps officiel, 10:33.104, est à peine le temps d’un battement de cils plus rapide, mais suffit à réécrire la hiérarchie. La pilote Loni Unser le rappelle souvent : "on ne bat jamais vraiment la montagne". Pikes Peak ne voit ni logos, ni budgets, seulement des chiffres sur un chronomètre. Les humains passent, la montagne, elle, reste là pour juger le prochain.














