Des années d’ingénierie pour finir enfermée au garage : le paradoxe de la Lexus LFA Nürburgring
Conçue pour malmener la Nordschleife, cette rarissime Lexus LFA Nürburgring équipée d'un V10 et d'une aérodynamique pensée pour la piste n’affiche pourtant que 116 km au compteur après quatorze ans.
La Lexus LFA Nürburgring Package, c’est l’histoire d’une voiture née pour avaler le bitume qui a fini enfermée dans des garages climatisés. Pensée comme la version la plus radicale de la supercar japonaise, cette série ultra‑limitée a surtout servi d'objet de spéculation. Certains exemplaires n’ont quasiment jamais roulé.
Un cas résume tout : la LFA n°488, assemblée en 2012, a connu trois propriétaires en quatorze ans et n'affiche que 116 km au compteur, dont 37 km effectués lors de l’essai pré‑livraison. Derrière ce chiffre dérisoire, des centaines de milliers d’euros ont été dépensés en ingénierie. Mais cet investissement n'a jamais vraiment été rentabilisé sur la Nordschleife.
Une supercar d’ingénieur taillée pour le Nürburgring
À la base, la Lexus LFA "simple" n’avait rien d’un caprice marketing. Produite entre 2010 et 2012 à seulement 500 exemplaires, elle reposait sur une monocoque en plastique renforcé de fibre de carbone (CFRP). Sous le capot, on trouvait un V10 4,8 litres 1LR‑GUE co‑développé avec Yamaha. Ce moteur montait à plus de 9 000 tr/min. Il était donné pour environ 552 ch et offrait une sonorité très proche d’une voiture de course. L’auto servait aussi de laboratoire pour les futurs process carbone du groupe Toyota.
Le pack Nürburgring poussait le curseur plus loin : environ +10 ch (562 ch), boîte séquentielle dont chaque passage prenait 0,15 seconde, suspension abaissée et raffermie, pneus spécifiques, kit aérodynamique avec spoiler avant agrandi et aileron fixe. Malgré plus d’appui, la LFA Nürburgring gardait le 0‑100 km/h en 3,7 s et une pointe autour de 323 km/h. En 2011, le pilote Akira Iida bouclait la Nordschleife en 7 min 14,64 s. Un record pour une voiture de série. Le pack incluait également un an d'accès au circuit et du coaching.
Une poignée d’exemplaires, des compteurs à peine rodés
Officiellement, Lexus limitait ce pack à 50 voitures sur les 500 LFA. Cependant, les chiffres varient selon les sources. Certains parlent plutôt de 64 exemplaires au total. Environ 25 auraient été livrés aux États‑Unis, le reste réparti entre l’Europe et l’Asie. Cette rareté extrême a immédiatement fait basculer la LFA Nürburgring dans la catégorie "objet de collection". Les propriétaires sont très attentifs au kilométrage. Une LFA Nürburgring vendue outre‑Atlantique avec environ 3 000 km est déjà considérée comme "ayant roulé".
La n°488 pousse cette logique à l’absurde : blanche, pack Nürburgring facturé 70 000 dollars (environ 60 000 €) et plaque "Nürburgring 488". Résultat, 120 000 euros d’options sur un prix de base fixé à 325 000 euros, soit un total qui atteindrait aujourd’hui près d'un demi‑million d’euros. Mise en vente par la maison Broad Arrow après une apparition à The Quail, cette voiture n’a pourtant jamais approché l’usage intensif pour lequel elle a été dessinée.
Quand le badge Nürburgring vaut plus que les tours de piste
Selon la base de données de la plateforme spécialisée Classic.com, les LFA Nürburgring se négocient entre 1,3 et 1,5 million d'euros, avec une moyenne autour de 1,4 million d'euros. C’est presque le double d’une LFA "standard", dont la cote tourne autour de 750 000 euros. Porter le badge Nürburgring et conserver un kilométrage très faible suffit à créer un écart de prix massif.
Face à ces montants, beaucoup de propriétaires hésitent à ajouter le moindre tour de roue. Encore moins un run de plusieurs tours sur la Nordschleife. Une sortie de piste, un frottement sur un rail ou même quelques milliers de kilomètres de plus peuvent faire fondre la valeur d’un actif qui pèse plus d’1,5 million d’euros. Entre coûts d’usage (pneus ultra performants, freins, assurance) et peur de la décote, l’équation est vite réglée. Les propriétaires gardent leur LFA Nürburgring sous une housse. L’ingénierie conçue pour un record façon Akira Iida demeure, dans la plupart des cas, théorique.














