Des Ferrari bloquées à l’usine : la guerre en Iran bouleverse le marché du luxe auto
En pleine guerre en Iran, Ferrari et d'autres constructeurs suspendent leurs livraisons vers le Moyen-Orient, rattrapées par le blocage du détroit d'Ormuz...
Des Ferrari flambant neuves qui restent à l'usine au lieu de rejoindre Dubaï ou Doha : l'image surprend, mais elle résume l'effet inattendu de la guerre en Iran sur le marché du luxe auto. Depuis la fermeture de fait du détroit d'Ormuz, plusieurs marques de prestige ont décidé de couper le robinet des livraisons vers le Moyen-Orient...
Ferrari, Bentley et Maserati coupent les livraisons vers le Moyen-Orient
Le Golfe reste pourtant l'un des paradis des supercars, où les modèles numérotés de Ferrari, Bentley ou Maserati sont commandés longtemps à l'avance et souvent personnalisés à l'extrême. Que ces constructeurs acceptent aujourd'hui de geler une partie de ces ventes en dit long sur l'ampleur de la crise énergétique et logistique en cours. Ferrari a arrêté la plupart de ses livraisons vers la région en guerre, ne laissant partir que quelques exemplaires par avion pour des clients triés sur le volet. Le constructeur italien préfère attendre un contexte plus stable plutôt que de risquer des cargaisons très coûteuses dans une zone où les routes se ferment. Chez Bentley, le PDG Frank-Steffen Walliser a confirmé le coup d'arrêt des expéditions : "Nous n'avons pas d'impact du côté de la production, mais, c'est sûr, les gens au Moyen-Orient ont d'autres préoccupations que de chercher une nouvelle Bentley en ce moment", a expliqué Frank-Steffen Walliser. Pour Maserati, ce gel répond à des "défis logistiques et des préoccupations de sécurité." Le préparateur allemand Mansory, très présent dans la région, examine chaque dossier séparément et rappelle que l'envoi d'une voiture par avion coûte environ trois à quatre fois plus cher que par bateau.
Derrière les supercars bloquées, un détroit d'Ormuz presque fermé
Cette prudence ne vient pas seulement de la baisse de moral des clients fortunés. Le conflit déclenché fin février 2026 autour de l'Iran a entraîné des attaques répétées contre des navires de commerce dans le Golfe ; environ 20 bâtiments ont été visés, ce qui a presque paralysé le passage par le détroit d'Ormuz, au point que quelques cargos seulement osent encore le traverser. Par ce corridor maritime transitent chaque jour près de 20 millions de barils de pétrole, soit environ 20 % du brut transporté par mer dans le monde. Les autorités dénombrent plus de 3 200 navires bloqués dans le Golfe, l'équivalent de 4 % du tonnage mondial, et des centaines d'autres en attente à l'extérieur, dans une file d'attente qui renchérit chaque trajet. Pour contourner Ormuz, des armateurs font passer leurs cargos par le cap de Bonne-Espérance, ce qui ajoute 10 à 14 jours de voyage et près d'1 million de dollars, soit presque l'équivalent en € au taux actuel, de carburant par traversée. Transporter des supercars dans ces conditions devient un luxe dans le luxe, et l'alternative aérienne reste limitée.
Si le Golfe reste difficile d'accès, des allocations de voitures neuves pourraient glisser vers l'Europe, avec des délais raccourcis pour quelques acheteurs français. Or Abbas Araghchi promet "zéro retenue si nos infrastructures sont à nouveau frappées", ce qui entretient la crainte d'un blocage prolongé...














