Jaguar Type E : le mythe des 240 km/h enfin remis en question...

Publié le 8 novembre 2026 à 07:00
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Et si la Jaguar Type E n'avait jamais vraiment atteint les 240 km/h promis sur ses fiches techniques ? Des archives d'essais révèlent une histoire bien plus nuancée.

Dans l'imaginaire auto, la Jaguar Type E file à 240 km/h, compteur collé au maximum. Depuis des décennies, cette vitesse de pointe figure sur les fiches techniques, dans les catalogues et jusque dans les annonces de collection. Sauf qu'en remontant aux essais d'époque, le tableau devient nettement moins simple...

Jaguar Type E : naissance d'un chiffre

Au départ, tout part d'un chiffre magique : 150 mph, soit environ 241 km/h, annoncé en 1961 pour propulser la nouvelle Jaguar au rang de voiture de sport la plus désirable. Ce chiffre vient pourtant de quelques prototypes de presse très particuliers, essayés dans des conditions idéales, et surtout pas vraiment identiques aux autos des clients. Tout commence avec les voitures de presse 9600 HP et 77 RW. Le coupé 9600 HP essayé par nos confrères d'Autocar, chronométré à Jabbeke en Belgique, a atteint 150,4 mph, soit 242,05 km/h pendant que le roadster 77 RW confié à The Motor frôlait les 149 mph, soit 239,79 km/h. Traduit en unités familières, on parle alors de 240 à 242 km/h, exploit rare au début des années soixante. Ces chiffres ne sortent pas d'une Type E strictement de série. Les deux autos roulent sur des pneus de course Dunlop R5. Le moteur XK de 9600 HP reçoit une culasse retravaillée, proche d'une XK150S, qui ajouterait 20 à 25 ch. Le magazine à l'origine de l'essai reconnaîtra ensuite que les voitures clients n'auraient pas atteint cette valeur.

Des Jaguar Type E de presse bien particulières

Dans un retour d'expérience, la rédaction qui avait utilisé 9600 HP parlera d'une voiture très probablement préparée pour ces tests. Le journaliste Bill Boddy évoquera plus tard l'utilisation de pièces de Type D pour la culasse et la distribution. Sur les versions 4,2 litres, un coupé immatriculé AWK 349B sera poussé à 153 mph, soit 246,23km/h sur pneus de compétition Dunlop R6. Un autre coupé 4,2, ARW 732B, illustre bien ce glissement. Chronométré à 148 mph, soit 238,183 km/h, il est ensuite récupéré par Jaguar avant publication, et la valeur communiquée au public devient 150 mph tout rond, soit 241,402 km/h. Entre les chiffres relevés au chronomètre et ceux inscrits sur les brochures, quelques kilomètres par heure se sont donc ajoutés en chemin.
Quand on quitte les prototypes de démonstration pour les voitures de route, le tableau change. Maurice Smith, essayeur impliqué sur 9600 HP, estime la meilleure pointe de son propre roadster 3,8 litres à environ 137 mph, soit un peu plus de 220 km/h. Le journaliste Denis Jenkinson raconte avoir vu son coupé 4,2 atteindre 143 mph sur une autoroute italienne, autour de 230 km/h.

Des décennies plus tard, une Type E de production restaurée, châssis 860001, a été poussée à 146,49 mph sur une autoroute allemande, soit environ 235 km/h. Mis bout à bout, ces chiffres montrent qu'une Type E bien réglée se situe entre 137 et 146 mph, donc 220 à 235 km/h. Des valeurs déjà exceptionnelles à l'époque, même si le mythe des 240 km/h continue de circuler...

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À propos de l’auteur
Lucas Brenot
Lucas Brenot
J’aime l’automobile pour ce qu’elle apporte concrètement : la sensation de conduite, le plaisir d’un moteur bien réglé, le soin apporté à un intérieur. J’ai grandi avec des voitures autour de moi, et c’est resté une vraie curiosité au quotidien.
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