Retour aux sources - BMW M5 (E39, 1998) : la perfection ?
M5 E39 : deux lettres et trois chiffres qui, plus de 25 ans après le lancement du modèle, sont synonymes de berline parfaite. Le "Docteur Jekyll et Mister Hyde" de la familiale sportive. Une allure élégante mais un tempérament de feu. Sport Auto a eu la chance de prendre le volant de cette Motorsport qui aura marqué les esprits. Et le goudron.
D'emblée pardon car les lignes qui suivent ne rendent pas
hommage à ce monument de l’automobile. D’emblée pardon encore car
comme BMW nous a seulement octroyé 68 minutes avec ce modèle
affichant à peine 35 400 km au compteur, il nous a fallu aller au
plus près de l’aéroport de Munich pour trouver un spot photo.
D’emblée pardon enfin car la M5 E39 m’ayant beaucoup
émoustillé pendant ma jeunesse, certains propos manqueront de
retenue. Cette génération remplace l’E34 (1988‑1995), qui succédait
à la M5 originelle (E28), héritant pour sa part du 6 en ligne de la
M1. L’E39 rompt surtout avec ses illustres devancières puisqu’elle
est la première de la lignée M5 à choisir le V8. Un 4 941 cm3 à
chaîne et quatre arbres à cames en tête (double Vanos), extrapolé
du 4,4 litres de la 540i.
Comme ses aïeules, seuls quelques détails laissent penser que cette
Série 5 est un peu plus que le taxi beige vous récupérant à la
sortie de l’aéroport. Il y a le bouclier plus souriant, le contour
de calandre plus charnu, les rétroviseurs profilés, la petite vague
sur le coffre engendrant un chouia d’appui, les jantes de 18 pouces
aux branches parallèles et, natürlich, les quatre sorties rondes.
C’est peu mais suffisant pour que, lorsqu’elle déboule dans le
rétro central, on ait envie de lui céder la place.
Accéder à bord de la M5 surprend. Pas en raison du côté démodé de
la présentation, toujours au goût du jour près de trois décennies
plus tard, mais parce qu’il faut déjà arriver à l’ouvrir, cette
satanée portière !
A cause du double vitrage, il faut des biscotos maousse costauds.
Deux ambiances étaient proposées en 1998, pour le même tarif (520
000 F) : des placages en alu pour faire sport ou des inserts en
bois pour rappeler le chalet à Chamonix.
Pas de baquets intégraux, de palettes en carbone ni de commandes
pour savoir si votre M5, vous la préférez tempétueuse, un peu,
beaucoup, pas tant… Il y a une touche Sport qui densifie la
direction et rend l’accélérateur plus sensible, et une autre pour
déconnecter l’antipatinage.
Mieux que tout ?
Pas encore journaliste à l’époque, j’ai souvenir d’avoir dévoré
les essais à leur parution. Chaque fois, c’était la même rengaine :
la M5 E39 était à la fois luxueuse
et performante, confortable et rigoureuse, efficace et survireuse
une fois les aides débranchées.
Comme évoqué plus haut, compte tenu du laps de temps affligeant
avec ce modèle sortant tout droit du département Classic, ce fut à
peine un galop d’essai. Mais l’enseignement est déjà riche. Avant
même de quitter les locaux de Garching, où le constructeur
entrepose son parc presse, le sourire s’affiche.
Une direction hydraulique, assistée sans excès, c’est quand même
autre chose que les ersatz électriques, qui, trop souvent hélas,
alternent entre le trop dur pas précis et le trop mou assez
imprécis. Premier feu rouge me valant le regard admiratif d’un
propriétaire d’i5 M60.
Par politesse, je lui souris mais n’échangerai pas ma place contre
la sienne, même si le quinquagénaire s’extirpe du carrefour avant
que j’aie relâché l’embrayage. Je suis tiraillé entre l’envie de le
rattraper et ma conscience qui m’intime de respecter mon destrier.
Va pour la seconde option, pour l’instant. Le tachymètre est gradué
jusqu’à 300 km/h.
Cette vitesse, je l’ai tutoyée en M5 G90 et, soyons francs, cela ne
réclame aucun talent ni mérite. Dans l’E39, la concentration est
plus poussée, même si attraper les 250 km/h (bride électronique)
s’envisage sans brûler de cierge.
Des atouts, la quasi-trentenaire n’en manque pas, mais c’est bien
son moteur qui constitue le plat principal. Tempérons tout de suite
les enthousiasmes de l’époque. Y compris ceux de Sport Auto, qui
évoquait, sans pondération aucune, un bloc de course, une mécanique
au tempérament bipolaire, voire, tout simplement, le meilleur
moteur du monde (dixit Laurent, SA no 446 de mars 1999).
C’est indéniable, ce 4,9 litres vaut des éloges et endosse, en
effet, deux costumes différents en fonction de la lourdeur du pied
droit. Si ce dernier est léger, le V8 accompagne le voyage d’un
ronron reposant, en assurant des dépassements sans rétrograder ni
hoqueter.
A l’inverse, si le soulier se fait semelle de plomb, la célérité
avec laquelle le compte-tours grimpe (rupteur à 7 000 tr/mn) fait
son petit effet, même en 2025. Le progrès est un adversaire sans
pitié à l’encontre des gloires du passé.
S’il est agréable de solliciter ce bloc atmo, de profiter de sa
progressivité autant que de son timbre de voix brut de décoffrage,
certaines mécaniques contemporaines (je ne parle évidemment pas du
4,4 litres biturbo de la dernière M5) donnent davantage de frissons
: le flat 6 4 litres de la 911 GT3, le V12 6,5 litres de la
12Cilindri et même le V8 5 litres de la Lexus LC.
Mais je comprends qu’à l’époque, cravacher ce monument mécanique
ait pu rendre difficile l’objectivité. Je la perds également.
J’aurais aimé que quelques décibels supplémentaires sortent des
quatre échappements en acier, mes oreilles ayant été mal habituées
aux déflagrations caricaturales des V8 Jaguar ou AMG.
Cette relative discrétion acoustique n’entrave en rien le plaisir.
Et, comme le signalait à raison Denis : « A ce niveau de
puissance, la poussée est forcément physique. » En 1999, mon
vénérable confrère avait mesuré la M5 en 24”7 sur le kilomètre
départ arrêté, « ce qui en fait la berline la plus performante
du moment ». C’était le chrono de la Viper RT/10 ! Pour une
familiale, avouez que cela impose le respect. « C’est aussi le
temps d’une Golf GTI Clubsport de 2021 », me souffle un
collègue taquin. Pff…
Souplesse et rigueur
Replongée dans les essais de l’époque : « Le compromis entre
efficacité et filtrage demeure en retrait de celui de la Série 5
plus classique. » Vous aviez pris de la drogue, les gars ?
Comparées aux suspensions verrouillées à outrance des autos
contemporaines, les liaisons au sol de l’E39 font office de coussin
d’air.
Il y a du ouaté dans la compression, une mollesse qui fait sourire
sur les phases de rebond et des mouvements de caisse importants au
moindre appui. La M5 bouge, vit, chaloupe, ondule sans que cela
grève le plaisir.
Fin des années 90, la Béhème était une enclume. Aujourd’hui, elle
fait jeu égal avec une Mégane E-Tech… Le poids n’est pas
handicapant, du moins dans le cadre de l’essai du jour.
Arriver un peu fort sur un rond-point se solde par un sous-virage
disgracieux, mais il suffit de soulager l’accélérateur quelques
mètres plus tôt et de jouer sur les transferts de charge pour voir
la M5 contourner parfaitement le terre-plein central.
Il est possible de déconnecter le contrôle de trajectoire pour
profiter à fond de l’équilibre. Le poids s’oublie, le plaisir
reste, mais le bitume majoritairement humide de cette journée
bavaroise et l’état quasi concours de l’E39 m’ont vite incité à
tout rebrancher.
A l’époque, les freins étaient probablement le principal, voire
unique grief adressé. Plus de vingt-cinq ans après, rien n’a
changé, d’autant qu’un confrère peu attentionné m’a laissé la
voiture avec les disques voilés.
La M5 ralentit plus qu’elle ne stoppe… passons. Je m’en fiche, je
suis au volant d’une de mes idoles du passé. Alors que Denis et
Laurent, au siècle dernier, encensaient la boîte de vitesses, je
suis plus sur la réserve.
L’étagement, assez serré en dépit d’une sixième très longue (319
km/h de vitesse maxi théorique), n’est pas en cause et permet de
profiter pleinement de l’onctuosité de cette mécanique. En
revanche, guidage (un brin flou) et verrouillage (pas suffisamment
franc) viennent griser un peu le tableau. Mais encore une fois, je
m’en fiche.
Au même titre qu’une F40, une MX-5 NA, une Impreza WRX STI, une
Caterham et tellement d’autres, la M5 E39 a construit une partie de
mon histoire d’amour avec l’automobile. J’en ai savouré des heures
de vidéo, parcouru des lignes et des lignes de commentaires,
compulsé des photos presse dans un album spécial !
Aujourd’hui, je saisis mieux tout le bien qui a pu en être dit.
Bonne à tout faire, fiable, précise, marrante, confortable, bien
finie, elle colle parfaitement à l’image que je me faisais de la
tricorps spacieuse capable d’avaler des portions de goudron à des
vitesses inavouables.
Ce qu’en disait Sport Auto en 1999
Cette M5 cumule les records. Avec son V8 de 5 litres, elle
possède le plus grand nombre de cylindres et la plus grosse
cylindrée de toutes les versions Motorsport. Avec 400 ch à 6 600
tr/mn, elle est tout simplement le modèle le plus puissant de
l’histoire de BMW, de série s’entend.
Tout comme les précédentes M5, cette berline recèle une double
personnalité. Ses caractéristiques techniques en font
potentiellement l’une des plus méchantes voitures du marché, et
pourtant, elle présente au premier abord l’aspect d’une berline
très cossue, luxueusement finie et royalement équipée.
Dans la circulation ou menée à rythme tranquille, la facilité
d’utilisation et la douceur de la M5 sont celles d’une grande
berline racée. Rapidement mis en confiance, on commence alors à
conduire “plus dans les tours”, histoire de réveiller le fauve.
Le moteur se fait rageur, déploie une vigueur exceptionnelle au gré
des accélérations et révèle qu’il adore flirter avec le régime
maxi, fixé à 7 000 tr/mn. La direction à assistance variable est
précise et la BMW est remarquablement stable à grande vitesse.
Même si la puissance transmise aux roues arrière a tendance à
déborder, les réactions sont très progressives et prévisibles. La
M5 réunit toutes les qualités de ses rivales (XJR, E 55 AMG et S8)
mais y ajoute un plus grand plaisir de conduite, ce qui, pour nous,
n’a pas de prix. »
Ce qu’en dit Sport Auto en 2026
Que du bien, forcément. Si la confrontation avec ses idoles
n’est pas sans risques, cette fois-ci, l’idylle fut parfaite. Mais
de trop courte durée. Au même titre que, dans vingt ans, les
bolides que nous conduisons aujourd’hui paraîtront dépassés par le
progrès, l’E39 ne peut prétendre suivre le rythme des berlines
contemporaines.
Mais impossible de ne pas avoir une tendresse particulière pour cet
énergumène mixant moteur rageur, comportement très Béhème,
polyvalence, confort, rigueur et charisme. Bref, j’en veux
une.
BMW M5 (E39, 1998) : sa fiche technique
- Années de production : 1997-2003
- Exemplaires produits : 20 482
- Moteur : V8 atmosphérique, 32 S
- Cylindrée : 4 941 cm3
- Puissance maxi : 400 ch à 6 600 tr/mn
- Couple maxi : 51 mkg à 3 800 tr/mn
- Transmission : roues AR, 6 rapports manuels
- Autobloquant/antipatinage : de série (blocage à 25 %)/de série déconnectable
- Suspension AV/AR : pseudo-MacPherson, bras inférieurs triangulés, barre stabilisatrice/ essieu multibras, ressorts hélicoïdaux, barre stabilisatrice
- Freins AV/AR : disques ventilés (345/328 mm)
- Pneus AV & AR : 245/40 & 275/35 ZR 18
- L - l - h : 4 784 - 1 800 - 1 432 mm
- Empattement : 2 830 mm
- Poids : 1 720 kg Réservoir : 70 l
- Prix à l’époque : 520 000 F (1998)
- Cote actuelle : environ 35 000 €
- V. max. : 250 km/h
- 0 à 100 km/h : 5”6
- 1 000 m D.A. : 24”7
Retrouvez notre article "Retour aux sources" consacré à la BMW M5 (E39, 1998) dans le Sport Auto n°767 du 28/11/2025.














