Essai - Mercedes-AMG E 53 Hybrid 4Matic+ Break : le parfait esprit de synthèse ?
Pas simple, en ce moment, de réconcilier l’irréconciliable. Il faut de la polyvalence, de la sécurité, de l’écologie, de la performance, du confort, du dynamisme, de la praticité, de l’exclusivité… bref : tout et son contraire. Sauf si l’on choisit l’E 53 Break.
Le gris alpin Manufaktur (3 800 €) attire un peu l’œil et les
jantes forgées de 21’’ (3 900 €) laissent présager que ce taxi est
particulier. Oups, c’est une AMG ?! Une vraie ? Un poil plus qu’une
C 63 si vous le permettez, dont le 4 cylindres très suralimenté ne
séduit visiblement pas grand monde, au point que le constructeur
songe à le dégager du catalogue.
Aujourd’hui, c’est « straight-six » 3 litres turbo. Non,
Affalterbach n’est pas allé taxer un moteur du rival BMW. Ce
moteur, Laurent l’avait beaucoup aimé au volant du CLE 53 à
hybridation légère (+23 ch). Mais avec un système électrique bien
plus lourd (+163 ch) et une masse globale tout autre, le charme
opère-t-il toujours ?
S’il est légitime qu’une découvrable soit animée par une mécanique
pleine comme un œuf, cela ne coule pas de source pour un véhicule
très familial. Vous rétorquerez que M5 et RS 6 GT ne sont pas des
asthmatiques. C’est juste, et l’E 53 choisit une voie (et une voix)
bien différente pour distiller du plaisir. Qui n’est pas à chercher
dans le design, pardon.
Les ailes avant élargies de 11 mm de chaque côté ne changent rien :
pour séduire, AMG mise sur l’élégance plus que sur le
spectaculaire. Les nervures du capot semblent moins prononcées que
sur ceux des CLA 45 ou C 63, et le kit carrosserie est plus timoré
aussi. Le volant a trop de commandes, mais les molettes sous les
branches latérales invitent à poser les doigts dessus.
Elles gèrent, de façon pas toujours intuitive, les différents modes
de conduite, allant de la fermeté de l’amortissement à la
réactivité de la boîte de vitesses en passant par le crépitement de
l’échappement (via les haut-parleurs, il n’y a pas de commande pour
les clapets) ou la sensibilité de l’accélérateur.
Devant les yeux, une dalle panoramique un peu comme dans une M3,
qui peut exhiber un aspect 3D, comme sur les dernières Peugeot. Au
centre de la planche de bord, un autre écran, un peu comme dans
une… M5. En face du passager avant, un autre écran (optionnel), un
peu comme dans… Stop !
Ras-le-bol de ces agencements sans personnalité ! Chers
constructeurs, un peu d’originalité, s’il vous plaît.
Singularisez-vous ! Ce que l’E 53 ne tarde pas à faire, une fois
son 6 en ligne réveillé…
Aller vite…
… sans le laisser paraître. C’est la sensation qui prédomine à
l’issue des mesures à Mortefontaine. Comme notre break est équipé
du pack Dynamic Plus AMG (3 800 €), il a droit au launch control
(Race Start, chez l’allemand) et, en principe, à un pic de
puissance de 612 ch.
En principe, car objectivement, on n’a vraiment pas l’impression
d’être au volant d’un engin à la cavalerie si fournie. La procédure
de départ arrêté est déjà perfectible, la voiture ayant tendance à
avancer même lorsqu’on plante fort les freins avec le pied
gauche.
Nous mettons ce désagrément sur e compte des plaquettes neuves
(mauvais rodage, purge non faite ?), offrant un toucher pédale peu
rassurant, un mordant lamentable et une allonge inquiétante, nous
empêchant d’enregistrer notre habituel 200 à 0 km/h.
Pour aller dans le sens contraire, ça va mieux. 0 à 100 km/h : 3’’9
! Mercedes se réjouit, c’est le chrono qu’ils annoncent. Le mille
est avalé en un peu moins de 22’’ et nous terminons les mesures à
la bride, à 275 km/h compteur (266 km/h réels).
Pour une voiture qui développerait 612 ch, ces chiffres n’ont rien
d’extravagant. Sauf si l’on jette un coup d’œil au petit ticket de
la balance : 2 457 kg, sans mon double mètre à bord. Un 6 en ligne,
c’est lourd mais moins que la batterie.
D’une capacité nette de 21,2 kWh, elle alimente en électricité un
moteur coincé entre le vilebrequin et la boîte TCT 9G. Grâce au
chargeur de 60 kW, passer de 10 à 80 % ne réclamerait que 20 mn.
N’étant pas équipé d’une wallbox, il m’a fallu me contenter d’un
débit de 1,6 kW pendant la nuit.
Bilan : je n’ai récupéré que 56 % de batterie pendant dix heures de
charge. L’E 53 profite bien sûr des phases de roue libre et des
décélérations pour transformer l’énergie cinétique en électricité,
mais le système se montre flemmard.
A l’inverse d’une McLaren Artura, qui refait le plein d’électrons
en un rien de temps lorsqu’on roule comme Fangio, la jauge peine à
grimper dans l’AMG, quel que soit le programme sélectionné. On se
retrouve donc à devoir rebrancher l’auto sous peine de ne pas
pouvoir profiter des pleines capacités « mécaniques ».
Les accus sont logés sous le coffre, générant un petit bourrelet au
niveau du seuil de chargement. Même si la boîte n’est pas rejetée
derrière, la majorité du poids provient de ces piles. Oui : un V6 +
un moteur électrique + une boîte auto sont moins lourds que des
batteries chez AMG.
Et pas qu’un peu puisque c’est 55 % du poids que supporte le train
arrière, comme sur un Boxster GTS… l’agilité en moins. Les
accélérations sont véloces, mais ce sac à dos lourdement chargé se
ressent en conduite soutenue.
Mieux qu’une C 63 ?
La direction est vive, très faiblement démultipliée (1,9 tour)
si bien que, même lorsque le virage se referme, le conducteur n’a
pas à changer sa préhension. Le roulis, lorsque le mode Sport+ est
activé, est contenu convenablement.
Les appuis latéraux n’altèrent pas la bonne impression générale, le
paquebot rentrant fort dans les virages et poussant des GTi plus
légères d’une grosse tonne. C’est sur le longitudinal que la copie
est moins sérieuse, avec un avant qui déleste à la remise des gaz.
Merci le fessier surchargé façon 911.
Comme la Porsche, la familiale réagit aux transferts de charge même
s’il convient d’en ajouter pour la faire glisser. La transmission
4Matic+ (avec différentiel piloté arrière compris dans le pack
Dynamic Plus) est moins rigolote que celle de la RS 6 GT ou de la
M3 Touring.
Contrairement à cette dernière, il n’est pas possible de basculer
en propulsion, et il faut toujours composer avec un train avant qui
digère beaucoup de couple. Rappelons au passage que la BMW pèse 620
kg de moins et que la petite sœur C 63, avec ses 2 175 kg vérifiés,
fait office de poids plume. Pourtant, elle n’a pas notre
préférence.
Malgré un couple en pic encore plus démentiel dans la petite
familiale (104 mkg contre 76,5), les performances sont à peine
meilleures. Quatre dixièmes d’écart pour les 400 et 1 000 m D.A. en
faveur de la C 63 AMG, ça ne suffira pas à nous faire préférer la
plus agile et légère des deux, car dans l’E 53, il y a plus de
sensations.
A l’efficacité trop froide de sa petite sœur, le break gris répond
par des mouvements de caisse moins verrouillés, qui permettent de
mieux comprendre le travail des liaisons au sol. Au tempérament
mécanique inexistant de la C, l’E rétorque par un agrément
supérieur.
Le turbo du 3 litres, soufflant à 1,5 bar, semble vouloir tourner à
l’infini et le fait savoir en jouant une partition d’inspiration
bavaroise, en partie retransmise par les haut-parleurs.
Objectivement : la C 63 AMG est plus véloce, et aller vite avec
elle réclame de se poser moins de questions qu’au volant de notre
break du jour.
Mais ce dernier, en plus d’offrir une véritable capacité à voyager
loin en tout électrique (AMG table sur une centaine de kilomètres),
fait davantage vibrer la fibre émotionnelle.
Une M5 break livrerait probablement une meilleure copie en matière
de performances et de nuages de fumée, mais Motorsport, comme AMG
avec sa C 63, a choisi d’édulcorer son transporteur de troupes, et
il n’est pas sûr que nous vous conseillerions de succomber à
l’appel du V8. Et le fait que ce soit AMG, avec un 6 en ligne, qui
fasse la nique à BMW, avouez que ça ne manque pas de panache.
L'avis de Sylvain Vétaux : 4/5
Entre une E 53 et une M5, je choisis l’AMG, même si ses accélérations décollent moins la pulpe. Elle ne peut cacher son surpoids, notamment arrière, qui génère parfois quelques soucis dans les placements, mais qu’importe : au moins, on se sent impliqué.
Mercedes-AMG E 53 Hybrid 4Matic+ Break : fiche technique
- Moteur : 6 en ligne, 24 S + 1 électrique synchrone à aimants permanents
- Cylindrée : 2 999 cm3
- Puissance thermique : 449 ch à 5 800 tr/mn
- Couple thermique : 57,1 mkg à 2 200 tr/mn
- Puissance électrique : 163 ch
- Couple électrique : 48,9 mkg
- Capacité de la batterie : 28,6 kWh (brute), 21,2 kWh (nette)
- Puissance cumulée : 585 ch (612 ch avec fonction Race Start)
- Couple cumulé : 76,5 mkg
- Transmission : intégrale permanente, 9 rapports auto
- Autobloquant : de série déconnectable
- Antipatinage : central de série + AR piloté en option avec le pack Dynamic Plus
- Poids annoncé/vérifié : 2 360/2 457 kg
- L - l - h : 4 965 - 1 902 - 1 483 mm
- Empattement : 2 971 mm
- Pneus AV & AR : 255/45 & 285/40 ZR 19 (265/35 & 295/30 ZR 21 sur modèle essayé)
- Prix de base : 115 700 €
- Options/malus : 34 500/12 080 €
- Prix du modèle essayé : 162 280 € (malus compris)
- V. max. : 266 km/h (vitesse limitée électroniquement)
- 0 à 100 km/h : 3’’9 (58 m)
- 0 à 160 km/h : 8’’3 (221 m)
- 0 à 200 km/h : 13’’5 (480 m)
- 400 m D.A. : 12’’ (190 km/h)
- 1 000 m D.A. : 21’’9 (243 km/h)
- De 100 à 140 km/h en D : 3’’2 (105 m)
- Freinage de 200 à 0 km/h : freins défectueux
Retrouvez notre essai de la Mercedes-AMG E 53 Hybrid 4Matic+ Break dans le Sport Auto n°765 du 26/09/2025.


