Toyota : « Que tout le monde passe à l'électrique était ma plus grande peur », confie Akio Toyoda
Au Fuji Speedway, Akio Toyoda confie que la transition vers les véhicules électriques l’inquiète plus que tout. Derrière cet aveu se joue l’avenir de Toyota et bien plus...
Sur le bitume détrempé du Fuji Speedway, au milieu des hurlements de GR Yaris de course, à la question sur sa plus grande inquiétude pour l’avenir de l’auto, Akio Toyoda, le patron de Toyota répond que "que tout le monde se tourne vers l'électrique, c'était ma plus grande peur pour moi". Le décor est posé : là où l’industrie rêve de batteries, lui pense moteurs.
Toyota : à Fuji, un patron de groupe mondial qui parle comme un pilote
Dans cette interview donnée à nos confrères de chez Carwow, tournée au Japon, il admet se sentir isolé. Il rappelle qu’"il y a seulement trois ou quatre ans, j'étais le seul à dire que j'aime l'odeur, j'aime les sons, j'aime les moteurs et je veux préserver les emplois des fournisseurs de moteurs". Il ajoute : "Mais j'ai l'impression d'être le seul, je me sens très seul". Une confession rare pour le dirigeant d’un groupe qui vend plus de 10 millions de voitures par an. La scène n’a rien d’un salon feutré. Akio Toyoda est à Fuji en tant que président de Toyota Motor Corporation, mais aussi en passionné, casque à la main. Sous son pseudonyme de pilote "Morizo", il participe lui-même à des courses d’endurance et suit de près Toyota Gazoo Racing. Sur place, une GR Yaris à essence, une GR Yaris à hydrogène et un prototype à moteur central tournent pour développer de futures sportives de route. Durant le développement de la GR Yaris, il raconte : "Je restais au centre d'entraînement, chaque jour je la conduisais, chaque jour je la cassais et chaque jour il la réparait", en désignant l’ingénieur en chef Naohiko Saito. Cette implication explique en partie sa réticence à voir l’auto réduite à un objet silencieux et normé, limité à un bon bilan carbone et à des feuilles de résultats impeccables.
Toyota : les emplois et le refus du tout-électrique
Le patron japonais ne parle pas seulement de passion. Il met régulièrement en avant la filière industrielle qui vit du moteur thermique : conception, fonderies, boîtes de vitesses, milliers de PME autour. Il a déjà prévenu qu’un scénario 100 % véhicules électriques pourrait menacer environ 5,5 millions d’emplois au Japon. Sa ligne est claire : "Si je dois seulement faire un bon bilan comptable ou des choses rentables, ou seulement faire du neutre en carbone, ce n'est pas excitant". Akio Toyoda défend une stratégie multi-énergies : hybrides, hybrides rechargeables, moteur thermique alimenté par hydrogène, pile à combustible et une part de voitures 100 % électriques. Il résume souvent sa vision par "le carbone est notre ennemi, pas le moteur thermique". Il critique une transition dictée par des réglementations qu’il juge trop théoriques, et répète que le client final doit pouvoir choisir la technologie qui lui convient. Cette prudence se retrouve dans les produits. Toyota a mis du temps à lancer des véhicules électriques à batterie, avec une gamme BEV encore limitée face à des groupes rivaux. Le projet de berline électrique Lexus LF‑ZC, annoncée comme vitrine des futures batteries solides et rivale de modèles premium européens, a été fortement revu à la baisse. En parallèle, Akio Toyoda estime que les voitures électriques ne dépasseront pas environ 30 % du marché mondial.
Les chiffres de l’Agence internationale de l’énergie donnent un autre ordre de grandeur : les véhicules électriques représentaient déjà plus de 20 % des ventes mondiales en 2024, avec des scénarios autour de 50 % à l’horizon 2035. Malgré le discours prudent de son président du conseil, Toyota prépare d’ailleurs une offensive avec plusieurs nouveaux modèles 100 % électriques, notamment pour les États-Unis, tandis que le directeur général Koji Sato pousse une électrification plus rapide.














