Porsche se tourne vers XPeng pour échapper à la pression du CO₂ en Europe
Sous la pression des normes européennes sur le CO₂, Porsche s’allie à XPeng pour préserver sa gamme thermique. Derrière ce rapprochement se cache un mécanisme financier particulièrement stratégique.
Le constructeur de Stuttgart revoit sa stratégie de conformité en matière d’émissions. En se rapprochant de XPeng, Porsche ne cherche pas seulement à renforcer sa présence dans l’électrique : l’opération lui permet aussi de s’appuyer sur les crédits CO₂ disponibles chez son partenaire chinois, tandis que Volkswagen voit sa propre marge de manœuvre évoluer.
Porsche quitte le groupe Volkswagen pour alléger sa facture CO₂
Cette décision n'a rien d'un caprice exotique. Elle répond à une pression chiffrée : derrière la réglementation CAFE, la norme européenne qui impose aux constructeurs automobiles un seuil moyen d'émissions de CO₂ pour l'ensemble des véhicules neufs vendus, Bruxelles inflige des amendes salées aux constructeurs dont la moyenne d'émissions dépasse le plafond. Les ventes 100 % électriques de Porsche patinent en Europe, ses moteurs thermiques restent plébiscités, et la note CO2 s'envole. Concrètement, Porsche ne sort pas du groupe Volkswagen, mais elle cesse de mélanger ses chiffres d'émissions avec ceux des autres marques du géant allemand dans les tableaux de Bruxelles. À partir de 2026, ses rejets seront agrégés à ceux de XPeng pour le calcul de la moyenne européenne, un changement acté dans un document officiel de l'Union européenne. XPeng a le profil idéal pour ce type d'accord : des modèles 100 % électriques, donc une moyenne de CO2 très basse, et près de 50 000 livraisons attendues en Europe cette année, portées par le lancement de la L03. De quoi générer des crédits excédentaires à vendre, d'autant que Volkswagen détient déjà environ 5 % de son capital.
Réglementation CAFE : un mécanisme qui pèse des milliards
Le principe est simple sur le papier. L'Union
européenne fixe un objectif de CO2 moyen, en grammes par
kilomètre, pour chaque pool de constructeurs. Pour chaque gramme
au-dessus de la cible, la facture grimpe de 95 euros par voiture
immatriculée. Le groupe Volkswagen a ainsi affiché
environ 100 g/km en 2025 pour une cible à 93,6 g/km. Résultat, la
sanction théorique s'approche de 1,5 milliard
d'euros sur la période 2025-2027, d'où la nécessité de réduire en
urgence la moyenne du pool. Les pools ne suivent pas les frontières
des groupes juridiques : chaque marque peut choisir ses alliés CO2,
y compris parmi ses rivaux, jusqu'au 31 décembre de l'année
concernée. Pendant des années, beaucoup se sont tournés vers
Tesla pour équilibrer leurs
moyennes.
Dans ce cadre, Porsche devient malgré elle la marque la
plus défavorable à la moyenne du groupe. Les modèles 100 %
électriques de la marque ont vu leurs ventes reculer d'environ 30 %
cette année en Europe, selon le cabinet Schmidt Automotive Research. Oliver
Blume, président du directoire de Porsche AG , a pointé
une "contraction drastique du marché en Chine", mais en
Europe, ce sont les 911, Cayenne et autres hybrides qui
tirent les volumes.
Ce choix commercial rend la marque dépendante de crédits CO2 achetés à XPeng pour continuer à vendre sereinement ses thermiques en Europe. Pendant que Bruxelles réfléchit à surtaxer les voitures chinoises, l'argent de Stuttgart va aider un constructeur de Shenzhen à installer son réseau et sa logistique.














