Les V8 Ford ne seront bientôt plus vraiment américains : le Canada prend le relais

Publié le 26 juillet 2026 à 18:30
Les V8 Ford ne seront bientôt plus vraiment américains : le Canada prend le relais

Le Canada s'apprête à devenir le principal producteur des moteurs V8 de Ford. Un accord avec Unifor et de lourds investissements redistribuent les cartes en Amérique du Nord.

Imaginer un pick-up Ford ou une Mustang rugissant grâce à un V8 "made in Canada" bouscule l’image d’icône américaine. Pourtant, Ford Motor Company déplace le centre de gravité de ses moteurs V8 Ford vers le nord de la frontière. Avec ses usines d’Ontario, le Canada s’apprête à produire plus de V8 Ford que les États-Unis.

Au cœur de ce basculement industriel, un nouvel accord collectif signé avec le syndicat canadien Unifor sécurise la production jusqu’en 2029 et finance massivement les sites de Windsor et d’Essex. Le paradoxe, c’est que ce coup d’accélérateur intervient alors que l’industrie automobile mise sur l’électrique : Ford parie sur des V8 plus propres, parfois hybrides, dont une bonne partie sortirait d’usines canadiennes.

Un accord Ford–Unifor qui verrouille les V8 au Canada

L’accord collectif entre Ford et Unifor couvre environ 5 150 salariés canadiens et s’applique du 21 septembre 2026 au 19 septembre 2029. Les hausses générales de salaire atteignent 3 % par an, soit 9 % sur la durée, avec retraites améliorées et garanties d’emploi renforcées. Les ouvriers à temps plein touchent une prime de ratification d’environ 10 000 dollars canadiens (environ 6 200 euros), les temporaires 2 000 dollars (environ 1 200 euros), de quoi stabiliser la main‑d’œuvre.

Sur le plan industriel, Ford annonce 1,25 milliard de dollars canadiens d’investissements, soit un peu moins de 780 millions d’euros. Environ 700 millions vont au Essex Engine Plant, chargé de "maximiser" la production du V8 5,0 litres Coyote et de soutenir le V8 7,3 litres, avec une troisième rotation prévue en 2029. Le complexe d’Oakville reçoit 550 millions pour assembler plus de pick-up Super Duty, alimentés par des moteurs sortis de Windsor et d’Essex.

Essex et Windsor, nouveau cœur des moteurs V8 Ford

Au quotidien, cela veut dire que les Mustang GT et Dark Horse, tout comme de nombreux Ford F‑150, reçoivent un V8 5,0 litres fabriqué à Essex, en Ontario. Le site voisin de Windsor assemble les V8 7,3 litres "Godzilla" et le V8 6,8 litres essence, destiné notamment aux gros pick-up et utilitaires ; la production du 6,8 doit s’arrêter au troisième trimestre 2026, ce qui recentre encore davantage l’activité sur les blocs les plus demandés.

Pour l’analyste du secteur automobile Sam Fiorani, la fermeture en 2022 de l’usine américaine de Romeo, dans le Michigan, et la faible probabilité d’un redémarrage signifient que l'essentiel de la production du V8 5,0 litres migre durablement vers le Canada. Il estime que Ford pourrait relancer Romeo "si des droits de douane ou d’autres conditions commerciales changeaient profondément l’équation", mais juge ce scénario peu réaliste. Les États-Unis gardent surtout le V8 5,2 litres suralimenté, produit à Dearborn pour les Mustang GTD et F‑150 Raptor R, des modèles de niche.

Des V8 canadiens dans les futurs pick-up hybrides

Ces blocs ontariens pourraient aussi servir de base à l’hybride, explique l’analyste Sam Fiorani : un Super Duty hybride rechargeable "pourrait associer un V8 essence à des moteurs électriques à couple élevé". L’idée est de conserver les capacités de remorquage attendues, tout en baissant les émissions et en évitant la complexité des systèmes de dépollution diesel récents.

L’analyste y voit une alternative plus propre et moins coûteuse que le diesel, avec une baisse potentielle de charge pour l’usine mexicaine de Chihuahua. Pour les conductrices et conducteurs nord‑américains, le fameux V8 "américain" d’une Mustang ou d’un F‑150 viendrait donc le plus souvent d’Ontario, tout en restant estampillé fabrication nord‑américaine.

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