La première sportive de série à moteur central n’est pas celle que vous imaginez

Publié le 18 août 2026 à 18:00
La première sportive de série à moteur central n’est pas celle que vous imaginez

Bien avant la Lamborghini Miura, une petite sportive française avait déjà adopté le moteur central. La René Bonnet Djet a ouvert la voie dès le début des années 1960.

On vous pose la colle : quelle a été la première voiture de sport de série à moteur central au monde ? Si vous avez autre chose en tête qu'une italienne flamboyante, vous faites déjà partie du club des passionnés. La bonne réponse s'appelle René Bonnet Djet, un petit coupé français à moteur central, aussi discret que pionnier.

Pendant que la plupart citent spontanément la Lamborghini Miura ou la Ford GT40, la petite française coche en réalité tous les critères : architecture à moteur central, production en série et usage routier. Son histoire commence au tout début des années 1960, dans les ateliers de René Bonnet, et va croiser très vite celle de Matra.

René Bonnet Djet, la vraie première sportive à moteur central

Une voiture à moteur central place son bloc derrière les sièges et devant l'essieu arrière, là où la plupart des modèles de l'époque gardent leur mécanique à l'avant. Cette disposition issue de la course améliore la répartition des masses et la motricité. En 1962, la Djet l'adopte sur une voiture de route fabriquée en petite série, reconnue par l'Espace automobiles Matra comme la première routière de série au monde avec moteur central arrière.

Sous la carrosserie en polyester très profilée, la Djet reprend le quatre cylindres de la Renault 8 monté à l'envers, d'abord en 1,1 litre puis en version Gordini de 1,3 litre. Avec environ 600 kg, quatre freins à disque et un coefficient de traînée proche de 0,28, les variantes les plus affûtées dépassent 200 km/h. De quoi offrir des performances de vraie sportive malgré des puissances relativement modestes.

Une petite française née de la course et sauvée par Matra

Avant la Djet, René Bonnet travaille avec Charles Deutsch chez Deutsch-Bonnet, où ils créent de petites voitures de course légères. Quand le duo se sépare au début des années 1960, Bonnet lance sa propre marque, choisit des moteurs Renault et mise sur le moteur central. Un prototype Djet apparaît au Mans 1962, puis une version routière est présentée la même année au Salon de l'auto à Paris.

Sur le plan financier, l'aventure tourne vite court : volumes faibles, investissements lourds, trésorerie exsangue. Le fabricant de la carrosserie en polyester appartient au groupe Matra, acteur de l'aéronautique, qui décide en 1964 de reprendre l'affaire. La voiture devient alors Matra Djet et sert de base au programme Matra Sports, couronné quelques années plus tard en F1 et aux 24 Heures du Mans.

Pourquoi la Djet est restée dans l'ombre des supercars

Malgré son avance technique, la Djet reste une voiture de niche : toutes versions confondues, un peu moins de 1 700 exemplaires sont produits, dont environ 200 sous le seul nom René Bonnet. L'Alpine A110 occupe la scène française en rallye, tandis que des modèles comme la De Tomaso Vallelunga, la Lotus Europa puis la Miura imposent l'image d'une sportive à moteur central plus spectaculaire, plus chère et bien plus médiatisée.

Un exemplaire a été offert à Youri Gagarine lors d'une visite en France, et la gendarmerie a utilisé la Djet comme voiture rapide sur autoroute. Aujourd'hui, les survivantes se retrouvent chez des collectionneurs et au musée Espace automobiles Matra de Romorantin.

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