La NASCAR a construit un circuit au milieu des porte-avions : les coulisses d'un chantier hors norme

Publié le 4 juillet 2026 à 19:00
La NASCAR a construit un circuit au milieu des porte-avions : les coulisses d'un chantier hors norme

Pour la première fois, la NASCAR a investi la Naval Base Coronado. En quelques semaines, un aéroport militaire est devenu un circuit de 5,5 km sans interrompre totalement les activités de la base.

En juin 2026, les pilotes de NASCAR ont posé leurs stands là où décollent d’ordinaire les avions de chasse : sur la Naval Air Station North Island, au cœur de la Naval Base Coronado, en Californie. En quelques semaines, les rues de la base et une partie des pistes d’aviation se sont transformées en circuit temporaire de 5,5 km, le plus long tracé urbain jamais utilisé par la série. Le tout alors que la base navale restait un site militaire sensible, avec ses porte‑avions amarrés juste derrière les barrières.

Construire un tel décor n’a rien d’un simple montage de stands. Le projet a demandé plus de deux ans de planification entre la NASCAR et l’U.S. Navy, puis près d’un mois de chantier sur place, sous contrôle permanent de la sécurité militaire. Derrière les images spectaculaires, il y a surtout une équation logistique démesurée : transformer un aéroport militaire en circuit puis tout démonter sans laisser de traces.

1 700 camions et des kilomètres de murs : la logistique XXL du circuit

L’échelle du projet se lit d’abord en camions. Tristen Lora, directeur des opérations de la course, explique que l’événement a nécessité l’équivalent de "1 700 camions de matériel et de ressources", quand un festival comme Lollapalooza tourne autour de 200. Environ 1 300 de ces véhicules étaient des camions plateau dédiés aux blocs de béton, grillages et passerelles, livrés au compte‑gouttes, une vingtaine par jour seulement, en raison des contrôles à l’entrée de la base.

Côté infrastructures, le chantier a aligné environ 11 km de murs et de grillages et 3 184 blocs de béton pesant près de 4,5 tonnes chacun, coiffés de clôtures hautes de plus de trois mètres pour protéger bâtiments et navires. Au total, 30 km de clôtures temporaires ont redessiné le périmètre de la zone course. Par comparaison, le Chicago Street Race, plus court (3,7 km), n’avait besoin que d’environ 11 km de clôtures et s’était monté en 18 jours, contre quatre semaines à Coronado.

Dessiner un tracé NASCAR au milieu des porte‑avions

Avant le premier camion, il a fallu imaginer un tracé viable dans un puzzle de pistes, de voies de circulation et de routes internes. Le directeur design Jeremy Casperson a dessiné un circuit pensé pour "tout montrer" : porte‑avions, baie de San Diego, silhouette des gratte-ciel de la ville, escadrons basés sur place. Le Coronado Street Course, aussi appelé Qualcomm Circuit, s’étire ainsi sur 5,5 km et 16 virages, combinant de longues lignes droites sur l’ancienne piste et des enchaînements plus serrés entre les hangars, validés à l’avance via le simulateur iRacing et un scan LiDAR complet de la base.

Une fois le tracé choisi, les ingénieurs ont dû apprivoiser quatre types de revêtements différents : vieux béton, béton neuf, asphalte usé et asphalte récent. Environ un million de dollars (environ 880 000 euros) de travaux ont été engagés pour fraiser, réparer ou recouvrir les zones les plus abîmées. Plus de 150 points ont été soudés ou scellés – bouches d’égout, vannes, rails de grue, boîtes électriques – afin d’éliminer tout "piège" capable de déstabiliser une voiture à plus de 250 km/h, tout en restant réversible pour l’usage militaire ultérieur.

Une base qui reste opérationnelle grâce à la Navy elle‑même

Pendant que le circuit prenait forme, la Naval Base Coronado continuait à fonctionner. L’aérodrome est resté actif jusqu’au mercredi de la semaine de course, avec avions et hélicoptères opérant autour du chantier. Deux immenses hangars semi‑cylindriques, autrefois dédiés aux hydravions et aujourd’hui aux hélicoptères, ont été vidés pour accueillir loges et hospitalités, les appareils étant déplacés vers une autre zone de la base. L’Amphibious Construction Battalion 1, l’unité qui a récupéré la capsule de la première mission habitée Artemis de la NASA, a prêté main‑forte pour ériger murs, ponts piétons et structures lourdes aux côtés des équipes NASCAR.

Les premiers camions sont arrivés vers le 25 mai, les espaces de réception ont été montés en premier, puis les murs à partir du 1er juin, jusqu’à la fermeture complète du tracé autour du 17 juin. Sitôt le drapeau à damier abaissé, le démontage a pris le relais pour rendre rapidement hangars et pistes à leur usage militaire, une partie des barrières provenant d’ailleurs du Grand Prix de Las Vegas de Formule 1. Amy Lupo, présidente du projet NASCAR San Diego, l’a confié à un quotidien local : elle est "vraiment pleine d’espoir de revenir sur la base en 2027", cette première édition servant de laboratoire pour affiner le dispositif.

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