Ils font la course avec leur camion… et gardent même la remorque : l’incroyable Grand Prix des routiers colombiens
Slaloms, freinages de précision et virages négociés avec un semi-remorque complet : le Gran Premio Mobil Delvac impose aux routiers un exercice particulièrement spectaculaire.
Sur certaines vidéos, on dirait un montage : un semi-remorque complet qui attaque un vibreur comme une GT, remorque bringuebalante derrière la cabine. Ce n’est pas un film, c’est le Gran Premio Mobil Delvac, une course de camions avec remorque organisée chaque année en Colombie, où les ensembles jouent le chrono.
Sur le bitume de l’Autódromo de Tocancipá, près de Bogotá, ces "tractomulas" tournent en contre-la-montre, comme des voitures de course. Au programme : virages chronométrés, slaloms entre cônes, zones de freinage au centimètre, le tout avec les mêmes camions et les mêmes réflexes que sur route. Comment des routiers parviennent-ils à dompter un tel mastodonte sans le plier ?
Gran Premio Mobil Delvac : quand la remorque reste accrochée jusqu’au drapeau à damier
Sur ce circuit routier de 2,04 km, les camions partent un par un pour un vrai time attack. Pas de dépassements agressifs, mais une lutte contre le chrono où chaque dixième compte. Les conducteurs doivent lancer l’ensemble, puis garder la remorque bien alignée dans les enchaînements de virages, sous peine de pénalités immédiates.
Le tracé mélange longues courbes en appui et chicanes serrées, pimentées de slaloms entre plots et de zones d'arrêt où tracteur et remorque doivent s’immobiliser dans un rectangle peint. Au volant, on gère à la fois la poussée du moteur, le roulis de la cabine et l’inertie des près de 40 tonnes qui poussent derrière.

Depuis 1988, les routiers colombiens ont leur grand prix de semi-remorques
Créée en 1988 comme concours national de tractomulas, la compétition est devenue au fil des ans le Gran Premio Mobil Delvac de Tractomulas, rendez-vous majeur du calendrier auto colombien. Un week-end de juillet, Tocancipá se remplit de fans de camions ; les dernières éditions ont rassemblé plus de 30 000 spectateurs, avec hôtels et restaurants pris d’assaut.
Sur la grille, on ne trouve pas de pilotes professionnels mais des chauffeurs longue distance. Les organisateurs limitent l’accès à environ 150 camions et exigent que les inscrits n’aient pas couru en sport auto fédéré depuis plusieurs années et qu’ils achètent un seau de 5 gallons (environ 19 litres) d’huile Mobil Delvac. En 2025, Carlos Rodríguez l’a emporté, suivi en 2026 par son frère Edwin Rodríguez, lors d’une édition marquée aussi par la nouvelle Copa Femenina Mobil Delvac réservée aux conductrices.
Un règlement en béton pour une course de camions avec remorque vraiment unique
La Federación Colombiana de Automovilismo Deportivo encadre un règlement qui garde les camions proches de ceux de la route. Six essieux sont imposés, avec les deux ponts arrière moteurs enclenchés. Les turbos autorisés sont listés par type de moteur, alors que les modèles à géométrie variable, les roulements céramiques, le refroidissement par eau et le protoxyde d’azote restent interdits.
Cette discipline fait figure d’ovni dans le monde de la course de camions : ailleurs, les championnats européens ou américains se disputent avec des tracteurs seuls, ou en ligne droite pour les drag races et les épreuves de traction. À Tocancipá, les ensembles articulés complets tournent sur circuit avec leur remorque, et les replays intégraux sont visibles gratuitement sur YouTube pour mesurer l’ampleur du défi.














