Cette Citroën termine 5e du Monte-Carlo 1966… avant d’être déclarée vainqueur

Publié le 17 septembre 2026 à 19:00
Cette Citroën termine 5e du Monte-Carlo 1966… avant d’être déclarée vainqueur

Trois Mini aux trois premières places et une Ford quatrième : le Monte-Carlo 1966 semblait dominé par les Britanniques. Jusqu'à un contrôle technique qui bouleverse complètement le classement.

Sur le papier, le vainqueur du Rallye Monte-Carlo 1966, c’est le Finlandais Pauli Toivonen au volant d’une Citroën DS 21. Sauf que, sur la route, sa DS n’avait terminé qu’en cinquième position, derrière une armada britannique qui avait écrasé la course du 14 au 20 janvier 1966.

À l’arrivée, les trois Mini Cooper S de Timo Mäkinen, Rauno Aaltonen et Paddy Hopkirk signent un triplé, la Ford Cortina Lotus de Roger Clark se glisse quatrième, et la DS de Toivonen complète le top 5. Quelques heures plus tard, retournement total : les quatre voitures anglaises sont disqualifiées pour des phares jugés non conformes, la Citroën devient officiellement première… et le scandale est lancé.

Rallye Monte-Carlo 1966 : de la 5e place sur la route à la 1re au classement

Près de 200 voitures s’élancent alors depuis plusieurs villes d’Europe vers Monaco, dans un mélange de neige, de verglas et de nuit noire qui fait la réputation du rallye. Les petites Mini, déjà victorieuses en 1964 et 1965, mènent quasiment de bout en bout, notamment lors de la célèbre Nuit du Turini. La DS 21 de Toivonen reste dans le groupe de tête, mais sans jamais menacer sérieusement les Britanniques.

Dans le parc fermé, l’ambiance bascule. Les commissaires techniques de l’Automobile Club de Monaco démontent méthodiquement les voitures de pointe, d’abord côté mécanique, puis côté éclairage. Après plusieurs heures de vérifications, les trois Mini, la Cortina de Clark et d’autres voitures anglaises sont exclues pour non-conformité de leurs projecteurs. La DS 21 de Toivonen, parfaitement en règle, se retrouve propulsée au sommet du classement officiel.

Scandale des phares à iode : un règlement qui piège les Britanniques

Selon l’Annexe J du Code sportif international, révisée fin 1965 pour les voitures de Groupe 1, les phares principaux doivent utiliser des ampoules à double filament, avec code et plein phare conformes à la législation française, et être identiques à ceux des 5 000 exemplaires de série exigés. Pour éviter un handicap en Groupe 2, la British Motor Corporation avait justement produit 5 000 Mini Cooper S de route en configuration rallye, persuadée de respecter la lettre du texte.

Les ingénieurs britanniques avaient obtenu un feu vert initial pour un montage avec des ampoules à iode à simple filament, dépourvues de fonction code, en jouant sur des antibrouillards pour le faisceau de croisement. Tout a été accepté au contrôle avant départ. Après l’arrivée, les commissaires appliquent une interprétation stricte du règlement : seul un double filament dans les phares principaux est toléré. "Ils ont compté toutes les dents des pignons dans la boîte de vitesses. Ils ont enlevé les pneus des jantes pour peser les jantes puis les pneus séparément. C’était ridicule, ils ne trouvaient rien d’irrégulier", a raconté Paddy Hopkirk à la BBC, avant que les phares ne deviennent le vrai motif d’exclusion.

Une victoire officielle qui laisse un malaise durable

Côté britannique, le patron de la compétition BMC et plusieurs pilotes dénoncent alors une décision politique destinée à empêcher un troisième succès consécutif des Mini et à favoriser une voiture française comme la Citroën DS. L’affaire prend une ampleur considérable, avec menaces de boycott et réputation écornée pour le Monte-Carlo, longtemps cité ensuite comme exemple de règlement appliqué à contretemps.

Pauli Toivonen lui-même ressort marqué de l’épisode. Le Finlandais accepte la coupe, mais répète plus tard qu’il ne se considère pas comme un véritable vainqueur ce soir-là. Il ne courra plus jamais pour Citroën. La DS 21 reste à jamais inscrite comme gagnante du Rallye Monte-Carlo 1966 parce que les quatre voitures qui la précédaient ont été disqualifiées pour leurs phares. Mini s'impose d'ailleurs de nouveau dès 1967. C'est pour beaucoup une forme de revanche morale.

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