Elle a abandonné au Mans en 1939 : cette Talbot-Lago vaut aujourd’hui près de 7 millions d’euros
Engagée aux 24 Heures du Mans 1939, cette Talbot-Lago T150-C SS Teardrop a connu un destin hors norme. Près de 90 ans plus tard, elle est estimée jusqu’à 7 millions d’euros.
Silhouette Art déco, passé de course et un prix qui donne le vertige : la Talbot-Lago T150-C SS Teardrop Coupé de 1938, châssis 90117, est de retour en salle des ventes. À Monterey, en août 2026, RM Sotheby's l’estime entre 7 et 8 millions de dollars, soit environ 6 à 7 millions d'euros.
Parmi la dizaine de Goutte d’Eau dessinées par Figoni et Falaschi, la 90117 est la seule conçue pour la compétition. Engagée aux 24 Heures du Mans de 1939 sous le numéro 8, elle roulait en neuvième position avant d’abandonner au 88e tour. "On l’imagine sur une pelouse de concours, pas numérotée au Mans", sourit Harvey Stanley, de RM Sotheby's.
Talbot-Lago T150-C SS Teardrop : la Goutte d’Eau du Mans à 7 millions
Le marché suit la même trajectoire ascendante. En 2006, Gooding et Company vend la 90117 pour 3,9 millions de dollars, soit près de 3,4 millions d'euros. Revenue à Monterey en 2022, la Talbot-Lago atteint 7,3 millions de dollars, environ 6,3 millions d'euros. L’estimation 2026 entre 6 et 7 millions d'euros apparaît donc réaliste.
Les autres Talbot-Lago T150-C SS Teardrop confirment la tendance. Elles se négocient entre 6,5 et 7,5 millions d'euros, le châssis 90112 ayant atteint environ 6,8 millions d'euros à Rétromobile Paris. Un exemplaire de 1937 a même frôlé 13,5 millions de dollars, autour de 11,7 millions d'euros, record de la lignée.
Commandée pour Le Mans, taillée pour 250 km/h
En 1937, le duc Philippe Régnier de Massa commande une T150-C SS carrossée en Goutte d’Eau spécialement pour Le Mans. La coque en aluminium est allongée, abaissée, dotée d’un toit ouvrant, d’une lunette arrière ouvrante et de phares supplémentaires. À bord, siège baquet et compteur gradué à 250 km/h. Sous le capot, un six cylindres 4,0 litres d’environ 140 ch, alimenté par trois carburateurs Zenith-Stromberg et une boîte Wilson pré-sélective.
Au départ des 24 Heures du Mans 1939, Régnier de Massa partage le volant avec le Français Norbert-Jean Mahé. Le duo hisse la Talbot-Lago numéro 8 en neuvième position avant un abandon au 88e tour, à la suite d'une casse mécanique ou d'un tête-à-queue. Dix semaines plus tard, la guerre met un terme à sa carrière.
Confisquée par la guerre, ressuscitée aux concours d’élégance
Après la guerre, la 90117 disparaît. Confisquée en Allemagne puis stockée derrière le rideau de fer, elle reste cachée jusqu’à la chute du mur de Berlin. Un collectionneur la revend alors à l’Américain Georg Lingenbrink, qui l’importe en Californie et la restaure. Peinture aubergine inspirée par des aubergines de marché, intérieur en cuir beige : la Talbot-Lago renaît au Pebble Beach Concours d’Elegance 2002, première apparition publique depuis la Seconde Guerre mondiale.
Dans les années 2000, la 90117 rejoint la collection de l’Américain Oscar Davis, qui la fait affiner avant de l’aligner sur des pelouses prestigieuses. Au Concorso d’Eleganza Villa d’Este 2010, elle décroche le Best of Show et le prix du public. Aujourd’hui, l’auto quitte cette collection pour offrir à un nouveau propriétaire un mélange d’histoire de course, de design Art déco et de pedigree en concours.














