À 26 ans, il entretient lui-même sa Maserati Quattroporte V8 dans le garage familial
À 26 ans, Boy Slopsma bichonne une Maserati Quattroporte V8 à carburateurs dans le garage familial, loin des ateliers de luxe. Entre passion dévorante et budget sous tension, son pari mécanique intrigue.
Dans le garage de ses parents, Boy Slopsma soulève la housse grise et laisse apparaître une Maserati Quattroporte V8 couleur bordeaux. A 26 ans, ce salarié néerlandais s’offre une limousine italienne construite à la main… et choisit de l’entretenir lui-même, plutôt que de signer des chèques à cinq chiffres chez un spécialiste selon AutoWeek.
L’histoire ne commence pas avec une supercar, mais avec une Honda Civic Aerodeck, puis une BMW 518i et une Mercedes Classe S W140 ayant appartenu à la fille de l’émir du Qatar. La suite logique, pour lui, se trouve du côté des grandes berlines exotiques : une Quattroporte de troisième génération, V8 4,9 litres, boîte manuelle rarissime. Le rêve, oui, mais avec un avertissement permanent en toile de fond : la moindre erreur peut coûter très cher.
De la compacte à la Maserati Quattroporte V8, la montée en gamme de Boy
Boy assume un goût très clair pour les limousines hors norme : "Je suis juste fan des grandes voitures luxueuses et particulières", confie-t-il. Après la Mercedes W140, il cherche une Rolls-Royce, renonce faute de son moteur assez expressif, et se tourne vers Maserati. Sa Quattroporte, dessinée par Giorgetto Giugiaro, sort d’usine en 1985, à une époque où la marque assemble encore chaque exemplaire quasiment à la main.

L’auto a été importée d’Italie en 2017 ; lui l’achète en 2021 avec la documentation d’origine et le carnet tamponné, mais sans factures détaillées. Sous le capot, un V8 4,9 litres de 280 ch, alimenté par quatre carburateurs Weber double corps. Sa boîte manuelle à grille "dogleg" la rend encore plus exclusive : seulement 262 Quattroporte de ce type ont été construites ainsi, beaucoup ayant perdu leur transmission au profit d’Aston Martin en quête de pièces.
Dans le garage familial, un entretien de Maserati fait maison
Pour éviter que la passion ne vire au gouffre, Boy mise sur le garage de son père. Il démonte les quatre carburateurs, les fait nettoyer aux ultrasons, puis les règle avec son cousin. Toute l’allumage y passe aussi : bougies, faisceau, rotor, calage. Il remplace les pompes à essence, la plupart des durites de refroidissement, le thermostat, plusieurs capteurs et le cylindre d’embrayage. "La puissance du V8 me décevait un peu, puis tout est revenu après ce travail, maintenant il roule et sonne incroyablement bien", raconte-t-il.
Lors d’un contrôle chez un atelier spécialisé, les mécanos quittent presque tous leurs postes pour venir voir la Maserati. Le contrôleur Dennis Koldewijn parle d’un "V8 avec quatre carburateurs alignés qui a l’air neuf". Il explique : "Sous le capot, on voit surtout beaucoup de temps et d’amour. La voiture garde même sa peinture d’origine, je n’ai pas trouvé de rouille." La boîte manuelle à grille inversée réclame du doigté, les débattements sont longs, mais l’ensemble donne l’impression de conduire une vraie limousine d’ambassadeur.
Rêve Maserati ou gouffre financier : l’avertissement de Boy
Boy ne maquille pas la réalité économique derrière son histoire. "Financièrement, ce n’est pas toujours raisonnable. Les pièces sont rares et déléguer les réparations coûte très cher", prévient-il. Il insiste pour viser "toujours le meilleur exemplaire possible, car restaurer une Quattroporte coûte une fortune". Les pros réellement compétents sur ces exotiques des années 70-80 se comptent sur les doigts d’une main, et certains guides de fiabilité évoquent plusieurs milliers d’euros de budget annuel pour une berline V8 entretenue uniquement en atelier. La consommation ne pardonne pas non plus : en usage réel, on tutoie facilement les 18 l/100 km, voire plus.
Lui plaisante en disant que sa Maserati "boit un litre par seau", mais cette soif le pousse à rouler peu, tout comme la peur d’un coup de portière sur un parking. Il reconnaît être "peut-être trop soigneux", partagé entre l’envie de préserver ce rare exemplaire et celle d’en profiter vraiment. D’autres autos de rêve le tentent déjà, et il songe à vendre si "la bonne personne avec la bonne offre" se présente. En attendant, à 26 ans, il préfère investir ses soirées et ses week-ends dans une clé de 13 plutôt que dans des factures d’atelier.














