Ferrari Luce : volontairement atypique… et c’est peut-être exactement le but recherché
La nouvelle Ferrari Luce bouscule les codes de Maranello avec un design jugé déroutant. Derrière cet ovni, une éventuelle intention moins évidente se dessine...
La première fois qu’on voit la Ferrari Luce, on a presque un doute. Cette grande berline haute, toute lisse, est la première Ferrari 100 % électrique. Avec son gabarit de cinq portes, cinq places et ses airs de vaisseau futuriste, la Luce casse tellement les codes que beaucoup ont crié au sacrilège...
Ferrari Luce : une première électrique conçue comme un ovni
Les chiffres, eux, sont bien dignes du cheval cabré : plus de 1 000 ch grâce à quatre moteurs, une batterie d’environ 122 kWh pour quelque 530 km d’autonomie WLTP. Pourtant, ce n’est pas la performance qui fait parler, mais ce design controversé. Luca di Montezemolo, ancien patron de la marque, est allé jusqu’à lâcher : "Retirez le cheval cabré !". Accident de parcours ou stratégie parfaitement assumée ? Visuellement, la Luce ne joue pas du tout la carte de la supercar basse et tendue. Plus de 5 m de long, une hauteur proche d’un SUV, un toit continu façon bulle vitrée, des surfaces très pleines : difficile de la rapprocher d’une 812 ou même du Purosangue. Le choix d’une grande berline à hayon permet d’embarquer le pack batterie sous le plancher, d’offrir cinq vraies places et un coffre massif, au prix de proportions nettement moins racées. À l’intérieur, même rupture. Portes antagonistes, console centrale en verre, écran pivotant, ambiance ultra épurée : la Luce ressemble presque à un objet de salon haut de gamme plus qu’à un cockpit de voiture de course. Ce n’est pas un hasard. Le dessin a été piloté par LoveFrom, le studio de Jony Ive et Marc Newson, en tandem avec le Centro Stile Ferrari. John Elkann, président de Ferrari, dit avoir voulu "une perspective différente sur Ferrari" en les recrutant. Le message est clair : première électrique, premier choc visuel assumé.
Ferrari Luce : un design déroutant volontaire ?
Derrière cette singularité, il y a une contrainte très terre à
terre : la physique des véhicules électriques. Une
Ferrari, dans l’imaginaire, c’est léger, compact,
avec un moteur V8 ou V12 en
vedette et une bande-son mécanique. Une batterie de plus de 120 kWh
pèse des centaines de kilos et réclame du volume pour la loger en
respectant les crash-tests. Tenter de copier la silhouette d’un
coupé thermique conduirait à une caricature
difforme. Ferrari choisit donc un autre terrain de
jeu. La Luce ne cherche ni à battre Rimac ni à
devenir une "812 électrique". Elle se positionne comme une
alternative de luxe, centrée sur le style de vie et l’ergonomie
plus que sur le chrono au tour. Dans le même temps, la marque ne
peut pas ignorer les normes européennes de CO2 qui
se durcissent à l’horizon 2030 et 2035.
Malgré le ralentissement du marché des électriques de luxe, Ferrari
a investi environ 210 millions d’euros dans un
nouveau bâtiment dédié aux véhicules électrifiés à Maranello et a
déjà planifié un deuxième modèle, repoussé vers 2028. Ce n’est pas
le scénario d’un sabotage, plutôt celui d’une entrée très
contrôlée. La Luce vise clairement une clientèle
différente des pistards en combinaison rouge. Quatre portes, cinq
places, accès facile, énorme coffre : tout parle à des acheteurs
habitués aux Rolls, SUV de luxe et grandes berlines, souvent plus
sensibles au confort, à la connectivité et à
l’image qu’aux performances pures. Un modèle aussi habitable permet
aussi à Ferrari d’être présent dans les usages du
quotidien, sans banaliser ses coupés thermiques.
D’un point de vue business, le choix d’un style clivant tient aussi la route. Ferrari vit de marge, pas de volumes : quelques centaines de Luce à plus de 500 000 € suffisent largement. Un design atypique renforce l’exclusivité, crée la conversation et évite qu’on la voie comme une "simple Ferrari classique en moins bien". D’autres marques de luxe ont adopté cette logique avec leurs électriques vedettes, de certaines Jaguar aux grandes berlines Lucid. La réaction des premiers collectionneurs, et le regard du marché de l’occasion dans quelques années, diront si ce pari de l’ovni assumé a payé...














