Retour aux sources - Mercedes SLK 55 AMG (2004) : unique en son genre...
Faire rentrer un V8 de 5.4 sous le capot d’un roadster impose l’usage d’un chausse-pied, mais aussi d’un minimum de matière grise. En 2004, la Mercedes SLK 55 AMG parvient à résoudre ce casse-tête. Vous montez ?
La position de conduite donne le ton, même si le siège
conducteur réglable électriquement ne verse pas dans une sportivité
exacerbée. La présentation est basique mais le compte-tours griffé
« AMG » et le tachymètre gradué jusqu’à 320 km/h tentent d’attirer
l’attention.
Vient ensuite l’irrésistible envie d’insérer la clé – qui n’en est
plus tout à fait une – dans son Neiman qui prend le pas sur tout le
reste. Une sonorité sourde, grondante et profonde envahit
l’habitacle et réjouit les oreilles, mais d’une manière moins
extravertie par rapport à l’idée que l’on aurait pu s’en faire.
Certains réveils de V8 AMG sont apparus bien plus théâtraux encore,
mais la mise en route de celui de notre SLK 55 AMG fait tout de même
partie de ces moments savoureux.
Mercedes SLK 55 AMG : "upsizing"
A une époque où les mécaniques compensent une cylindrée modeste
en cumulant souvent suralimentation et hybridation, l’implantation
d’un gros V8 d’une cylindrée de 5.4 évoque un passé que l’on prend
plaisir à encenser.
Malgré une période plus propice aux gros cubes, une telle greffe
semble tout de même osée, pour ne pas dire gonflée en 2004. Bien
décidée à faire oublier un précédent SLK 32 AMG qui se tord de
douleur au premier virage venu, cette seconde génération baptisée «
R171 » frappe fort, dans sa version la plus sportive.
Elle conserve le concept magique du toit articulé électrique
escamotable ici en 22”, mais repose sur une base technique bien
plus moderne et troque le V6 3.2 à compresseur contre cet opulent
V8 à trois soupapes par cylindre.
Déjà vu sous le capot de la Classe C, il s’accouple à la toute
dernière boîte automatique à sept rapports. Malgré son architecture
plus noble à moteur central et son châssis plus raffiné, la Porsche
Boxster S de l’époque n’offre que 280 ch contre 360.
Mercedes SLK 55 AMG : Cobra à la sauce Mercedes
Même motif et même punition pour la BMW Z4 M Roadster,
débarquant deux ans plus tard en 2006. Sa boîte mécanique et sa
zone rouge fixée à près de 8 000 tr/mn régalent davantage les
puristes, mais les 37,2 mkg de couple de son 6 en ligne de 343 ch
taillent petit face aux 52 mkg de la maison AMG.
Un si gros cœur dans un si petit roadster fait de cette muscle car
de Stuttgart un dragster unique en son genre. Les formes douces de
cette génération avec son nez évoquant subtilement ceux des Formule
1 de l’époque sont quelque peu épicées par le traitement AMG :
bouclier avant généreusement ajouré et doté d’ouvertures latérales
pour le refroidissement, bas de caisse plus enveloppants, quadruple
sortie d’échappement et jantes 18 pouces. Avec un tel apanage, le
SLK prend un malin plaisir à
jouer les bad boys au milieu des années 2000 et assume
l’agressivité naturelle des créations de la branche sportive de la
firme à l’étoile.
Pratiquement 22 ans plus tard, ses signes extérieurs de vitesse
suffisent à le distinguer de ses congénères plus sages, mais ils
ont le bon goût de ne pas trop en faire, à l’heure où la sportivité
s’affiche aujourd’hui d’une manière bien plus ostentatoire.
Malgré son allure ramassée digne d’un bouledogue, cette Cobra à la
sauce Mercedes conserve cette pointe d’élégance plus compliquée à
retrouver sur ses descendantes, mais aussi un soupçon de sobriété
dans cette livrée typique des AMG de l’époque. J’ai bien dit « un
soupçon », tant sa facilité déconcertante à détourner les regards
et à attirer les conversations continue de faire mouche en
2026.
Mercedes SLK 55 AMG : apparences trompeuses
A l’heure de la numérisation des habitacles qui requiert une
fastidieuse navigation dans des écrans désireux d’en mettre plein
la vue, celui de notre SLK fait preuve d’une rafraîchissante
simplicité. A défaut d’impressionner, la console centrale épurée
participe à une ergonomie intuitive qui met tout de suite à
l’aise.
Les seuls modes de conduite personnalisables se résument aux trois
programmes de la boîte automatique (Confort, Sport ou Manuel) et
c’est très bien ainsi. Le volant réglable électriquement en hauteur
et en profondeur contribue au confort, même si ses dimensions
généreuses évoquent une ambiance Mercedes aujourd’hui révolue.
La pluie persistante impose un premier contact en configuration
coupé. Avec le toit en place, l’espace à vivre, étriqué, n’engendre
aucune sensation de claustrophobie pour ses deux occupants. Cette
impression immédiate de conduire une petite auto rend la prise en
main d’autant plus enfantine que le capot n’apparaît pas si
long.
Mercedes SLK 55 AMG : se faufiler sans angoisse
Bien aidé par un freinage aisé à doser malgré une petite course
morte, le SLK s’adapte avec une insolente agilité à un
environnement citadin auquel il n’est initialement pas destiné. Ses
dimensions réduites, son gabarit commode à appréhender l’autorisent
à se faufiler sans angoisse.
En outre, les signaux lumineux de son système Parktronic facilitent
les stationnements, malgré un accélérateur un tantinet réactif.
Seule la garde au sol limitée exige de ralentir suffisamment à
l’approche des dos-d’âne, sous peine de laisser quelques stigmates
sur un bouclier avant assez exposé.
Les systèmes lift permettant de relever l’essieu avant à très basse
vitesse n’existent pas encore en 2004. Si on laisse de côté une
certaine fermeté de l’amortissement sur les cahots urbains abordés
à un rythme de sénateur, impossible de se croire à bord d’une
réinterprétation moderne d’une Cobra tant la docilité de cette
version AMG impressionne.
Les rapports s’égrènent en douceur, accompagnés par un grondement
de riva et la direction typique des Mercedes de l’époque avec son
manque de rappel et un ressenti légèrement pâteux participent à
cette sensation de nonchalance incitant au cruising.
Mercedes SLK 55 AMG : il pousse fort, ce SLK !
Gentiment engourdi par ce tempérament débonnaire, le pied droit
effectue sans réelle méfiance sa flexion sur cette longue ligne
droite détrempée. Pas de coup de pied aux fesses, mais une force
inépuisable qui pousse en avant ce petit roadster annoncé à 1 485
kg à vide.
Plus encore que sa disponibilité à bas régime attendue avec un tel
couple, c’est l’allonge qui frappe pour un moteur dont la zone
rouge dépasse à peine les 6 000 tr/mn, assorti d’un léger regain
vers 4 000 tr/mn.
En règle générale, les prestations mécaniques des anciennes
sportives déçoivent par rapport aux standards actuels. Ce n’est
vraiment pas le cas ici, au point même d’en devenir surprenant. Il
pousse fort, ce SLK !
A défaut d’impressionner par sa technique, le V8 AMG rappelle les
bienfaits d’un gros moteur atmosphérique sur un modèle compact. La
bande‑son et ses martèlements transportent de l’autre côté de
l’Atlantique.
Certains de ses contemporains s’avèrent peut‑être plus volubiles,
mais ce V8 a la bonne idée de conserver un timbre naturel, sans
surjouer sa partition à grands coups d’artifices et autres
déflagrations superflues.
Mercedes SLK 55 AMG : une boîte avec un petit coup de vieux
Face à un tel apanage, la boîte automatique prend un petit coup
de vieux. Sa gestion ne lit pas dans les pensées de son pilote avec
autant de transparence que les unités actuelles et certains à‑coups
apparaissent au moment de sortir la cravache.
En outre, le mode Manuel, dont les commandes sont intégrées de part
et d’autre de la partie cachée du volant, n’est ni ergonomique ni
spécialement réactif, mais quelle importance avec un tel V8 ?
Par ailleurs, quelques virages suffisent à comprendre que ce SLK
n’est pas taillé que pour les lignes droites. Bien qu’un peu
collante, sa direction limite son assistance et offre assez de
consistance pour s’appuyer sur un train avant fidèle.
L’ESP en veille permanente et fréquemment sollicité sur cette
chaussée humide ne se révèle pas trop castrateur et rassure dans
ces conditions. Sa déconnexion partielle autorise un peu de
patinage, même si l’ensemble est loin d’octroyer l’efficacité et
l’authenticité d’un bon vieux différentiel autobloquant.
Le SLK ne se prête pas à la conduite extrême ni aux figures libres
avec autant de talent qu’une BMW Z4 M Roadster, mais il se montre
efficace à allure soutenue sous la pluie. Son état de conservation
impeccable permet de ressentir les effets d’une rigidité tout à
fait satisfaisante, même une fois découvert.
De quoi autoriser un bon rythme dans un confort appréciable grâce à
un amortissement suffisamment souple pour tolérer quelques
mouvements de caisse.
Ce qu'en dit Sport Auto
Ces dimensions réduites, un toit articulé magique et un gros
V8 : le SLK 55 AMG propose un roadster unique en son genre. Les
retrouvailles, 22 ans après sa sortie, sont toujours aussi
réjouissantes, et son tempérament mécanique impressionne
encore.
Moins affûté qu’une BMW Z4 M Roadster ou qu’une Porsche Boxster S,
il compense une sportivité moindre par une force herculéenne et un
positionnement de petite GT qui en font bien plus qu’un simple
dragster. Seule la boîte automatique bride sa sportivité.
Mercedes SLK 55 AMG : sa fiche technique
- Années de production : 2004-2010
- Exemplaires produits : 9 541
- Moteur : V8 atmosphérique à 90°, 24 S
- Cylindrée : 5 439 cm3
- Position : avant
- Puissance maxi : 360 ch à 5 750 tr/mn
- Couple maxi : 52 mkg à 4 000 tr/mn
- Transmission : roues AR, 7 rapports auto
- Autobloquant/antipatinage : non/de série (avec ESP)
- Suspension AV/AR : MacPherson triangulée avec barres antiroulis/multibras et barres antiroulis
- Freins : disques ventilés
- Poids annoncé : 1 465 kg
- Rapport poids/puissance : 4,1 kg/ch
- L - l - h : 4 082 - 1 777 - 1 296 mm
- Empattement : 2 430 mm
- Pneus AV & AR : 225/40 & 245/35 ZR 18
- Réservoir : 70 l
- Prix à l’époque : 71 600 francs (novembre 2004)
- Cote actuelle : environ 35 000 €
- V. max. : 250 km/h
- 0 à 100 km/h : 4”9
Retrouvez notre article "Retour aux sources" sur la Mercedes SLK 55 AMG dans le Sport Auto n°772 du 24/04/2026.














