MotoGP 2026 : mais pourquoi le championnat est-il encore si ouvert à mi-saison ?
Après onze Grand Prix, la saison MotoGP 2026 n'a toujours pas de patron. 24 points seulement séparent ainsi les cinq premiers.
Onze Grands Prix disputés et toujours aucun patron désigné. La saison MotoGP 2026 aborde sa trêve estivale dans une configuration que le paddock n'avait plus connue depuis deux décennies. Vingt-quatre points seulement séparent les cinq premiers du classement général, du jamais-vu à ce stade de l'exercice depuis plus de vingt ans.
Un inventaire de rendez-vous manqués
La saison MotoGP 2026 est dure ! Élargissez
la focale et le tableau devient vertigineux, puisque huit pilotes
tiennent dans une enveloppe de soixante-cinq points.
Jorge Martín occupe la tête avec
quatorze longueurs d'avance, un matelas dérisoire au regard de ce
qui reste à courir d'ici la fin de saison.
Personne n'a réussi à imposer sa loi sur la durée, et
chaque tentative de fuite s'est soldée par un retour
brutal dans le rang. Reste à comprendre pourquoi. Et le
paddock est très loin d'être unanime sur le diagnostic à poser dans
les stands.
La chronologie de cette première moitié de saison MotoGP
ressemble à un inventaire de rendez-vous manqués. Marco
Bezzecchi avait pourtant frappé fort d'entrée, avec une entame de
championnat qui laissait présager une domination durable.
La rechute a été aussi spectaculaire que l'avait été sa montée en
puissance. Chutes à répétition, d'abord en courses sprint
puis sur les Grand Prix eux-mêmes. Suspension à Brno, puis blessure au Sachsenring. Le scénario a viré
au cauchemar en quelques semaines à peine.
Jorge Martín, qui a hérité du fauteuil de leader, n'a pas non plus su le verrouiller. Avec des erreurs coûteuses à Barcelone et au Balaton Park alors qu'il avait bâti son avance sur une régularité exemplaire. Fabio Di Giannantonio a laissé filer de gros points sur des départs ratés… Quand Marc Márquez traînait des soucis physiques durant les trois premiers mois de compétition. Les pilotes Trackhouse, eux, ont mis plusieurs manches avant d'émerger vraiment.
Acosta provoque, Bagnaia répond
Cette accumulation de faux pas a fini par inspirer à
Pedro Acosta une formule
assassine. « On dirait que personne ne veut mener le
championnat MotoGP », a lâché l'Espagnol, plutôt bien
placé pour en parler puisqu'il fut le premier leader de la saison
avant de reculer, principalement faute de victoires.
La pique a fait mouche, mais elle ne convainc pas tout le monde.
Pecco Bagnaia la balaie sans le
moindre ménagement. « Pour moi, c'est faux de dire que personne
ne veut gagner ce championnat. Tout le monde se donne à fond
», rétorquait le double champion du monde avant la coupure
estivale.
Pour l'Italien, l'explication se situe ailleurs, du côté du
plateau. « Cette année, pour la première fois, Ducati
n'affiche pas la même domination que par le passé. Et il y a plus
de motos compétitives, comme en 2020. Donc ça décuple la
compétition ».
Álex Márquez penche plutôt vers
la thèse de l'irrégularité chronique. « Je pense que personne
n'a vraiment réussi à faire preuve de régularité. Personne n'a
réussi à être dans le coup sur tous les week-ends », constate
le vice-champion du monde.
Il n'en apprécie pas moins le spectacle
produit par cette incertitude généralisée. « Cette
année, ça semble un peu plus ouvert, parce que les pilotes
commettent davantage d'erreurs que l'année dernière. Et il y a
quelques années, y compris en 2024 et 2023 », poursuit-il.
Avant de décerner une mention spéciale à Bezzecchi, seul
pilote à ses yeux à avoir tenu un cap réellement constant en début
de saison avant que la blessure ne vienne le stopper net
dans son élan. Il cite Ai Ogura et son frère aîné comme meilleurs
candidats à la régularité.
Des pilotes MotoGP trop irréguliers ?
Bagnaia dresse un tableau assez proche. Il défend
Bezzecchi, victime selon lui de la malchance plus que d'un déficit
de vitesse. Et le tient toujours pour le plus rapide sur l'Aprilia. Il
salue également le travail d'Ogura, compétitif en permanence, à qui
il ne manquerait qu'un réglage de curseur dans les
premiers tours pour jouer la gagne chaque dimanche.
Concernant Marc Márquez, l'Italien pointe l'irrégularité interne à
Ducati, où le pilote fort change d'une course à l’autre.
Contrairement à ce que produit Aprilia. Son trio de favoris est
donc arrêté. Ogura, Márquez et Bezzecchi. Martín,
lui, tire son épingle du jeu en ramenant systématiquement des
points malgré un passage à vide récent. Une qualité que
Bagnaia juge décisive sur l'ensemble d'une saison MotoGP. Surtout
une aussi indécise que celle-ci.
Reste le cas Bagnaia lui-même. Huitième à soixante-cinq
longueurs du leader, plombé par deux scores vierges et par sa chute
du Mans, le double champion du monde refuse d'évoquer le
titre et fixe des objectifs volontairement modestes.
Se rapprocher du podium, puis décrocher une victoire.
Et surtout retrouver une vitesse constante week-end après week-end.
Il note toutefois avoir repris trente-cinq points depuis le
Mugello. Signe que la
trajectoire s'améliore malgré les déconvenues des deux dernières
manches disputées.
Dans un championnat où huit pilotes restent mathématiquement dans
le coup, un tel retard n'a rien de rédhibitoire.
Tout dépendra de la capacité de l'un d'entre eux à enfin enchaîner
les week-ends propres. Qui transformera cette mêlée générale en
démonstration après la trêve estivale ?















