Essai - Porsche Cayenne Turbo Electric : attention, ça va secouer !
1.156 chevaux qui déboulent sans sommation, une technologie châssis encore jamais vue sur un SUV et des accélérations qui prennent à la gorge : la Porsche Cayenne Turbo Electric joue les attractions de fête foraine et distribue les G en famille. Attention, ça va secouer !
Mode Sport Plus enclenché, pied gauche sur le frein et pied
droit sur l’accélérateur. L’entourage bleu du compteur central et
la bande-son artificielle digne d’un vieil épisode de Star Trek
indiquent l’activation de la procédure de Launch
Control.
Reste à lâcher les freins, en tentant de se préparer tant bien que
mal à ce qui suit. Pan ! La violence du démarrage transforme notre
monture en projectile. Les quatre énormes Pirelli PZero à gomme
tendre trouvent une adhérence inattendue, pendant que
d’imperceptibles mouvements latéraux essaient de récupérer
davantage de grip encore.
Suivant le coup du lapin du départ, l’intensité de la poussée
contre le dossier d’un siège aux bien jolies surpiqûres donne
l’impression de quitter le pont d’envol d’un porte-avions, après un
brutal coup de catapulte.
L’absence de tout bruit mécanique compensée par cette drôle
d’ambiance sonore et la réponse moteur immédiate perturbent autant
l’oreille interne qu’elle prend un plaisir sadique à malmener les
organes corporels.
Le volant s’agrippe par réflexe et le tachymètre affiche des
allures affolantes, avant même de prendre conscience de ce qui se
passe vraiment. L’accélération longitudinale dépasse 1 G, et le
temps se dilate, vu que la scène dure à peine plus de 8 petites
secondes.
Juste de quoi franchir la barre des 200 km/h, avec à bord un
photographe résilient, son matériel, des bagages pour deux et un
âne au volant ! Les 7’’4 annoncées par le constructeur sur cet
exercice semblent donc tout à fait réalistes et se positionnent
dans l’aspiration des McLaren 750S, Ferrari 296 GTB ou Lamborghini
Temerario, excusez du peu !
Après la ligne droite, ce drôle de manège se poursuit dès que la
route tourne, en distribuant swings, uppercuts et G latéraux entre
autres. L’absence du moindre mouvement de caisse perturbe là encore
la perception des choses.
Le mal de cœur et la nausée guettent les natures fragiles, au bout
de quelques virages. Je dois constamment me pincer pour me croire à
bord d’un SUV de 2 720 kg avec son conducteur à bord. C’est
pourtant bien réel.
Porsche Cayenne Turbo Electric : arsenal technologique
Avant d’être un SUV électrique, l’objet du délit est d’abord une
Porsche Cayenne. Pour tenter de nous faire avaler ce passage
obligé à la propulsion silencieuse, cette quatrième génération –
qui cohabite avec le modèle actuel disponible en essence ou hybride
– porte les standards des gros SUV sportifs à un niveau encore
jamais atteint.
Désolé de tuer dans l’œuf tout suspense, mais quelques kilomètres
suffisent à se persuader que la mission est largement réussie grâce
à trois points précis. Primo, le poids des chiffres impressionne.
857 ch en continu pour notre version Turbo, et même 1 156 ch, une
fois la fonction Launch Control activée : voilà que la plus
puissante de toutes les Porsche de série est aussi capable
d’emmener cinq personnes et un excédent de bagages dans des
conditions comparables à celles d’une limousine.
Secundo, ses dessous techniques sont entièrement tournés vers la
propulsion silencieuse : sa très moderne plateforme PPE, étrennée
sur la plus modeste Audi Q6 e-tron et partagée avec le petit frère
Macan, dispose d’une architecture 800 V, permettant de réduire la
pénible attente à la borne.
Supérieure à celle des deux autres modèles précités, la puissance
de charge atteint ici un pic de 390 kW, soit d’après Porsche un
temps de 16 mn pour passer de 10 à 80 %. Pas mal certes, mais
indispensable à ce niveau de performance : la batterie a beau
porter sa capacité à 113 kWh (108 kWh net), elle se vide rapidement
avec un pied droit insistant et fait vite fondre l’autonomie
annoncée entre 564 et 624 km à des valeurs inférieures de moitié
!
Tertio, son arsenal technologique axé sur la performance lui sert à
parvenir à ses fins. Plus puissant que son homologue avant dans des
proportions que Porsche ne souhaite pas communiquer, le moteur
électrique arrière de cette version Turbo, qui privilégie un typage
propulsion, dispose par exemple d’un refroidissement spécifique,
très proche de celui de la Formule E, s’il vous plaît !
Contrairement aux systèmes externes généralement utilisés par la
concurrence, il est ici interne et emploie une huile spéciale,
circulant à travers le bobinage en cuivre de son moteur. De quoi,
selon Porsche, offrir davantage de puissance, grâce à un meilleur
rendement thermique, annoncé à 98 %.
Autre joyeuseté déjà vue sur les berlines Taycan et Panamera, le
Porsche Active Ride, proposé pour la bagatelle de 8 334 € sur notre
Cayenne Turbo Electric, devient une première sur un SUV. Ce
système actif de contrôle de châssis fonctionne sur les quatre
amortisseurs de la suspension pneumatique de manière séparée.
Chacun d’entre eux est relié à une motopompe qui exerce au besoin
une force de traction et de compression afin de réduire les effets
de roulis et de tangage par un mouvement inversé. On n’arrête pas
le progrès ! Désolé pour cette litanie boulons-rondelles, mais elle
permet d’expliquer d’incroyables prestations.
Le Cayenne fait immédiatement oublier la présence de ses imposantes
roues optionnelles de 22 pouces, avec une étonnante délicatesse. Il
efface comme par magie petites irrégularités du revêtement,
dos-d’âne ou autres aspérités et protège les vertèbres de ses
occupants avec un remarquable tact.
Là encore, la technique fait des miracles par le biais d’une
suspension pneumatique capable de préserver cet incomparable
confort. A la différence de nombreux autres modèles électriques, la
pédale de gauche conserve un ressenti plutôt naturel et permet de
régénérer jusqu’à 600 kW, soit une décélération déjà suffisamment
importante pour ne pas solliciter le système de freinage en usage
normal.
Porsche Cayenne Turbo Electric : shaker familial
C’est bien sûr en haussant le rythme que le bienfait de tout son
arsenal se ressent vraiment. Les presque 5 m de long et 2 m de
large de la bestiole s’engouffrent dans le premier virage venu d’un
simple coup de volant et gardent la corde avec la gourmandise d’une
GTi survitaminée.
Impressionnés par le résultat, nous sommes grandement tentés d’en
rajouter davantage dès que la route tournicote, mais rien à faire :
le
Cayenne Turbo Electric conserve imperturbablement sa
trajectoire.
Sa manière unique de mettre en confiance donne cette étrange
impression de se sentir invulnérable aux commandes d’une arme
absolue. Son insolente aisance à gommer un poids indécent de 2 720
kg avec son conducteur à bord tient de la magie.
Les roues arrière directrices, qui alourdissent la facture de 1 716
€ et dont l’effet se ressent surtout à l’inscription des virages
serrés, n’y sont évidemment pas pour rien. Le plus spectaculaire
reste pourtant ce fameux système Porsche Active Ride, qui garde une
assiette constante même à des allures inavouables et participe à
cette sensation de ne jamais ployer sous l’effort.
Le confort est toujours épatant, bien que certains sautillements
sur les gros appuis finissent tout de même par se ressentir, après
avoir sélectionné le mode Sport Plus. Dans ce programme,
l’accélérateur devient plus brutal en fin de course, au moment de
libérer tous les électrons.
Un minimum de dosage est alors conseillé, sous peine de sentir
parfois la poupe lâcher prise, face au déferlement de kilowatts,
avant que l’électronique ne rattrape subtilement ses écarts.
L’aisance avec laquelle la propulsion électrique raccourcit les
lignes droites engendre des mises en vitesse affolantes, mais à
défaut d’offrir un feeling toujours parfait, les freins rassurent
et répondent présent au moment où les plaquettes mordent les
disques en céramique optionnels, facturés 9 372 € minimum.
Le rythme imprimé devient indécent et sans doute impossible à
suivre pour un SUV concurrent, en attendant peut-être une réplique
du côté d’AMG. C’est impressionnant, même si toute cette
technologie semble parfois perturber le ressenti.
Non pas à cause de sa direction assez informative, mais plutôt en
raison d’un système Porsche Active Ride dont les mouvements opposés
à ceux de la physique rendent les limites difficiles à cerner.
Les subtiles marques aperçues sur les pneumatiques à la fin de
l’essai rappellent les énormes contraintes exercées sur les organes
de ce SUV à l’efficacité extraordinaire. A force de vouloir défier
la physique, c’est plutôt logique.
L'avis de Jacques Warnery : 4/5
Jamais jusqu’ici je n’avais conduit un gros SUV aussi performant en ligne droite et aussi efficace dès que la route tourne. Porsche livre une démonstration technique extraordinaire, même si la violence de la propulsion électrique et son incroyable technologie châssis imposent de garder la tête froide et peuvent parfois perturber le ressenti général.
Porsche Cayenne Turbo Electric : sa fiche technique
- Moteurs : 2 électriques synchrones à aimants permanents (AV & AR)
- Puissance maxi : 857 ch (1 156 ch en mode Launch Control)
- Couple maxi : 152,9 mkg
- Capacité de la batterie (brute/nette) : 113/108 kWh
- Puissance de charge maxi : 390 kW (11 kW en AC avec option 22 kW)
- Autonomie annoncée : 564 à 624 km
- Transmission : intégrale, 1 rapport à réducteur
- Antipatinage : de série, déconnectable
- Autobloquant : de série à l’arrière (PTV piloté électroniquement)
- L - l - h : 4 985 - 1 980 - 1 674 mm
- Empattement : 3 023 mm
- Poids annoncé : 2 645 kg
- Rapport poids/puissance : 2,3 kg/ch
- Pneus AV & AR : 275/45 & 315/40 R 21 (285/40 & 325/35 R 22 sur le modèle d’essai)
- Prix de base : 167 200 €
- Options/primes écologiques : 45 166/0 €
- Prix du modèle essayé : 212 366 €
- V. max. : 260 km/h
- 0 à 100 km/h : 2’’5
- 0 à 160 km/h : 4’’9
- 0 à 200 km/h : 7’’4
Retrouvez notre essai de la Porsche Cayenne Turbo Electric dans le Sport Auto n°773 du 29/05/2026.














