MATCH - Audi RS 5 vs BMW M3 Competition Touring : laquelle l'emporte ?
L’Audi RS 5 jette un pavé dans la mare des breaks surpuissants et défie la BMW M3 Touring, qui n’allait évidemment pas rester les bras croisés. C’est le moment de faire les comptes...
Parlons tout de suite de l’éléphant dans la pièce : ce satané
malus qui donne un avantage implacable à l’Audi RS 5. Mais plier un match
d’entrée de jeu uniquement pour des raisons économiques n’aurait
pas de sens à Sport Auto. Notre rôle
consiste à dépasser les critères pécuniaires pour nous pencher sur
un aspect bien plus passionnant : les sensations de conduite.
On ne va donc pas seulement s’intéresser à ce qui est écrit sur le
papier, mais à ce qui se passe au volant. Avec ces questions
corollaires : qu’est-ce qui rend ces breaks aussi extraordinaires ?
Qu’est-ce qui les différencie des SUV ? Et au bout du compte,
lequel des deux y parvient le mieux ? La question subsidiaire
revient à savoir où en est Mercedes dans cette affaire.
Depuis la disparition des C 63 et E 63 breaks, seule la version E
53 break subsiste au catalogue AMG, hors électriques. Sa définition
moins radicale la fait boxer dans une autre catégorie. Bref, il
n’en reste que deux : RS 5 ou M3, et c’est l’heure du choix.
Audi RS 5, tour de force
Catégorie poids lourds, donc. Avec 2 389 kg mesurés sur notre
balance, l’Audi accuse 521 kg de plus que la BMW. On aura beau
tourner le problème dans tous les sens et chercher des tonnes
d’excuses (système hybride, batterie, différentiel sophistiqué,
freinage renforcé, etc.), cela reste un pachyderme croulant sous
les enclumes.
La bonne nouvelle concerne la répartition de ce fardeau entre les
essieux, c’est-à-dire 50/50, ce qui est autrement favorable que sur
les précédentes RS 4. On doit cette prouesse à Roland Waschkau, le
responsable du développement châssis des Audi RS, qui n’a pas
ménagé ses efforts pour « équilibrer les masses entre l’avant
et l’arrière et veiller à ce que le centre de gravité soit le plus
bas possible ».
De fait, les premiers tours de roues au volant de la RS 5 masquent
l’effet de lourdeur et incitent à sauter dans le premier virage
pour jauger sa capacité à s’y inscrire. Rappelons qu’Audi utilise
deux bottes secrètes : un Torsen central à précharge et un
différentiel magique électrique à l’arrière. Le premier présente la
particularité d’être toujours partiellement bloqué, ce qui signifie
que les deux essieux restent couplés en permanence, au bénéfice de
sa rapidité de réaction.
Le différentiel arrière, quant à lui, reçoit le coup de pouce d’un
petit moteur électrique de 8 kW, logé dans une sorte de boîte-pont
dont les réducteurs multiplient la force qu’il distribue aux roues
arrière. La trouvaille consiste à rendre ses actions indépendantes
de la position du pied sur l’accélérateur, donc à avoir une totale
liberté de manœuvre.
Au premier coup de volant, la RS 5 s’exécute avec une vélocité
inattendue. Elle pivote parfaitement, vire à plat et avale le
virage sans broncher. Le train arrière accentue discrètement
l’effet de lacet pendant que l’auto change de cap avec une
réactivité remarquable. On est loin, très loin, de la nonchalance
des trains avant des Quattro d’antan.
En poussant le curseur des modes de conduite jusqu’au plus joueur
(RS Torque Rear), Audi propose de basculer 85 % du couple vers
l’arrière. Sur cette position, la RS 5 est survireuse en entrée, à
condition de la provoquer. Puis, à la remise de gaz, on ressent le
nez de la voiture tirer pour l’extraire du virage.
Inutile de préciser que tout cela se fait sur circuit, avec
suffisamment de vitesse et de dégagement pour pouvoir jouer avec
les transferts de masse. Dans tous les autres cas, c’est-à-dire en
conduite quotidienne, la RS 5 offre un niveau d’adhérence hors
pair. En clair, vous pourrez finir vos pneus dans un burn out
d’enfer, mais le reste du temps, il n’y a pas de souci à se faire,
la RS 5 est scotchée par terre.
La question très anecdotique des bananes à tracer au sol ne doit
pas faire oublier l’essentiel : le comportement dynamique de la RS
5 est remarquable pour une auto de ce poids. Son châssis fait
preuve d’une rigidité largement supérieure à celui de l’ancienne RS
4, et sa suspension est bien plus efficace. Rappelons que les
nouveaux amortisseurs à double valve permettent de mieux dribbler,
grâce à des compressions et des détentes plus rapides et fluides.
Le guidage du train avant est également une bonne surprise.
Il est plus costaud, plus agile et plus précis que l’immense
majorité des précédentes RS. Quant à la direction, elle n’est pas
totalement avare en sensations. L’Audi n’a pas le toucher de route
de la BMW, on y reviendra, mais son volant transmet une partie de
ses réactions. Le V6 biturbo hybride, pour sa part, remplit son
rôle à défaut d’être tonitruant.
Avec 639 ch et 84 mkg cumulés, ses relances sont expéditives. Il
est énergique à bas régime et ne rechigne pas à grimper dans les
tours, même si l’on dirait qu’il jette l’éponge à l’approche du
rupteur. Sa sonorité sourde et l’écho de ses échappements caverneux
donnent le change. Sans oublier la possibilité de rouler 80 km en
mode tout électrique, ce qui ne gâche rien pour passer inaperçu
dans les centres urbains.
Cette capacité à faire le grand écart valide le bilan mécanique de
la RS 5, bien que l’on note la relative lenteur de sa boîte
automatique à 8 rapports, au rétrogradage en particulier, et les
à-coups qu’elle laisse parfois échapper. En revanche, le chapitre
du freinage permet à Audi de briller. Le système en céramique de
notre modèle d’essai a encaissé les innombrables sollicitations
consécutives que nous lui avons appliquées. Nous ne nous attendions
pas à une telle résistance étant donné son poids.
Pour résumer, l’Audi RS 5 cumule les bons points. Elle accélère
fort, pas seulement en ligne droite, et freine bien, avec l’option
céramique. Elle parvient à masquer son poids démesuré de façon
spectaculaire et ne présente pas de vrais défauts, à part quelques
détails de finition et des plastiques plus ou moins élégants, qui
font penser à une rationalisation des coûts.
Par ailleurs, son autonomie est faible en raison d’un réservoir
riquiqui (46 litres à peine, malgré l’appétit vorace du V6 biturbo
avec la batterie déchargée), mais c’est presque un détail au regard
de l’étendue de ses talents. Il faut bien reconnaître que la
prestation d’Audi est remarquable. Assez pour croire qu’il s’agit
du meilleur break disponible sur le marché… jusqu’au moment de
conduire la BMW.
BMW M3 Touring, droit au cœur
Si la RS 5 marque l’esprit, la M3 Touring touche au cœur, comme
un coup de foudre. Qu’il s’agisse de feeling, d’agilité, de
précision, de dynamisme ou encore de réactivité du moteur, BMW
signe un carton plein. Le poids n’y est pas étranger, évidemment.
Avec 1 868 kg mesurés sur notre balance, la M3 Touring n’a rien
d’une ballerine, mais elle limite la casse en soignant son
équilibre des masses entre essieux (51/49 %).
Rien à voir avec ces SUV surpuissants qui sont posés sur l’avant.
Non seulement la BMW ne rechigne jamais à plonger à la corde, mais
elle en redemande. En comparaison, dans les mêmes enchaînements, la
RS 5 est moins engageante et moins communicative. Idem en ce qui
concerne les remontées d’informations dans la direction : la BMW
est une sorte de gros kart, dont les réactions remontent juste ce
qu’il faut.
Assez pour ressentir les choses, mais pas trop, pour rester
polyvalente. La M3 Touring joue cartes sur table. Break ou pas,
c’est une authentique BMW, de celles que l’on pourrait reconnaître
les yeux fermés. Cela passe aussi par un tempérament moteur très
caractéristique, c’est-à-dire une allonge sans égale et un punch
intarissable dans les tours malgré la suralimentation.
Sur la route, ce 6 cylindres offre des relances instantanées, avec
une force constante à bas régime et explosive dans les tours. Le 6
cylindres en ligne de la BMW est infiniment plus sportif que le V6
de l’Audi. C’est la même chose pour la boîte automatique à 8
rapports de la M3, qui s’avère plus alerte, plus fluide et mieux
étagée que celle de la RS 5.
La victoire de BMW sur le plan mécanique est sans appel. Munich
enfonce le clou au chapitre du comportement dynamique. Primo, le
train avant de la M3 Touring est plus incisif que celui de l’Audi.
Secundo, son équilibre et son agilité naturelle donnent constamment
l’envie de hausser le rythme, là où l’Audi s’exécute avec brio,
mais sans vous rendre accro.
C’est là que tout se joue. Audi parvient à une très belle
démonstration, mais BMW fait mouche en créant une dépendance : la
M3 Touring n’est pas simplement
efficace et sécurisante, elle est aussi et surtout addictive sur le
plan de la conduite. Au moment de restituer les clés, vous aurez
été impressionné par l’Audi, mais vous voudrez surtout garder
celles de la BMW. Autant dire qu’aucun SUV n’est capable d’apporter
le même plaisir de conduite, quelle que soit sa puissance (Urus,
Cayenne Turbo et j’en passe).
Jeu, set et match
Côté la polyvalence, la M3 Touring ne démérite pas, grâce à un
filtrage correct des suspensions. Seul bémol : ses baquets
optionnels carbone au look tapageur et aux bourrelets trop
saillants (disons qu’ils ne sont pas très adaptés à un usage
régulier). Pour le reste, la BMW sait se plier à toutes les
situations.
En fonction des modes de conduite, la M3 Touring évolue d’un
confort acceptable à une précision redoutable. Avec des mouvements
de caisse parfaitement maîtrisés, aussi bien le roulis dans les
virages, le cabrage à l’accélération que la plongée au freinage. A
ce propos, notre modèle d’essai ne dispose pas du système en
carbone‑céramique, et la résistance de ses disques acier ne fait
pas de miracle en cas de fortes sollicitations.
Les distances d’arrêt et le contact à la pédale sont bien moins
constants que sur notre Audi d’essai en céramique optionnelle. Mais
en usage quotidien sur routes ouvertes, les décélérations de la BMW
restent adaptées. Et en prime, Munich offre la possibilité de
sélectionner le mode 100 % propulsion, tandis que l’Audi conserve
toujours un transfert de couple vers l’avant (15 %). C’est un
détail de plus, qui consolide une victoire éclatante. Le verdict
est sans appel : la BMW est plus communicative et plus
addictive.
L'avis de Laurent Chevalier
RS 5 ou M3, il n’y a pas de mauvais choix. Et celui qui consiste à être guidé par le malus allégé de l’Audi est tout à fait légitime. En revanche, si vous priorisez les sensations de conduite et l’aspect addictif qu’elles produisent, il n’y a pas photo : BMW est devant. La M3 Touring n’est pas qu’un break surpuissant, c’est un break enivrant.
Audi RS 5 Avant : fiche technique
- Moteurs : V6 biturbo, 24 S, hybride
- Cylindrée : 2 894 cm3
- Puissance thermique maxi : 510 ch à 5 700 tr/mn
- Couple thermique maxi : 61,2 mkg à 2 000 tr/mn
- Moteur électrique : carter de transmission + différentiel arrière
- Puissance électrique maxi : 177 ch
- Couple électrique maxi : 47 mkg
- Capacité de la batterie : 22 kWh Autonomie électrique : 84 km
- Puissance cumulée : 639 ch
- Couple cumulé : 84 mkg
- Transmission : intégrale, 8 rapports automatiques
- Autonomie électrique annoncée : 80 km
- Antipatinage : de série, déconnectable
- Autobloquant : oui, Torsen central et vectorisation électrique arrière
- Poids annoncé/contrôlé : 2 370/2 389 kg
- Rapport poids/puissance : 3,7 kg/ch
- L - l - h : 4 900 - 1 950 - 1 450 mm
- Empattement : 2 900 mm
- Voies AV/AR : 1 673/1 659 mm
- Freins AV/AR : disques acier 420/400 mm (carbone-céramique 440/410 mm en option)
- Pneus : 285/35 R 20
- Réservoir : 46 l
- Prix de base : 119 500 €
- Prix des options/malus CO2/poids : 37 130/0/15 380 €
- Prix du modèle essayé : 172 010 € (malus compris)
- V. max. : 250 km/h (285 km/h avec pack Audi Sport)
- 0 à 100 km/h : 3”6
BMW M3 Competition M xDrive Touring : fiche technique
- Moteur : 6 en ligne, biturbo, 24 S
- Cylindrée : 2 993 cm3
- Puissance maxi : 530 ch à 6 250 tr/mn
- Couple maxi : 66,3 mkg à 2 750 tr/mn
- Transmission : intégrale, 8 rapports automatiques
- Antipatinage : de série déconnectable + contrôle de trajectoire
- Autobloquant : de série, piloté
- Poids annoncé/contrôlé : 1 865/1 868 kg
- Rapport poids/puissance : 3,6 kg/ch
- L - l - h : 4 796 - 1 903 - 1 447 mm
- Empattement : 2 857 mm
- Voies AV/AR : 1 617/1 605 mm
- Freins AV/AR : disques acier 380/370 mm (carbone-céramique 400/380 mm en option)
- Pneus AV & AR : 275/35 ZR 19 & 285/30 ZR 20
- Réservoir : 59 l
- Prix de base : 125 300 €
- Prix des options/malus : 28 100/80 000 €
- Prix du modèle essayé : 233 400 € (malus compris)
- V. max. : 250 km/h (280 km/h avec pack Expérience M)
- 0 à 100 km/h : 3”6
Retrouvez notre essai entre les Audi RS 5 Avant et BMW M3 Competition M xDrive Touring dans le Sport Auto n°776 du 28/08/2026.















