Notre enquête - La relève face au statu quo : place aux jeunes en F1 !
Les exploits de Kimi Antonelli viennent conforter le choix de certaines écuries en F1 d’investir dans leur filière de recrutement des juniors. Ce vent de fraîcheur souligne l’anachronisme d’un président de la FIA désireux de prolonger son mandat indéfiniment…
Même si l’on a envie de se concentrer sur les aspects sportifs
et les exploits impressionnants réalisés jusqu’ici par Kimi
Antonelli, âgé de seulement 19 ans, la question de la gouvernance
de la FIA ne doit pas être ignorée.
Si les acteurs de la Formule 1 ont un certain contrôle sur les
processus d’élaboration des règles, ils ne peuvent guère influencer
la direction que la fédération donne à ce sport. L’assemblée
générale extraordinaire de la FIA, le 26 juin dernier à Macao, a
ainsi sanctionné la proposition alarmante visant à modifier ses
statuts pour supprimer le plafonnement du nombre de mandats.
Président à vie ?
Cela signifie que l'actuel président de la FIA, Mohammed Ben
Sulayem, prépare le terrain pour rester à ce poste jusqu’à la fin
de ses jours. Sa soif de pouvoir est évidente. Dans un autre
registre, les propositions du président pour contraindre les
constructeurs à revenir à des moteurs V8 atmosphériques en F1 et à
limiter au minimum la puissance électrique sont très peu
sensées.
Peut-être s’agit-il d’une manœuvre de négociation et la fédération
ne fera-t-elle rien d’illogique, tout compte fait, dans un monde
qui finira par passer aux voitures électriques. L’avenir nous le
dira Mais tenter d’exercer davantage de contrôle en écartant tous
ceux qui font entendre une voix discordante revient un peu à
amputer un corps dans l’espoir de mieux le diriger, alors qu’il
n’est plus pleinement fonctionnel.
Quoi qu’il en soit, ce sport est supposé être une forme de
divertissement, pas un jeu politique, et il vaut donc mieux se
concentrer sur les aspects positifs. A l’heure actuelle, en dehors
de ces questions de gouvernance, la F1 se porte plutôt bien.
Mercedes domine. Rien de plus courant dans ce sport : une équipe
fait mieux que ses adversaires et est récompensée au fil des
courses. Les autres doivent rattraper leur retard. Il en a toujours
été ainsi – et ce n’est pas une mauvaise chose.
Antonelli est extraordinaire. Il possède non seulement les
capacités de pilotage pour dominer, mais aussi la force mentale
pour rester serein sous la pression et, jusqu’à présent, rien
n’indique que son succès le change. Cela n’est pas le fruit du
hasard.
Il faut saluer Mercedes pour avoir d’abord repéré Kimi et l’avoir
recruté. Cela s’est passé en 2019, alors qu’il avait 12 ans. Et
pour s’être assuré qu’il soit correctement préparé et formé. La
structure Mercedes lui a enseigné des notions importantes que de
nombreux pilotes n’apprennent qu’une fois arrivés en F1.
Tout a été mis en œuvre pour créer le meilleur pilote de F1
possible. C’est une réussite impressionnante pour l’équipe, et
aussi pour Gwen Lagrue qui mettra les voiles pour Red Bull en 2027,
tout autant que pour Kimi lui-même, et le plus remarquable n’est
pas qu’un vainqueur ait été créé, mais que ce vainqueur ait
conservé son caractère. C’est l’exemple parfait de ce que devrait
être un programme de formation des jeunes pilotes.
Chacun sa méthode
L’écurie allemande ne fait pas cela uniquement parce qu’elle
veut gagner. C’est également une stratégie financièrement solide.
Mercedes a une masse salariale d’environ 36 millions de dollars
cette année, tandis que McLaren verserait 43 millions, Red Bull 71
millions et Ferrari 94 millions.
La logique est très simple : former ses propres pilotes coûte moins
cher que de recruter des stars. Charles Leclerc est issu du
programme Ferrari destiné aux jeunes espoirs. Certes, il est
aujourd’hui très bien rémunéré, mais son recrutement s’est révélé
bien moins onéreux que celui d’une star déjà établie comme Lewis
Hamilton. Engager ce dernier a représenté un investissement
considérable pour la Scuderia.
Red Bull, de son côté, devrait obtenir de meilleurs résultats au
regard des sommes dépensées depuis des années pour repérer et
former des talents, mais son programme juniors, sous la direction
d’Helmut Marko, s’est longtemps montré impitoyable.
Le responsable de la filière considérait que le moindre signe de
faiblesse était un défaut. L’écurie a ainsi investi massivement
pour finalement se séparer de certains éléments (Pierre Gasly ou
Alex Albon, entre autres) sans leur avoir laissé le temps de
s’épanouir pleinement.
Cette approche sévère a eu pour conséquence de décourager les
autres jeunes pilotes, car ils avaient toujours l’impression qu’ils
seraient écartés s’ils ne gagnaient pas. Cela ajoute une pression
supplémentaire sur des jeunes qui ont besoin de se sentir soutenus.
C’était une question de style, mais on peut affirmer qu’il y a eu
plus d’échecs que de succès – et que ce processus a coûté très
cher.
Un marché des pilotes 2027 moins passionnant qu'attendu ?
De nos jours, tout le monde a mis en place un programme de
jeunes pilotes ; certains l’utilisent avec prudence, tandis que
d’autres tentent de le financer en recrutant des jeunes fortunés
pour aider à payer ceux qui n’ont pas les moyens.
Cette approche cynique a pour résultat que trop de jeunes pilotes
ne sont pas assez bons. La question intéressante cet été est de
savoir si l’équipe Mercedes s’en tiendra à ce qu’elle a pour 2027,
ou si elle décide qu’il vaut mieux payer pour Max Verstappen.
Si Max ne change pas d’écurie, le marché des pilotes de 2027
pourrait ne pas être aussi passionnant que beaucoup l’imaginaient.
Le fait que Charles Leclerc reste chez Ferrari et que Lewis
Hamilton affirme qu’il ne souhaite pas bouger dans un avenir
prévisible signifie que le marché pourrait s’avérer peu animé.
Il y aura peut-être quelques changements en milieu de grille. Mais
l’expérience des pilotes arrivés à maturité est aussi considérée,
pour le moment, comme un élément de grande valeur : faire émerger
de nouveaux talents est une tâche incertaine et de longue haleine.
Il est plus risqué de s’y engager que de s’en tenir à ceux déjà en
activité depuis des années.
Retrouvez notre enquête F1 dans le Sport Auto n°774 du 26/06/2026.














