Il retrouve une Porsche 930 Turbo abandonnée depuis 30 ans, mais la bonne affaire tourne à la désillusion
En pensant dégoter la Porsche 930 Turbo abandonnée depuis 30 ans, Tom Cotter ouvre une grange et tombe sur un piège coûteux. Derrière le faible kilométrage, cette sortie de grange cache des travaux lourds et des dégâts que les amateurs redoutent.
Un passionné ouvre les portes d’une vieille grange, soulève une bâche en plastique et tombe sur ce que beaucoup considèrent comme le Graal : une Porsche 930 Turbo quasi intacte, endormie depuis près de 30 ans, avec un compteur ridiculement bas. Sur le papier, le genre de jackpot qui fait rêver tous les amateurs de voitures de collection.
Derrière cette scène digne d’un film, l’histoire de Tom Cotter, chasseur de trésors automobiles dans la série Barn Find Hunter. Sa 930 Turbo de 1986 affiche environ 26 000 km, et n’a plus roulé depuis 1996. Une 930 en bel état se vend largement au-dessus de deux millions de couronnes suédoises, autour de 180 000 €. Cette fois, la bonne affaire va pourtant prendre un virage amer.
Une Porsche 930 Turbo figée depuis 1996
La voiture apparaît d’abord comme une capsule temporelle : turbo des années 80, ailes larges, intérieur cuir, tout semble simplement recouvert de poussière. Tom Cotter raconte sa découverte dans une vidéo YouTube, convaincu d’avoir mis la main sur la sortie de grange parfaite, ce fameux "barn find" que traquent les collectionneurs.

Le compteur très bas amplifie l’euphorie. L’auto semble avoir à peine vécu, alors que les 930 Turbo entretenues se négocient à des prix stratosphériques. Tom Cotter le sait, et admet pourtant sa désillusion : "Ce n’est pas parce qu’une voiture a peu roulé qu’elle a été bien entretenue. Les voitures se dégradent quand elles restent immobiles", explique-t-il. La suite va lui donner raison ligne par ligne sur le devis.
Sous la bâche, 30 ans d’abandon et une facture importante
Une fois la bâche retirée, la réalité saute aux yeux. La 930 est "vraiment sale" selon Tom Cotter, malgré la protection plastique. Des vitres restées entrouvertes ont laissé entrer l’humidité et les rongeurs. Des souris ont élu domicile dans l’habitacle, détruisant mousses et garnitures. L’intérieur doit être repris en profondeur, des sièges jusqu’aux moquettes.
La mécanique n’est pas mieux lotie. Freins grippés, réservoir à essence encrassé, durites et pompe à carburant à remplacer, système d’injection à revoir, pneus craquelés, échappement potentiellement rongé de l’intérieur par la condensation… Cotter estime la remise en route autour de 400 000 couronnes suédoises, soit environ 35 000 €. Une somme à engager uniquement pour rouler en sécurité, loin d’une restauration concours.
Pourquoi les voitures de collection se dégradent quand elles ne roulent pas
Au Revs Institute, le conservateur Scott George voit défiler ces autos figées depuis des décennies. Son constat est sans détour : "Chaque fois que je vois une classique récente vendue avec un faible kilométrage, j’entends ‘ka-ching’ dans ma tête", confie-t-il, en pensant à toutes les pièces à refaire. Sur une voiture restée 25 ou 30 ans immobile, presque chaque organe fonctionnel doit être repris.
Essence devenue vernis qui attaque réservoir et conduites, liquides de frein chargés en eau qui corroderaient l’intérieur du système, joints qui sèchent, silencieux qui rouillent de l’intérieur à cause de l’eau de combustion piégée, corrosion cachée dans les circuits… La liste est longue. Scott George résume : "Les voitures sont des machines destinées à être utilisées. Elles aiment rouler." Pour qui rêve d’une 930 Turbo, un exemplaire suivi, même plus kilométré, peut finalement coûter bien moins cher qu’une sortie de grange au faible kilométrage mais mal stockée.














