À 83 ans, elle traverse l’Europe seule en Porsche pour rejoindre la Laponie
À Fano, Olga Mancurti, 83 ans, prend le volant de sa Porsche de 1979 pour un road-trip en solo jusqu’en Laponie. Ce périple obstiné réserve bien plus qu’un simple exploit kilométrique.
À Fano, petite ville des Marches italiennes, on la connaît surtout au bruit de son moteur. À 83 ans, Olga Mancurti grimpe encore au volant de sa Porsche Carrera de 1979 et a décidé, l’été dernier, de filer seule jusqu’à la Laponie. De la côte adriatique au cercle polaire, elle a traversé l’Europe sans autre compagnie que sa voiture et une envie tenace de vérifier si le pays du Père Noël ressemble vraiment aux cartes postales.
Interrogée par l’agence de presse italienne ANSA, Olga Mancurti résume son arrivée au nord de la Finlande d’une phrase qui a fait le tour des médias : "Sans la neige, la Laponie perd tout son charme". Après plusieurs semaines de route et près de 8 000 km, le décor était vert, presque estival, loin de l’imaginaire des sapins enneigés. Une légère déception, donc, mais portée par la fierté d’avoir mené à bien ce road trip en solo.
Olga Mancurti, ex-infirmière et globe-trotteuse infatigable
Avant de collectionner les kilomètres, Olga Mancurti a passé vingt ans comme infirmière en Suisse, puis est revenue vivre à Fano. Elle dit avoir commencé à conduire enfant, autour de 9 ans, et n’a jamais vraiment arrêté. Ses premiers grands voyages l’emmènent à Paris à 26 ans, puis un peu partout avec son compagnon. Après sa disparition, elle se remet en route, seule, vers l’Australie, le Japon, la Birmanie, la Corée du Sud, l’Afrique, le Canada, l’Amérique du Sud et même 17 États américains. "Pour moi, voyager, c’est m’exprimer", confie-t-elle dans un reportage télévisé italien.

La santé n’a pas toujours suivi : un cancer, sept opérations, et cette phrase lucide, sans pathos, devant les caméras locales – elle rappelle simplement qu’elle est "toujours là". C’est après ce diagnostic qu’elle s’offre la Carrera immatriculée en 1979, devenue sa compagne de route au point de figurer dans son testament. Elle se décrit comme très bornée sur ses projets : "Je suis Verseau, quand j’ai quelque chose en tête, je le fais". Et ses six langues parlées, dont le dialecte fanese, l’aident clairement à se débrouiller partout.
De Fano au cercle polaire, un road trip en solo très calculé
Pour rejoindre la Finlande, Olga Mancurti trace une diagonale nord : Fano, puis la Suisse et l’Autriche, l’Allemagne jusqu’à Lübeck, avant de prendre un ferry vers la Suède. Malmö, Göteborg, Stockholm, puis la longue montée vers Rovaniemi, capitale touristique de la Laponie, jalonnent son itinéraire. Elle a promis à sa famille de ne pas dépasser environ 350 km par jour, histoire de ménager sa vue, ses réflexes et sa fatigue.
Le retour suit une autre diagonale, le long de la côte finlandaise, avec des arrêts à Oulu, Vaasa, Helsinki, puis un ferry d’environ 31 heures pour rejoindre l’Allemagne. De là, elle poursuit vers Brême, Amsterdam, Bruxelles, le Luxembourg, Strasbourg, la région du col du Brenner, avant de retrouver Fano. Au total, près de 7 600 à 7 900 km à travers une dizaine de pays, toujours seule au volant, avec des coups de fil quotidiens à ses proches pour les rassurer.
Laponie sans neige et hommage officiel à Fano
À Rovaniemi, le "village du Père Noël" l’accueille sous un ciel clair, mais sans un flocon. Les rennes sont là, les boutiques aussi, seulement le manteau blanc manque. "Sans la neige, la Laponie perd tout son charme", insiste-t-elle, un peu désarçonnée par ce décor d’été là où elle attendait une véritable carte de Noël. Elle observe aussi, en filigrane, ces hivers qui raccourcissent au nord de l’Europe, même si elle ne s’aventure pas dans les grands discours sur le climat.
De retour à Fano, son exploit ne passe pas inaperçu. Le maire, Luca Serfilippi, lui remet une pergamena officielle et salue publiquement cette habitante qui a montré, selon ses mots, que "la volonté de vivre et de rêver n’a pas d’âge". Olga Mancurti, elle, répond surtout en souriant qu’elle réfléchit déjà à une nouvelle ligne sur la carte, sans encore dire laquelle.














