De 100 000 à près de 18 millions d'euros : l'incroyable destin de cette Ferrari 250 P qui a fait changer d'avis Enzo Ferrari

Publié le 2 août 2026 à 07:30
De 100 000 à près de 18 millions d'euros : l'incroyable destin de cette Ferrari 250 P qui a fait changer d'avis Enzo Ferrari

Première Ferrari de compétition à moteur V12 central, cette 250 P châssis 0810 a marqué un tournant historique pour la marque. Plus de six décennies plus tard, elle pourrait atteindre près de 18 millions d'euros aux enchères.

Sur le papier, ce n’était qu’un prototype de course de plus. En réalité, cette Ferrari 250 P de 1963, identifiée par son châssis 0810, a fait basculer Maranello dans une nouvelle ère en devenant la première Ferrari de compétition à moteur V12 en position centrale. Soixante-trois ans plus tard, cette pionnière s’apprête à passer sous le marteau à Monterey, pour une somme à huit chiffres.

Née pour gagner des courses, elle est trimballée de Sebring au Mans puis sur les circuits américains. Elle a d'ailleurs longtemps été considérée comme une "simple" voiture d’occasion de compétition. Aujourd’hui, ce même châssis 0810 est vu comme un graal pour collectionneurs. Ce modèle rare pourrait atteindre les 20 millions de dollars aux enchères, soit près de 18 millions d’euros.

Ferrari 250 P de 1963 : la première Ferrari de course à moteur central

Avant la 250 P, Enzo Ferrari jurait que la vraie voiture de course avait son moteur à l’avant. Les monoplaces de Formule 1 avaient bien adopté le moteur central, mais il refusait d’y passer pour ses sport-protos V12. L’ingénieur Mauro Forghieri, épaulé par le pilote John Surtees, finit pourtant par imposer une architecture inédite : un V12 3,0 litres type Testa Rossa, monté en position centrale arrière dans un châssis tubulaire léger.

La carrosserie est dessinée par Pininfarina et façonnée en aluminium par la Carrozzeria Fantuzzi. Elle profite d’un passage en soufflerie à l’université de Stuttgart : pare-brise très bas, cockpit enveloppant, arceau profilé pour l’écoulement de l’air. Première de la lignée, la 250 P châssis 0810 est dévoilée à Monza le 4 mars 1963. L'auto est prête pour le championnat du monde d’endurance.

De Monza à Sebring : le palmarès et la vie américaine du châssis 0810

Dès sa première saison, la 0810 montre que la révolution technique est payante. Aux 12 Heures de Sebring de 1963, confiée à Lorenzo Bandini, Nino Vaccarella et Willy Mairesse, elle termine deuxième derrière une autre 250 P, châssis 0812. Aux 24 Heures du Mans la même année, elle décroche la troisième place avec Mike Parkes et Umberto Maglioli. C'est ainsi qu'elle grave son numéro dans l’histoire de Ferrari.

En 1964, la voiture part aux États-Unis rejoindre le North American Racing Team de Luigi Chinetti. Pedro Rodriguez la mène à la deuxième place du Bridgehampton Double 500 avant de gagner le Grand Prix du Canada sur route. Le V12 passe à 3,3 puis 4,0 litres. Une fois la saison terminée, la 0810 file chez l’industriel William McKelvy. Son équipe Scuderia Bear l’engage sur les circuits américains, de Lime Rock à Sebring.

De 100 000 € à près de 18 millions : la folle envolée de cette Ferrari 250 P

En 1966, McKelvy accroche une pancarte "à vendre" sur la voiture : 12 000 dollars, environ 100 000 euros actuels. "C’est un rappel intéressant d’une époque où les anciennes Ferrari d’usine n’étaient que de simples voitures de course d’occasion, et non les trésors historiques qu’elles sont aujourd’hui", souligne David Brynan, spécialiste chez Gooding Christie’s Pebble Beach Auctions. Suivent plusieurs collectionneurs américains avant une restauration complète à la fin des années 1980.

En 1988, le marchand et pilote Harley Cluxton III cède la 0810 au collectionneur new-yorkais Anthony Wang pour environ 3 millions de dollars, soit près de 2,6 millions d’euros. Wang la fait rouler en courses historiques, encore à Laguna Seca en 2024, avant de l’inscrire aux Pebble Beach Auctions des 14 et 15 août 2026. "Cette 250 P compte parmi les Ferrari les plus importantes de tous les temps", assure David Brynan. Son estimation officielle, comprise entre 13 et 18 millions d’euros, la place au sommet du marché des Ferrari de compétition.

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