Interview exclusive de Vanina Ickx
Sportauto.fr : Avez-vous, sur cette course de 24 Heures, une
préparation spécifique, physique et psychologique ?
Vanina Ickx : Je pense qu’on s’y prépare à travers toutes les
courses que l’on peut faire en amont. Psychologiquement, c’est bien
lorsque l’on a l’occasion de découvrir les gens, la voiture, les
équipiers aux 8 heures du Castellet ou au 1000 Kms de Spa, je pense
que c’est la meilleure préparation. Maintenant peut-être que les
pilotes Peugeot, les pilotes de pointe ont un coaching particulier
mental pour gérer cette course. Ce n’est pas mon cas. Ma
préparation mentale, elle a lieu quand je me fais « mal » sur mon
vélo à l’entrainement à la maison.
Sportauto.fr : C’est votre 6ème participation aux 24 Heures du
Mans, vous avez encore des choses à apprendre de cette course ?
Vanina Ickx : J’ai l’impression qu’à chaque participation, c’est ma
première fois. Evidemment ça se ressent moins au volant de la
voiture, mais ça me fait toujours le même effet quand j’arrive au
circuit le lundi matin, quand je fais un premier tour de piste de
reconnaissance, que je croise mes collègues pilotes, que je
rencontre les écuries, cela me fait toujours vibrer de la même
façon. Evidemment je suis chaque fois plus riche d’une expérience,
des pièges dans lesquels je suis tombé ou que j’ai pu éviter, mais
l’approche est toujours la même, c’est toujours aussi magique.
Sportauto.fr : Un pilote a souvent un caractère fort, un peu
égoïste, une équipe dédiée, comment se prépare t-on à une course
d’équipe, comment fait-on naître la confiance avec les 2 pilotes
avec lesquels vous allez partager le volant?
Vanina Ickx : J’ai la grande chance qu’en dehors de la voiture,
Franck (Mailleux), Pierre (Ragues) et moi nous nous entendons bien,
l’ambiance est vraiment très sympa, on se respecte les uns les
autres, on a un bon sens de l’humour qui nous unit, c’est toujours
assez amusant de voir que des gens qui n’ont pas forcement
d’affinités au départ arrivent à mettre leur cause en commun le
temps d’une course. On ne peut pas faire autrement car c’est une
course d’équipe on se passe les relais à chaque fois que l’on
change de pilotes on cout pour une course commune, pour un résultat
commun et c’est étonnant de voir comme cela se passe bien avec des
gens avec qui au départ on avait aucun atome crochu. Mais c’est
très important pour moi de ne pas voir cette tendance d’égo
démesuré. Si j’avais un défaut cela serait plutôt l’inverse, de ne
pas en avoir assez, j’adore apporter ma pierre à l’édifice.
Sportauto.fr : Avec votre expérience du Mans, avez-vous un rôle de
conseiller vis-à-vis de vos équipiers ?
Vanina Ickx : Non car mes équipiers sont au niveau, ils connaissent
les pièges et sauront les éviter. S’ils me demandaient conseil, je
leur dirai volontiers, mais ils n’en n’ont pas besoin.
Sportauto.fr : Il y a eu des petites modifications de règlements
entre les moteurs diesel et essence, pensez vous qu’moteur essence
puisse vaincre au Mans ?
Vanina Ickx : Vaincre, cela me semble vraiment difficile, il
faudrait vraiment beaucoup de chance pour nous et de malchance pour
eux pour que cela se produise, car outre le règlement dont on parle
tout le temps qui favorise ou non les diesels, ils sont extrêmement
bien préparés. Leur volonté a chacun, c’est de gagner, ils mettent
les moyens qu’il faut, les ressources humaines, des équipes
techniques, ce n’est pas le cas d’un structure privée, comme la
nôtre, notamment. Même si nous avons une excellente qualité humaine
dans cette équipe aussi, on n’a pas les moyens qu’ils ont pour
rivaliser.
Sportauto.fr : Mais une structure privée se doit de faire de bons
résultats pour perdurer
Vanina Ickx : Ah mais c’est le cas, nous ce que l’on vise c’est la
place de premier des essences.
Sportauto.fr : Vos bons et moins bons souvenirs au Mans.
Vanina Ickx : Moins bon souvenir, c’est 2001 ma première
participation, ou je me suis fais piéger par la pluie en partant en
aquaplaning dans la ligne droite des Hunaudières, après le Tertre
rouge. Pas de gros dégâts sur la voiture mais juste assez pour
casser une biellette de suspension et ne pas pouvoir ramener la
voiture au stand. Ca pour une première participation c’est un peu
très frustrant et décevoir toute une équipe c’est vraiment un rôle
que je n’aime pas jouer. Le très bon moment c’est l’arrivée en 2008
avec cette Pescarolo du team Rollcentre. C’est le sentiment de la
mission accompli. Martin short est le premier à m’avoir donné cette
chance en proto, car la porte ne s’ouvre pas facilement pour les
femmes.
Sportauto.fr : C’était une 11ème place un joli résultat au
Mans.
Vanina Ickx : Oui, ce qui est curieux c’est qu’on fait une course
parfaite, et l’année précédente avec une course comme celle là, on
aurait finit 4ème ou 5ème, cette année 2008 personne n’a abandonné,
mais indépendamment de la place, c’est un très très bon
souvenir.
Sportauto.fr : Ressent-on la présence du public ? Est-ce une force
supplémentaire notamment la nuit dans certains virages moins
rapides ou quelque soit les conditions climatiques de voir la foule
qui reste massée ?
Vanina Ickx : C’est galvanisant, on les sent tout au long de la
semaine. On les croise la première fois sur la place des Jacobins
au contrôle technique et puis on les voit arriver au fur et à
mesure de la semaine aux premiers essais, on les verra encore
vendredi à la parade des pilotes. C’est vraiment particulier au
Mans qu’il y ait autant de contacts, de passionnés, d’échanges
entre pilotes, Team et spectateurs. C’est vrai que lorsque l’on est
sur la piste on sent qu’on est regardé, que l’on est sous feux des
projecteurs. C’est d’autant plus chouette que les courses
d’endurance ont tendance à être un peu délaissé. On tombe rarement
devant autant d’yeux.
Sportauto.fr : Y-a-t-il des endroits du circuit que vous
affectionnez et d’autres ou vous êtes moins a l’aise ?
Vanina Ickx : Je crois qu’il faut de toute façon pas mal de temps
pour être à l’aise sur ce circuit, car comme je disais il ne permet
l’erreur, donc ça se construit. J’adore la partie après Mulsanne
vers Indianapolis jusqu'à Arnage, je trouve ça très sympa, J’aime
bien le « s » de la Chapelle vers le Tertre rouge, j’aime beaucoup
moins les chicanes dans les Hunaudières, qui n’apportent rien et je
ne suis pas bien non plus dans le freinage de la courbe Dunlop,
c’est encore un truc que ne me vas pas, pour lequel je ne suis pas
encore au point.
Sportauto.fr : Ultime question, votre futur proche après le Mans
?
Vanina Ickx : C’est un point d’interrogation, sinon celui de
continuer la fin du Le Mans Series avec l’équipe Signature.
Propos recueillis par Christophe Alba














