Corvette C7 Z06, le missile anti-Porsche

C'est la Corvette routière la plus affûtée de l'histoire. Nous sommes allés à sa rencontre, à Los Angeles, pour trouver un terrain de jeux à sa mesure.
Jeudi, 18 heures, Los Angeles.
La standardiste du parking de l'aéroport lève à peine les yeux et
marmonne, d'un ton monocorde : "Vous pouvez aller sur la
plate-forme extérieure, votre Chevy arrive dans quelques minutes."
Au début, j'ai cru qu'il y avait une erreur et qu'elle parlait
d'une Cruze de location. Mais à voir l'excitation du gars à qui
elle a donné la clé pour aller la chercher dans les étages, je me
suis dit qu'on parlait bien de la même chose. Une Corvette. Et pas
n'importe laquelle : une C7-Z06-Pack-Z07. Autrement dit, la version
de route la plus puissante et la plus aiguisée de toute l'histoire
de la marque.
Celle dont le ralenti roule comme les tambours du bronx en
déclenchant les alarmes, une à une, dans la rampe du parking. Celle
dont nos confrères américains de Motor Trend affirment qu'elle
colle deux dixièmes à la Porsche 991 GT3 RS sur un tour de Laguna
Seca.
En la voyant ramper jusqu'à moi, au rythme saccadé de son V8 qui
oscille entre la Harley, le hors-bord et la Nascar, je recule d'un
pas.
Sans pouvoir retenir ma mâchoire inférieure. Dire qu'elle est
spectaculaire serait un euphémisme. Si la Stingray en jette, la Z06
en remet une couche et ce pack Z07 pose la cerise sur le cheese
cake, avec de magnifiques freins en carbone céramique, des Michelin
Sport Cup 2 et une aéro réglable. C'est loin d'être aussi
sophistiqué qu'un aileron rétractable, mais ça sent l'efficacité à
plein nez. Idem pour le moteur : un 6,2 litres avec compresseur et
deux soupapes par cylindre qui développe la bagatelle de 659
chevaux et 90 mkg.Soit quasiment le couple maxi d'une 911 R sur
chaque roue arrière ! Avec la puissance d'une Enzo et 20 mkg de
plus qu'une Aventador, cette Corvette bat des records. Reste à
savoir si le compresseur ne lisse pas l'extraordinaire tempérament
mécanique de la précédente Z06 atmosphérique, et si le déluge de
puissance passe bien au sol. Car la pensée de ce grand philosophe
italien "Power is nothing without control" se vérifie aussi avec
des Michelin. D'où la question à tiroirs : la Z06 a-t-elle un
comportement et un tempérament moteur de dragster, ou pas seulement
? Voir la vidéo de notre vidéo de la Corvette Z06 pack
Z07.
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Nous aurions pu nous contenter de faire un tour chrono sur le
Bugatti. Trop facile. En partant du principe que le pack Z07 est
pensé pour le circuit, mais qu'il équipe des autos passant le plus
clair de leur temps sur route ouverte, nous avons préféré plonger
la Z06 dans la circulation. Mieux, dans son élément : la côte Ouest
des Etats-Unis. Là où les V8 sont légion et où les passionnés que
nous sommes ont la tête comme une girouette, téléguidée par les
borborygmes d'échappements à tous les coins de rue. En parlant de
bruit, le ralenti de la Z06 est un plaisir brut. Ça me rappelle la
Dodge Charger Hemi 69 d'un ami, qui donne(nt) l'impression de se
vriller de bonheur au moindre coup de gaz. Mais malgré ce côté brut
de décoffrage, la Z06 plonge dans la circulation engluée de Los
Angeles avec une progressivité inattendue. La boîte mécanique à
sept vitesses est en rapport. Son étagement est long comme un jour
sans pain, mais voyons le verre à moitié plein : la première, qui
tire à plus de 100 à l'heure, permet d'espacer les changements de
vitesses. Quant aux trous entre les rapports, ils sont bouchés par
les 90 mkg. Le V8 reste un cas à part dans la production actuelle.
A bas régime et en mode Confort, ce 6,2 litres est une bonne pâte :
souple, onctueux, élastique et rond, comme sa musique de fond. Rien
à voir avec le V6 biturbo d'une Nissan GTR Nismo, qui donne
l'impression permanente d'être sous pression. A l'opposé, la Z06
roule à la cool en remontant la Pacific Coast Highway vers le nord,
où son compresseur ronronne comme un chat sur un radiateur.
La différence est notable par rapport à une McLaren 650 S dont le
V8 biturbo est moins communicatif à régime stabilisé. Même pas
dépassé les 3 500 tr/mn que les poils des bras se hérissent déjà.
D'où l'envie de pousser le curseur des modes de conduite. Pour
mémoire, les réglages influent sur la réponse à l'accélérateur, les
suspensions, la direction, les aides à la conduite et le blocage du
différentiel. Avec l'impression d'enlever un filtre à chaque niveau
de réglage : Touring, Sport puis Track. L'auto devient plus dure,
réactive et sonore. Raison de plus pour écraser l'accélérateur. La
suite est indescriptible. La Z06 change de visage et mute en bête
sauvage. Aux alentours de 4 000 tr/mn, les pots actifs s'ouvrent
dans un hurlement métallique qui prend aux tripes. Là encore, c'est
beaucoup plus impressionnant que chez McLaren. Le compresseur donne
à la Corvette un souffle exponentiel. Pour mémoire, ses pales
tournent 5 000 tr/mn plus vite que celles de la précédente ZR1.
Grâce aux rotors plus petits, son action démarre plus tôt et finit
plus tard, bref, il a moins d'inertie. La différence est sensible
par rapport à la ZR1 qui, malgré sa puissance, donnait l'impression
d'avoir un temps de réponse. Ici, le compresseur est plus efficace
et plus discret, au point de rappeler l'extraordinaire tempérament
moteur de la Z06 de 2006. Cette dernière restant, à ce jour, l'un
des tempéraments mécaniques les plus extraordinaires de la
production automobile. En clair, sur le plan du caractère mécanique
et de sa faculté à vous remuer les tripes, la Z06 est plus
communicative qu'une Ferrari 488 GTB.
En bifurquant à droite depuis l'autoroute qui longe la côte, un
panneau « zigzag » attire la Corvette comme un aimant. Cap à l'est,
vers les collines de Las Flores, en rétrogradant de deux rapports.
Le V8 explose mais le train arrière file droit, grâce à l'adhérence
ahurissante des gommes. Idem en latéral, quand la Z06 plonge dans
la première épingle à gauche. L'autre bonne nouvelle, c'est que les
sièges baquets optionnels de notre version d'essai maintiennent
infiniment mieux que ceux de la Stingray d'origine. Mais houla
bijou !
Inutile d'aller chercher la puissance dans les tours, sur cette
route à flanc de colline, au risque de faire un vol plané dans le
pacifique. L' accélération est tellement brutale qu'elle invite à
calmer le jeu sur route ouverte. En revanche, il suffit de retarder
un peu les freinages pour profiter de son comportement dynamique
exceptionnel.
Qu'il s'agisse de motricité, de grip ou de stabilité, la Corvette
n'a pas à rougir de la comparaison avec ses rivales les plus
affûtées. Volant en mains, elle paraît certes plus lourde qu'une
GT3 RS, mais mieux équilibrée, et génère moins d'inertie qu'une GTR
Nismo. Tout en se révélant plus stable qu'une Ferrari 488 GTB. Le
seul bémol concerne le réglage de la suspension électromagnétique
en mode Track, dont le filtrage est insuffisant sur mauvaises
routes. Il faut dire que si les pneumatiques run-flat favorisaient
le confort, ça se saurait ! Autre constat : l'attaque à la pédale
de freins manque de mordant par rapport à celle d'une GT3 RS ou
d'une 675 LT. Mais cela reste à prendre avec des pincettes, puisque
les disques de notre modèle ont subi les affres de 15 000 miles
d'essai menés tambour battant. En revanche, les distances d'arrêt,
grâce à l'adhérence des Sport Cup 2, donnent l'impression d'être
largement raccourcies par rapport à la Stingray. Ça marche aussi
dans l'autre sens, avec une motricité accrue, illustrée par un 0 à
60 miles/heure (soit 98 km/h) annoncé en 2”95 avec la boîte auto,
au lieu de 3”4 de 0 à 100 98 km/h sans le pack Z07. Idem pour le
400 mètres D.A. revendiqué en 10”95 au lieu de 11”6 sans les
semi-slicks. A titre de comparaison, la 911 GT3 RS réclame 11”2
pour parcourir le 400 mètres D.A. La vitesse maxi, quant à elle,
baisse de 315 km/h à 300 km/h en raison de l'appui
aérodynamique.
Authentique
L' intérêt de la Z06 pack Z07 ne concerne pas seulement son
potentiel. Mais plutôt sa faculté à générer des sensations, sans
forcément devoir en approcher les limites. Au contraire d'une 991
GT3 RS devenue parfaite, mais avec laquelle il faut souvent
rehausser le rythme pour en tirer les bénéfices, la Corvette génère
des émotions en permanence.
Que ce soit aux feux rouges, en repoussant un freinage, en appui
dans une courbe rapide ou avec le coude à la portière. En
comparaison, une McLaren 675 LT est infiniment plus sophistiquée
mais moins communicative à rythme usuel. Bref, comparer la Z06 pack
Z07 aux traditionnelles références du segment revient à comparer le
vrai feu de bois aux barbecues à gaz. Ça cuit peut-être moins vite,
mais ça donne un goût authentique. Et surtout, unique.
>>> L'AVIS DE LAURENT CHEVALIER
Ce road trip en Corvette Z06 pack Z07 permet de constater deux
choses. La première concerne le potentiel ahurissant d'une auto
dont le grip latéral n'a pas à rougir de la comparaison avec une
Porsche 991 GT3 RS ou une McLaren 675 LT. Ensuite, ce V8 à
compresseur est l'un des moteurs les plus communicatifs sur le plan
des sensations, toutes catégories confondues.
Voir la vidéo de notre vidéo de la Corvette Z06 pack
Z07.
Fiche technique Corvette Z06 pack Z07
TECHNIQUE
Moteur : V8 à compresseur
Cylindrée : 6 162 cm3
Puissance maxi : 659 ch à 6 400 tr/mn
Couple maxi : 89,8 mkg à 3 600 tr/mn
Transmission : aux roues AR, 7 rapports mécaniques
Autobloquant/antipatinage : autobloquant + contrôle de
trajectoire
Poids annoncé : 1 598 kg
Rapports poids/puissance : 2,45 kg/ch
Vitesse maxi : 300 km/h
0 à 100 km/h : 3''4
L - l - h : 4 518 -1 965 -1 235 mm
Empattement : 2 710 mm
Jantes AV/AR : 10 x 19/12 x 20
Pneumatiques AV & AR :
285/30 ZR 19 & 335/25 ZR 20
Carburant : 70 l
Prix de base : 116 500€
Prix du modèle essayé : 138 487€
Photo : Bruce Benedict / EMAS


