Aston Martin Vanquish Volante : Skyfall

Une virée en Ecosse, sur les rives du Loch Ness, au volant de l’Aston Martin Vanquish Volante, ça vous tente ?
Goûter au V12 Aston Martin avec la boîte auto à 6 rapports,
c’est un peu comme manger de la crème anglaise avec une fourchette
: c’est frustrant, surtout si vous êtes gourmands. Heureusement,
Gaydon profite du millésime 2015 pour remettre les couverts avec
une cuillère à dessert : la fameuse boîte 8 de chez ZF, qui fait
référence en la matière. Non pas que le fait d’avoir 8 vitesses
soit indispensable, mais les temps de réactions, les passages de
rapports et l’inertie du convertisseur ne donnent plus le
sentiment, comme avant, d’envoyer un fax pour rétrograder. Sans ce
boulet au pied, la Vanquish apparait sous un nouveau jour.
Highlands, Nord de l’Ecosse, vendredi, 8 heures.
Quelque part sur les rives du Loch Ness. J’insère la clé de contact
de la Vanquish dans son logement, comme la pièce dans le
juke-box. La bande son démarre aussitôt avec le hit de Gaydon.
Toujours aussi entraînant ! La sonorité du 5,9 litres briton est
plus enjouée et plus cristalline que le V12 étouffé d’une Mercedes
SL65 AMG. Vous me direz que cela n’a pas changé par rapport à la
Vanquish 2014, qui, elle-même, n’avait pas changé par rapport à
celles de 2013, etc... Pas faux, mais on ne s’en lasse jamais.
Démarrer une Aston Martin reste un moment rare, de ceux qu’on
décortique et qu’on savoure, et qui donne envie de retenir le temps
pour mieux en profiter. A propos d’arrêter l’horloge, j’aimerais
avoir une télécommande pour appuyer sur pause, car devant mes yeux,
le spectacle est grandiose. La Vanquish est plantée au milieu d’un
décor de James Bond, sous un ciel bleu azur saupoudré de nuages
blancs. Seule, face à des kilomètres d’asphalte à dérouler au
rythme d’un V12 qui résonne comme un orchestre philarmonique. Le
hic, c’est que jusqu’à présent, la transmission n’était pas à la
hauteur de sa tâche, avec des passages de vitesses à contre-temps.
Et des bruits de convertisseur qui sonnaient comme des couacs de
trompettes en plein solo de violon. Pour juger de la nouvelle
partition, je vous propose un exercice basique, qui a fait ses
preuves et qui consiste à souder le pied au plancher. 1,2,3,4,5 au
rupteur et le compteur s’envole vers des chiffres sûrement
répréhensibles de ce côté de la Manche (d’autant qu’ils sont en
miles/heures, oups !). Pas besoin de prolonger la démonstration
jusqu’en 8eme pour constater que ça change... pas mal de choses,
par rapport à l’ancien modèle ! D’abord, les temps de réaction de
la boîte donnent l’impression de passer d’Ethernet à la 4G.
Ensuite, l’inertie pendant les phases de convertisseur est
indolore. Enfin, l’étagement est plus cohérent : fini le gouffre
entre la 4eme et la 5eme, notamment. Avec cette nouvelle fluidité,
la Vanquish recouvre un agrément digne de son rang. C’est-à-dire
une boîte de vitesses (enfin) à la hauteur de la prestation qu’on
attend d’une Aston Martin. On peut même déboucher le champagne
puisque c’est la première fois qu’une Vanquish, tous millésimes
confondus, n’a rien à se reprocher en matière de transmission. On
se souvient, par exemple, des premiers millésimes avec leur
commande robotisée, que Gaydon proposait de repasser en manuelle à
ceux que les à-coups indisposaient. L’huile ayant coulé sous les
ponts depuis, Aston Martin a revu sa copie. Les plus observateurs
auront noté que la transmission ZF à 8 rapports est identique à
celle utilisée par Audi ou BMW notamment. Mais "montée pour la
première fois au monde en position arrière" précise Gaydon. Pas
question de menacer l’équilibre légendaire qui caractérise les
châssis de la vénérable marque anglaise. Le touché de route de la
Vanquish est donc intacte. Qu’il s’agisse des remontées
d’informations, de la précision de la direction, ou de l’agilité
globale, remarquable pour un tel gabarit.
Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, Aston Martin revoit
également ses suspensions. La première différence avec le millésime
précédent provient de la qualité de l’amortissement qui grimpe en
flèche. Plus ferme en compression et moins lâche en détente, cela
présente l’avantage de ne plus rebondir comme une balle de golf sur
mauvaises routes comme le faisait la précédente version. Le roulis
est mieux contenu et les différences entre les modes de conduites
(normal, sport ou track) sont plus sensibles. Ces caractéristiques
vont dans le sens du confort de roulage, avec un meilleur filtrage,
mais aussi vers davantage de sportivité. Aston Martin évoque des
pics d’accélérations latérales à 1,2 g, équivalentes aux valeurs de
références de nos tromblons en Supertest. Il faut néanmoins
rappeler que Gaydon se montre parfois optimiste en matière de
performances revendiquées. Le seul changement de boîte autoriserait
un bond en accélérations et vitesse maxi, malgré le niveau de
puissance inchangé et la faible progression du couple maxi (2 mkg à
la faveur d’un nouvelle programmation). Le 0 à 100 km/h passerait
ainsi de 4"1 à 3"8 tandis que la Vanquish pointerait à 322 km/h
contre 295 km/h auparavant. Inutile de préciser que nous avons
hâtes de vérifier ces valeurs. Tout comme le poids, qui stagnerait
à 1791 kg selon le constructeur. Rappelons que la nouvelle boîte 8
est 4 kg plus légère que la précédente version à 6 rapports.
Au-delà de la question des boulons/rondelles et de la guerre des
kilos, on constate surtout qu’Aston Martin revient dans la course.
Non pas dans celle des performances que se livrent Ferrari ou
Lamborghini, mais plutôt dans celle de l’agrément et de l’art de
vivre. Car on peut, enfin, bénéficier du potentiel et du plaisir de
la Vanquish, sans ombre au tableau. Et mieux savourer toutes les
spécificités de cette belle et grande GT. Depuis les cuirs
matelassés qui confèrent à l’habitacle une atmosphère unique,
jusqu’à la Hi-Fi B&O, presque aussi réussie que la sonorité du
V12. C’est dire.
Une dernière accélération, juste pour le plaisir, et l’Aston
reprend inlassablement sa partition. La bande-son est raccord avec
les paysages écossais : inoubliable. Au travers le pare-brise, la
route serpente entre deux montagnes jusqu’à la ligne d’horizon,
bleue azur, qui se fond dans une mosaïque de lacs. Cette
perspective donne l’irrépressible envie de prolonger le voyage au
volant de la Vanquish, à qui les améliorations du millésime 2015
donnent un nouveau relief.
L’avis de Laurent Chevalier
La nouvelle boîte 8 change la donne et la Vanquish recouvre,
enfin, un agrément en rapport avec son rang. Au point de
redécouvrir les saveurs de ce grand classique du Grand Tourisme.
Les suspensions en profitent aussi pour adopter de nouveaux
réglages et un meilleur filtrage.
Crédit photo : Aston Martin


