Accords Concorde en F1 (2026-2030) : la discorde avant la concorde ?

Les acteurs de la Formule 1 doivent renouveler les accords Concorde, un ensemble de contrats définissant les aspects réglementaires et budgétaires de la discipline. L’enjeu actuel est la période 2026-2030. Il reste plus d’un an avant la clôture des négociations, mais cela ne va pas se passer sans douleur...
Les discussions sur le renouvellement de la charte de la F1 ont commencé, et
elle doivent être conclues avant la fin de l’année 2025. Il s’agit
des fameux accords Concorde, qui sont ratifiés tous les cinq ans
par trois « camps » : la Fédération internationale de l’automobile
(FIA), le propriétaire des droits commerciaux de la Formule 1
(aujourd’hui Liberty Media), et les écuries.
Cette série de contrats – toujours appelés « accords Concorde », du
nom de la première négociation de ce type, tenue à Paris, place de
la Concorde, au siège de la fédération, en 1981 – régira le sport
pour une période de cinq ans, du début de 2026 à la fin de
2030.
En réalité, le document qui en résultera ne sera peut-être pas
aussi important que certains pourraient le penser, car un autre
accord, connu sous le nom d’« accord de mise en œuvre de la
Concorde », est en place depuis 2013. Celui-ci a été conclu
entre la FIA et la Formule 1 à l’époque, sans que les équipes
n’aient leur mot à dire.
En revanche, elles doivent en respecter les termes. Ainsi, par
exemple, l’accord prévoit un maximum de 25 courses par an jusqu’en
2030. En théorie, les deux signataires pourraient s’entendre pour
le renégocier entre eux, mais leurs relations étant tendues, il est
peu probable que cela se produise.
Les accords Concorde eux-mêmes contiendraient une clause stipulant
que les contrats futurs comporteront « essentiellement les
mêmes conditions » jusqu’en 2030, après quoi les différentes
parties négocieront pour 2031 et au-delà.
Nombre d’engagés : tensions à prévoir
Cependant, certains signataires (principalement les équipes)
souhaitent en modifier certains termes. L’un d’entre eux concerne
la question épineuse du nombre maximum d’engagés. Ce nombre est
actuellement fixé à 12 équipes de deux voitures, soit 24 voitures,
mais presque tout le monde (à l’exception de la FIA) souhaite
réduire ce nombre pour ne conserver que les 10 équipes existantes.
Cet argument est tout à fait logique. Aucune équipe n’est menacée
financièrement aujourd’hui.
La plupart investissent pour se renforcer et les plus grandes
écuries, qui ne peuvent pas investir davantage, réalisent de gros
bénéfices. Les nouveaux venus auraient à affronter un écart de
performance massif comparativement aux formations en place. Mais
s’ils étaient engagés, ils pourraient recevoir une part égale des
revenus, sans avoir à être performants.
Ainsi, lorsqu’Andretti a tenté d’obtenir une participation pour
2025 (la dernière année des accords actuels), cela a été perçu
comme la tentative d’investir 500 millions de dollars pour acheter
un actif d’une valeur d’un milliard de dollars.
C’est pourquoi l’offre a été rejetée. Formula One Group (l’entité
F1 de Liberty Media) n’était pas convaincu que l’offre soit autre
chose qu’une simple opportunité pour Andretti de gagner de
l’argent.
La plupart des participants à la F1 pensent que la meilleure chose
à faire est d’opter pour un modèle de franchise à l’américaine, où
les nouveaux venus doivent acheter une équipe plutôt que d’essayer
d’en bâtir une.
Ainsi, le prix serait dicté par le marché et non par un processus
compliqué qui exige que la FIA et Formula One s’entendent sur la
question de savoir si une nouvelle équipe doit être autorisée à
entrer en scène.
Cela a causé des problèmes politiques, non seulement parce qu’ils
n’étaient pas d’accord sur le projet Andretti Global, mais aussi
parce que la FIA fait maintenant l’objet d’une action en justice de
la part de Hitech Grand Prix, qui veut savoir comment et pourquoi
la FIA a accepté Andretti et rejeté l’offre de Hitech. Le modèle de
la franchise serait plus équitable et fonctionnerait mieux.
Red Bull cumule, Ferrari privilégié
D’autres points seront discutés, notamment la question du
contrôle de plusieurs équipes par un même propriétaire. Il est
logique que les équipes soient toutes indépendantes les unes des
autres, mais il est évident que Red Bull veut conserver deux
équipes (Red Bull Racing et Racing Bulls).
Dans le même temps, les petites équipes sont poussées à construire
davantage leurs propres éléments et à ne pas dépendre des grandes
équipes. Cela signifie qu’elles doivent investir pour développer
leurs capacités, mais cela augmentera en fin de compte leur
valeur.
Le principal point de désaccord concerne la question de savoir si
l’équipe la plus ancienne de la discipline, Ferrari, devrait continuer à
recevoir beaucoup plus d’argent que ses rivales. Une sorte de bonus
d’ancienneté (c’est la seule écurie impliquée dans la Formule 1
depuis sa création) mis en place avant l’arrivée de Liberty Media,
pendant l’ère Bernie Ecclestone.
A l’heure actuelle, les Italiens reçoivent 5 % des recettes de la
F1, avant tout calcul de répartition des revenus. Avec un chiffre
d’affaires de la F1 qui s’élève à 4 milliards de dollars par an,
cela signifie que Ferrari pourrait recevoir 200 millions de dollars
de plus que les autres équipes. La Scuderia bénéficie par ailleurs
de revenus de sponsoring, de licences et de merchandising bien plus
élevés que ses rivales et il est clair que certaines équipes
pensent que c’est injuste.
Au moment où ce montage a été établi, Ferrari craignait de ne pas
pouvoir rivaliser avec les grands constructeurs et souhaitait que
sa position soit protégée. Mais avec la mise en place du plafond
budgétaire (et le succès de Ferrari en tant que constructeur de
voitures de route), ces craintes ne tiennent plus.
La plupart des écuries reconnaissent cependant que Ferrari apporte
de la valeur à la discipline. Mais elles soutiennent que les autres
équipes devraient également être payées pour leur valeur
historique… ou que personne ne devrait recevoir quoi que ce soit
pour avoir participé à la F1 pendant une longue période.
Ces questions d’ouverture à de nouveaux venus et de valorisation de
l’image de certaines équipes ne sont finalement que deux sujets
purement financiers. Il y a fort à parier qu’ils occuperont encore
longuement les négociateurs des futurs accords Concorde.
Retrouvez notre analyse des futurs Accords Concorde dans le Sport Auto n°748 du 26/04/2024.


