Les Philippines ont saisi un incroyable garage rempli de voitures d'exception (+ vidéo)
À Manille, la douane aligne McLaren Senna, Ferrari SF90 et Rolls confisquées à des opérateurs de jeux en ligne. Cinq enchères plus tard, ce trésor automobile reste bloqué.
Au port de Manille, derrière des grillages et des tentes de fortune, dort un "garage" que les collectionneurs du monde entier pourraient afficher en fond d’écran : une McLaren Senna, une Ferrari SF90 Stradale, des Rolls-Royce, une Bentley… toutes saisies par le Bureau des douanes philippin et toujours invendues.
Un garage de supercars saisies aux Philippines qui ne trouve pas preneur
Ce lot de 11 voitures de luxe, estimé à environ 1,4 milliard de
pesos, environ 20 millions d’euros, a été saisi en février 2025
lors de raids à Pasay et Parañaque. La douane tente de les vendre
aux enchères, pour la cinquième fois, après un précédent échec
total en mars sans un seul enchérisseur inscrit. Pour essayer enfin
de s’en débarrasser, l’administration a taillé
dans les prix.
La mise à prix de la McLaren Senna est passée
d’environ 102 millions à 86,7 millions de pesos, soit autour de
1,35 million de dollars, quand la Ferrari SF90 Stradale a perdu
elle aussi environ 15 % de sa mise à prix. Des rabais
spectaculaires sur le papier, mais qui ne suffisent pas à
déclencher la fièvre des enchères.
Autour de ce duo, le catalogue ressemble à celui d’un salon privé :
Rolls-Royce Phantom 2022,
Cullinan 2021, Bentley Continental 2022, deux
Range Rover, une Mercedes‑AMG GT, un BMW X6, plus un Toyota Alphard
et une Lexus ES. Le plancher cumulé tourne autour de 226,9 millions
de pesos, soit environ 3,2 millions d'euros. Sur le papier, l’un
des garages publics les plus chers d’Asie.
Comment ces voitures de luxe se sont retrouvées derrière les grilles du port de Manille ?
Tout remonte aux 13 et 14 février 2025. Des enquêteurs
de la douane fouillent des entrepôts liés à des sociétés
comme AC Che Gong Miao et TopCar Specialist. Ils y découvrent des
véhicules importés illégalement, sous‑déclarés pour
échapper aux droits de douane et à une taxe d’environ 100
% sur les voitures européennes haut de gamme.
Les dossiers remontent jusqu’aux
Philippine Offshore Gaming Operators, ces casinos en ligne
offshore accusés de multiples fraudes. Leur interdiction, annoncée
par le président Ferdinand Marcos Jr en juillet
2024, a laissé derrière elle des flottes de voitures sans
propriétaires revendiqués. En vertu du Customs
Modernization and Tariff Act, la douane peut confisquer
ces biens et les vendre, les recettes étant promises au budget de
l’Etat, là où autrefois certaines supercars étaient carrément
détruites pour l’exemple.
Sur le terrain, le rêve a mauvaise mine. Les voitures sont vendues,
après plus de vingt mois à l’arrêt, souvent en plein air. Sous le
soleil et l’humidité de Manille, vernis, cuirs, joints,
électronique et freins céramique souffrent. Une
Ferrari LaFerrari, achetée environ 2,35 millions de dollars à
Riyad en 2019, a été filmée couverte de poussière, vitres ternies,
dans ce même parking.
Pour un acheteur, le calcul devient vite stressant. Il faut déposer 5 % de la mise à prix en garantie, préparer un dossier fiscal complet, accepter l’absence d’historique d’entretien, puis éventuellement organiser l’export et les taxes à l’arrivée. Entre les risques mécaniques et la lourdeur administrative, beaucoup de millionnaires préfèrent payer un peu plus cher ailleurs une supercar avec carnet tamponné plutôt qu’une reine de garage tropical à réveiller à l’aveugle.














