Retour aux sources - Mercedes SL 55 AMG : 25 ans plus tard, qu'en reste-t-il ?
La cinquième génération de Mercedes est élégante et s’offre un toit articulé. Elle y ajoute une version AMG dont la force herculéenne du V8 compressé provoque quelques émois au jeune journaliste que je suis en 2001. 25 ans plus tard, que reste-t-il de la SL 55 ?
Comme le temps passe, mon cher SL 55 AMG...
Artillerie lourde
Ton tout premier bain de foule tombe un triste 11 septembre 2001
dans les allées d’un Salon de Francfort plombé par une ambiance de
fin du monde. Dieu sait pourtant si la fête aurait pu être belle.
Difficile de résister à ton élégance et à ce fameux toit articulé
étrenné sur ta petite sœur SLK qui fait de toi un transformiste
génial : coupé pour s’isoler dans un cocon douillet ou roadster
pour profiter des premiers rayons de soleil.
Les signes extérieurs de vitesse signés AMG rappellent ton besoin
viscéral de muscler ton jeu. Et encore, le mot est faible, parce
que, avec ton gros V8 de 5,4 litres, suralimenté par un compresseur
de type Lysholm, tu sors l’artillerie lourde. Tes 476 ch (qui
s’arrondissent quelques mois plus tard à 500 ch) et ton couple à
déraciner un arbre assomment une concurrence guère sensible à ton
humour.
Certains te reprochent d’y aller avec la finesse d’un
marteau-pilon, mais pour toi, la fin justifie les moyens, quitte à
occulter tout romantisme. La Ferrari 575M C qui débarque peu
de temps après t’oppose un bien plus noble et puissant V12 de 515
ch, mais elle n’enlève pas le haut. La Jaguar XK cabriolet
accueille peut-être une paire d’enfants résilients derrière, mais
elle disparaît vite de ton rétroviseur au moment de lâcher la
cavalerie.
Grondements de V8
Et si la Maserati 3200 GT Spyder chante
mieux avec son V8 d’opéra, elle ne dispose pas d’une telle force
tranquille. Si on laisse de côté ta bride à 250 km/h qui coupe tes
élans d’une manière frustrante sur la première Autobahn venue, tu
fais partie de ces très performantes GT qui comptent en ce début
des années 2000.
Au point, je le confesse, de provoquer quelques émois au jeune
journaliste automobile que je suis alors. Je me souviens comme si
c’était hier de notre premier tête-à-tête à l’été 2003, quand tu
m’as accueilli sur tes terres à Affalterbach et ouvert les portes
de ton atelier, où un des 41 ouvriers est chargé de monter ton gros
cœur.
Et puis, comment oublier cette virée dans la campagne environnante
autour de ton fief ? Les grondements de ton V8 et sa force
herculéenne sont à la hauteur de mes attentes pourtant énormes
d’alors. Impossible en outre de mettre de côté cette délicieuse
atmosphère de luxe, ce confort qui ménage mes jeunes vertèbres ou
encore cette douce odeur émanant de ta sellerie en cuir nappa
perforé qui chatouille délicatement mes narines. Tu te doutes bien
que tu m’as mis des étoiles plein les yeux.
Flèche d’argent
23 ans se sont écoulés avant nos retrouvailles. Tu ne sembles
pas vieillir autant que moi, même si tes descendantes ont
entre-temps bien changé les référentiels. Ton empattement assez
court rend ton porte-à-faux arrière assez marqué, mais tu ne portes
pas ton toit sous ton coffre comme un fardeau, à l’image de
certains coupés-cabriolets plus populaires d’alors.
J’avoue même rester toujours aussi sensible à ton charme, que tu
sois coupé ou cabriolet. Tes ouïes latérales ou encore ton profil
acéré évoquent les Flèches d’argent, quoique tu ne sois pas si
argentée que ça dans ta très élégante livrée gris bleuté faisant
ressortir tes jolis phares en cacahuètes. Tes boucliers avant
ajourés et tes homologues arrière qui enveloppent la paire de
doubles sorties d’échappement rappellent que tu n’es pas un sage
SL, mais ton traitement cosmétique AMG impressionne moins de nos
jours.
Tes jantes de 18 pouces paraissent bien petites et ton allure
semble presque gracile par rapport à ton pedigree sportif. A défaut
d’en mettre plein la vue, cette sobriété repose, face à la
surenchère esthétique de tes remplaçantes qui risquent de ne pas
vieillir aussi bien que toi. Une fois ta lourde porte ouverte, ta
magnifique peausserie y ajoute cette agréable patine et un moelleux
introuvable à présent, au prix d’un certain manque de maintien
latéral.
Rafraîchissante simplicité
Ton habitacle fait aujourd’hui preuve d’une rafraîchissante
simplicité. Point de multiples modes de conduite tous azimuts qui
imposent de naviguer à travers une forêt de dalles numériques pour
y retrouver ses petits, mais deux élégants compteurs dont la partie
supérieure est recouverte d’Alcantara et une planche de bord au
dessin très doux.
Ton écran central, certains plastiques et ton cerceau massif
prennent peut-être un petit coup de vieux, mais ton ambiance
luxueuse incite à l’évasion. Sans être spécialement sportive, ta
position de conduite est extrêmement plaisante, grâce à tes sièges
réglables sur une vaste amplitude. Ton volant ajustable
électriquement, qui aurait pu monter légèrement plus, ne m’empêche
pas de me sentir bien, même si tu aurais tout de même pu cacher un
peu mieux tes charnières de toit, en configuration coupé !
Impressionnant à l’époque, ce fameux petit tour de clé insérée dans
son logement en plastique n’apparaît pas aussi inoubliable
aujourd’hui. Ton V8 s’ébroue gentiment dans un grondement
caractéristique, mais son réveil ne se révèle pas aussi
spectaculaire que celui de tes descendantes.
Du pur Mercedes
Les toutes premières sensations que tu me distilles n’ont rien
de très sportif. Tes commandes légères et le petit mouvement
vertical que tu t’autorises donnent pratiquement l’impression de
flotter sur le bitume, à la manière d’un tapis volant. Ta façon
bien à toi d’isoler de la route, grâce à ta suspension ABC (Active
Body Control) qui gomme une bonne partie des aspérités mais aussi
par l’absence de remontées à travers ton grand volant, procure le
sentiment de conduire une berline plutôt qu’un roadster
surmotorisé.
Quelques hectomètres suffisent à s’habituer à tes manières feutrées
qui s’apprécient sur ces premières évolutions urbaines. Mis à part
de subtiles trépidations sur les petites irrégularités et de légers
craquements dus à plus de deux décennies de bons et loyaux
services, impossible de ne pas louer un confort à basse vitesse qui
n’a absolument rien à envier à celui de ta petite-fille, sortie en
2021.
Ta direction un poil collante et manquant de rappel participe à ce
ressenti Mercedes aujourd’hui disparu. Tu
me diras qu’à cette époque, les créations de la firme à l’étoile
ont pour vocation de filtrer le revêtement plutôt que de le lire
comme dans un livre ouvert. Ta douceur de conduite contribue à ton
étonnante docilité.
La remarque tient peut-être de la phrase toute faite, mais la
facilité avec laquelle tu te laisses apprivoiser, malgré tes 500
ch, peut légitimement faire la fierté de tes concepteurs. On en
viendrait presque à te confier au premier quidam venu, grâce à
l’omniprésence de ton électronique qui évite tout débordement.
Pas de triche
Ton V8 glougloute gentiment, alors que ton indestructible boîte
automatique dotée de cinq rapports les égrène sans à-coup, avec une
infinie douceur. Difficile pourtant de résister à la tentation de
découvrir ta vraie nature quand la route s’y prête davantage. Le
rétrogradage s’avère bien long à la détente, mais ta mécanique
récompense amplement cette petite attente.
Ton épais dossier de siège se met à me masser délicatement les
vertèbres sans le moindre effort. Point de déferlante violente
comme sur les turbos actuels ni de rapports qui passent en rafale,
mais une poussée copieuse, donnant l’impression d’une main géante
qui ne faiblit pas jusqu’à plus de 6 000 tr/mn.
L’effet suralimentation engendré par ton énorme compresseur
n’apparaît pas aussi marqué que sur les roadsters sportifs
d’aujourd’hui et ton caractère moteur se fait en outre plus
linéaire, mais il suffit de jeter un rapide coup d’œil sur ton
tachymètre pour comprendre que tu n’es pas du genre à tricher.
Ton cœur bat au rythme d’un Riva, grommelle, martèle et gronde à
souhait, à défaut de se montrer aussi volubile que ses
contemporains. Les échappements actifs, haut-parleurs et autres
pétarades ne font pas partie de ta génération, mais quelle
importance vu que tu te positionnes sur le créneau du grand
tourisme et non pas sur celui de la sportivité pure ?
Une lenteur qui fait sourire
Ta boîte à convertisseur accuse davantage le poids des ans, avec
une lenteur et une réactivité qui font désormais sourire, mais
également un mode manuel inutile au regard de son temps de latence
préhistorique. De toute façon, elle est la seule au sein du
catalogue de l’époque à pouvoir encaisser ton couple de remorqueur.
Au regard de ta nonchalance entrevue à allure de sénateur, le
premier itinéraire un tant soit peu technique ne semble pas être ta
tasse de thé.
A tort puisque, à défaut d’offrir un ressenti précis à cause de ta
direction muette, ton train avant se montre suffisamment tranchant
pour hausser le ton. Ton amortissement ABC très doux à basse
vitesse conserve du maintien à bon rythme et dispose en outre d’une
position Sport, dont la différence ne s’éprouve que de façon
subtile.
Ta rigueur dans les passages rapides, l’équilibre de ton châssis et
ta poupe qui frétille gentiment lors d’une remise des gaz un peu
insistante permettent de passer un bon moment. Il te manque tout de
même un ressenti plus franc à la pédale de frein qui s’abstient de
liaison hydraulique pour exploiter davantage tes gros disques avant
de 360 mm pincés par des étriers à 8 pistons, mais tes 1 880 kg
incitent malgré tout à un minimum de retenue.
Surtout qu’ils finissent par avoir le dernier mot en faisant
s’écarter ton nez de la trajectoire, en entrée de virage serré,
avant que ton électronique ne sonne la fin de la récréation en
sortie en coupant les gaz d’une manière autoritaire. Histoire de me
rappeler que tu ne te prêtes pas à la fantaisie avec autant
d’enthousiasme que chez le voisin BMW. Mais que ces retrouvailles
cheveux au vent sont agréables !
Mercedes SL 55 AMG (2002) : sa fiche technique
- Années de production : 2001-2008
- Exemplaires produits : 21 575
- Moteur : V8 à 90°, compresseur volumétrique, 24 S
- Cylindrée : 5 439 cm3
- Puissance maxi : 500 ch à 6 100 tr/mn
- Couple maxi : 71,3 mkg à 2 650 tr/mn
- Transmission : roues AR, 5 rapports auto
- Autobloquant/antipatinage : non/de série (avec ESP)
- Suspension AV/AR : quatre bras, ressorts hélicoïdaux, Active Body Control/essieu multibras, ressorts hélicoïdaux, Active Body Control
- Freins AV/AR : disques ventilés percés
- Poids annoncé : 1 880 kg
- Rapport poids/puissance : 3,9 kg/ch
- L - l - h : 4 535 - 1 815 - 1 295 mm
- Empattement : 2 560 mm
- Pneus AV & AR : 255/40 & 285/35 ZR 18
- Réservoir : 80 l
- Prix à l’époque : 138 500 € (2004)
- Cote actuelle : environ 40 000 €
- V. max. : 250 km/h
- 0 à 100 km/h : 4’’7
Retrouvez notre article "Retour aux sources" sur la Mercedes SL 55 AMG dans le Sport Auto n°775 du 31/07/2026.















