Retour aux sources - Mercedes SL 55 AMG : 25 ans plus tard, qu'en reste-t-il ?

Publié le 30 septembre 2026 à 16:30
Retour aux sources - Mercedes SL 55 AMG : 25 ans plus tard, qu'en reste-t-il ?

La cinquième génération de Mercedes est élégante et s’offre un toit articulé. Elle y ajoute une version AMG dont la force herculéenne du V8 compressé provoque quelques émois au jeune journaliste que je suis en 2001. 25 ans plus tard, que reste-t-il de la SL 55 ?

Comme le temps passe, mon cher SL 55 AMG...

Artillerie lourde

Ton tout premier bain de foule tombe un triste 11 septembre 2001 dans les allées d’un Salon de Francfort plombé par une ambiance de fin du monde. Dieu sait pourtant si la fête aurait pu être belle. Difficile de résister à ton élégance et à ce fameux toit articulé étrenné sur ta petite sœur SLK qui fait de toi un transformiste génial : coupé pour s’isoler dans un cocon douillet ou roadster pour profiter des premiers rayons de soleil.
Les signes extérieurs de vitesse signés AMG rappellent ton besoin viscéral de muscler ton jeu. Et encore, le mot est faible, parce que, avec ton gros V8 de 5,4 litres, suralimenté par un compresseur de type Lysholm, tu sors l’artillerie lourde. Tes 476 ch (qui s’arrondissent quelques mois plus tard à 500 ch) et ton couple à déraciner un arbre assomment une concurrence guère sensible à ton humour.
Certains te reprochent d’y aller avec la finesse d’un marteau-pilon, mais pour toi, la fin justifie les moyens, quitte à occulter tout romantisme. La Ferrari 575M C qui débarque peu de temps après t’oppose un bien plus noble et puissant V12 de 515 ch, mais elle n’enlève pas le haut. La Jaguar XK cabriolet accueille peut-être une paire d’enfants résilients derrière, mais elle disparaît vite de ton rétroviseur au moment de lâcher la cavalerie.

Grondements de V8

Et si la Maserati 3200 GT Spyder chante mieux avec son V8 d’opéra, elle ne dispose pas d’une telle force tranquille. Si on laisse de côté ta bride à 250 km/h qui coupe tes élans d’une manière frustrante sur la première Autobahn venue, tu fais partie de ces très performantes GT qui comptent en ce début des années 2000.
Au point, je le confesse, de provoquer quelques émois au jeune journaliste automobile que je suis alors. Je me souviens comme si c’était hier de notre premier tête-à-tête à l’été 2003, quand tu m’as accueilli sur tes terres à Affalterbach et ouvert les portes de ton atelier, où un des 41 ouvriers est chargé de monter ton gros cœur.
Et puis, comment oublier cette virée dans la campagne environnante autour de ton fief ? Les grondements de ton V8 et sa force herculéenne sont à la hauteur de mes attentes pourtant énormes d’alors. Impossible en outre de mettre de côté cette délicieuse atmosphère de luxe, ce confort qui ménage mes jeunes vertèbres ou encore cette douce odeur émanant de ta sellerie en cuir nappa perforé qui chatouille délicatement mes narines. Tu te doutes bien que tu m’as mis des étoiles plein les yeux.

Flèche d’argent

23 ans se sont écoulés avant nos retrouvailles. Tu ne sembles pas vieillir autant que moi, même si tes descendantes ont entre-temps bien changé les référentiels. Ton empattement assez court rend ton porte-à-faux arrière assez marqué, mais tu ne portes pas ton toit sous ton coffre comme un fardeau, à l’image de certains coupés-cabriolets plus populaires d’alors.
J’avoue même rester toujours aussi sensible à ton charme, que tu sois coupé ou cabriolet. Tes ouïes latérales ou encore ton profil acéré évoquent les Flèches d’argent, quoique tu ne sois pas si argentée que ça dans ta très élégante livrée gris bleuté faisant ressortir tes jolis phares en cacahuètes. Tes boucliers avant ajourés et tes homologues arrière qui enveloppent la paire de doubles sorties d’échappement rappellent que tu n’es pas un sage SL, mais ton traitement cosmétique AMG impressionne moins de nos jours.
Tes jantes de 18 pouces paraissent bien petites et ton allure semble presque gracile par rapport à ton pedigree sportif. A défaut d’en mettre plein la vue, cette sobriété repose, face à la surenchère esthétique de tes remplaçantes qui risquent de ne pas vieillir aussi bien que toi. Une fois ta lourde porte ouverte, ta magnifique peausserie y ajoute cette agréable patine et un moelleux introuvable à présent, au prix d’un certain manque de maintien latéral.

Rafraîchissante simplicité

Ton habitacle fait aujourd’hui preuve d’une rafraîchissante simplicité. Point de multiples modes de conduite tous azimuts qui imposent de naviguer à travers une forêt de dalles numériques pour y retrouver ses petits, mais deux élégants compteurs dont la partie supérieure est recouverte d’Alcantara et une planche de bord au dessin très doux.
Ton écran central, certains plastiques et ton cerceau massif prennent peut-être un petit coup de vieux, mais ton ambiance luxueuse incite à l’évasion. Sans être spécialement sportive, ta position de conduite est extrêmement plaisante, grâce à tes sièges réglables sur une vaste amplitude. Ton volant ajustable électriquement, qui aurait pu monter légèrement plus, ne m’empêche pas de me sentir bien, même si tu aurais tout de même pu cacher un peu mieux tes charnières de toit, en configuration coupé !
Impressionnant à l’époque, ce fameux petit tour de clé insérée dans son logement en plastique n’apparaît pas aussi inoubliable aujourd’hui. Ton V8 s’ébroue gentiment dans un grondement caractéristique, mais son réveil ne se révèle pas aussi spectaculaire que celui de tes descendantes.

Du pur Mercedes

Les toutes premières sensations que tu me distilles n’ont rien de très sportif. Tes commandes légères et le petit mouvement vertical que tu t’autorises donnent pratiquement l’impression de flotter sur le bitume, à la manière d’un tapis volant. Ta façon bien à toi d’isoler de la route, grâce à ta suspension ABC (Active Body Control) qui gomme une bonne partie des aspérités mais aussi par l’absence de remontées à travers ton grand volant, procure le sentiment de conduire une berline plutôt qu’un roadster surmotorisé.
Quelques hectomètres suffisent à s’habituer à tes manières feutrées qui s’apprécient sur ces premières évolutions urbaines. Mis à part de subtiles trépidations sur les petites irrégularités et de légers craquements dus à plus de deux décennies de bons et loyaux services, impossible de ne pas louer un confort à basse vitesse qui n’a absolument rien à envier à celui de ta petite-fille, sortie en 2021.
Ta direction un poil collante et manquant de rappel participe à ce ressenti Mercedes aujourd’hui disparu. Tu me diras qu’à cette époque, les créations de la firme à l’étoile ont pour vocation de filtrer le revêtement plutôt que de le lire comme dans un livre ouvert. Ta douceur de conduite contribue à ton étonnante docilité.
La remarque tient peut-être de la phrase toute faite, mais la facilité avec laquelle tu te laisses apprivoiser, malgré tes 500 ch, peut légitimement faire la fierté de tes concepteurs. On en viendrait presque à te confier au premier quidam venu, grâce à l’omniprésence de ton électronique qui évite tout débordement.

Pas de triche

Ton V8 glougloute gentiment, alors que ton indestructible boîte automatique dotée de cinq rapports les égrène sans à-coup, avec une infinie douceur. Difficile pourtant de résister à la tentation de découvrir ta vraie nature quand la route s’y prête davantage. Le rétrogradage s’avère bien long à la détente, mais ta mécanique récompense amplement cette petite attente.
Ton épais dossier de siège se met à me masser délicatement les vertèbres sans le moindre effort. Point de déferlante violente comme sur les turbos actuels ni de rapports qui passent en rafale, mais une poussée copieuse, donnant l’impression d’une main géante qui ne faiblit pas jusqu’à plus de 6 000 tr/mn.
L’effet suralimentation engendré par ton énorme compresseur n’apparaît pas aussi marqué que sur les roadsters sportifs d’aujourd’hui et ton caractère moteur se fait en outre plus linéaire, mais il suffit de jeter un rapide coup d’œil sur ton tachymètre pour comprendre que tu n’es pas du genre à tricher.
Ton cœur bat au rythme d’un Riva, grommelle, martèle et gronde à souhait, à défaut de se montrer aussi volubile que ses contemporains. Les échappements actifs, haut-parleurs et autres pétarades ne font pas partie de ta génération, mais quelle importance vu que tu te positionnes sur le créneau du grand tourisme et non pas sur celui de la sportivité pure ?

Une lenteur qui fait sourire

Ta boîte à convertisseur accuse davantage le poids des ans, avec une lenteur et une réactivité qui font désormais sourire, mais également un mode manuel inutile au regard de son temps de latence préhistorique. De toute façon, elle est la seule au sein du catalogue de l’époque à pouvoir encaisser ton couple de remorqueur. Au regard de ta nonchalance entrevue à allure de sénateur, le premier itinéraire un tant soit peu technique ne semble pas être ta tasse de thé.
A tort puisque, à défaut d’offrir un ressenti précis à cause de ta direction muette, ton train avant se montre suffisamment tranchant pour hausser le ton. Ton amortissement ABC très doux à basse vitesse conserve du maintien à bon rythme et dispose en outre d’une position Sport, dont la différence ne s’éprouve que de façon subtile.
Ta rigueur dans les passages rapides, l’équilibre de ton châssis et ta poupe qui frétille gentiment lors d’une remise des gaz un peu insistante permettent de passer un bon moment. Il te manque tout de même un ressenti plus franc à la pédale de frein qui s’abstient de liaison hydraulique pour exploiter davantage tes gros disques avant de 360 mm pincés par des étriers à 8 pistons, mais tes 1 880 kg incitent malgré tout à un minimum de retenue.
Surtout qu’ils finissent par avoir le dernier mot en faisant s’écarter ton nez de la trajectoire, en entrée de virage serré, avant que ton électronique ne sonne la fin de la récréation en sortie en coupant les gaz d’une manière autoritaire. Histoire de me rappeler que tu ne te prêtes pas à la fantaisie avec autant d’enthousiasme que chez le voisin BMW. Mais que ces retrouvailles cheveux au vent sont agréables !

Mercedes SL 55 AMG (2002) : sa fiche technique

  • Années de production : 2001-2008
  • Exemplaires produits : 21 575
  • Moteur : V8 à 90°, compresseur volumétrique, 24 S
  • Cylindrée : 5 439 cm3
  • Puissance maxi : 500 ch à 6 100 tr/mn
  • Couple maxi : 71,3 mkg à 2 650 tr/mn
  • Transmission : roues AR, 5 rapports auto
  • Autobloquant/antipatinage : non/de série (avec ESP)
  • Suspension AV/AR : quatre bras, ressorts hélicoïdaux, Active Body Control/essieu multibras, ressorts hélicoïdaux, Active Body Control
  • Freins AV/AR : disques ventilés percés
  • Poids annoncé : 1 880 kg
  • Rapport poids/puissance : 3,9 kg/ch
  • L - l - h : 4 535 - 1 815 - 1 295 mm
  • Empattement : 2 560 mm
  • Pneus AV & AR : 255/40 & 285/35 ZR 18
  • Réservoir : 80 l
  • Prix à l’époque : 138 500 € (2004)
  • Cote actuelle : environ 40 000 €
  • V. max. : 250 km/h
  • 0 à 100 km/h : 4’’7

Retrouvez notre article "Retour aux sources" sur la Mercedes SL 55 AMG dans le Sport Auto n°775 du 31/07/2026.

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