Interview avec Martin Whitmarsh
Lewis a obtenu la deuxième victoire consécutive de Vodafone
McLaren Mercedes au Grand Prix de Monaco, la course la plus
prestigieuse de la Formule 1, mais cette fois, la pluie a compliqué
les choses pour l'équipe...
Martin Whitmarsh: Absolument. La journée de samedi a été un peu
décevante pour nous, parce que nous pensions avoir mis la quantité
d'essence pour être en pole position, mais cela n'a pas été le cas.
C'était dur, mais on savait que l'on avait deux bons pilotes et une
voiture assez rapide. On était optimistes, mais on savait que la
course serait difficile. Nous n'avons pas réalisé à quel point ça
le serait.
Lewis a fait un arrêt imprévu au sixième tour, après avoir touché
le rail au Bureau de Tabac. Pensiez-vous vraiment que gagner était
encore possible à ce moment ?
Vraiment. Lewis a pris un bon départ et l'accident, aussi
malheureux qu'il puisse être, ne l'a fait passer que de la deuxième
à la cinquième place. On pouvait voir sa vitesse dans des
conditions humides et on connaissait la quantité d'essence dans la
voiture. On sentait que l'on serait dans une bonne position à la
fin de la course, et il y a toujours la possibilité d'une ou deux
périodes de voiture de sécurité pour changer les choses.
Êtes-vous satisfait de la réponse de l'équipe après ce problème
?
Je pense que nous avons très bien géré la situation. Nous avons mis
beaucoup de carburant, mais malgré le handicap de poids, Lewis a
maintenu un rythme très bon, un facteur vital à ce moment de la
course. Il a fait un travail fantastique. Les conditions étaient
exceptionnellement difficiles mais il n'a pas fait d'autre erreur
et l'équipe a pris les bonnes décisions au bon moment. Nous sommes
ravis du résultat.
Est-ce que l'accident vous a favorisé, d'une façon étrange, puisque
l'évolution des conditions a en fait correspondu à votre stratégie
?
Nous avons bien joué notre carte. Nous étions dans une situation
particulière et nous avons réussi à la retourner à notre
avantage.
Si la course s'était déroulée normalement, sur une piste sèche et
sans interruption, quand auriez-vous appelé Lewis pour son premier
arrêt ?
Nous ne voulons pas dévoiler trop de choses, mais nous étions
confiants pour avoir le rythme afin de le replacer devant les
Ferrari au premier arrêt. Cela aurait été difficile, mais cela ne
devient qu'une hypothèse puisque les circonstances ont finalement
décidé que ce ne serait pas une course ordinaire.
Lewis avait encore beaucoup de carburant dans sa voiture quand il a
fait son deuxième arrêt, au 54ème tour. Pourquoi l'avez-vous appelé
plus tôt ?
Nous avions assez peur parce que nous voulions le protéger du
risque potentiel d'une voiture de sécurité. Les gens commençaient à
passer sur des pneus pour piste sèche et les conditions étaient
encore très glissantes, donc le risque d'accident était assez fort,
mais il était évident que les pneus pour piste sèche étaient les
bons. C'est pour cela que nous l'avons appelé à ce moment et
c'était la bonne chose à faire.
La deuxième voiture de sécurité a duré plusieurs tour, ce qui a
probablement fait baisser les températures des pneus, mais Lewis a
signé son meilleur tour de la course sur son premier tour après le
restart. C'était assez impressionnant.
Ça l'était. Lewis et Heikki ont une grosse expérience, et depuis le
karting ils sont habitués à gérer des conditions changeantes. Je
pense également que Lewis est particulièrement doué pour gérer les
restart. Il a fait un excellent travail.
La victoire de Lewis va sans doute faire les gros titres, mais
Heikki Kovalainen a encore joué de malchance.
Oui. Juste avant le départ, il a perdu le contrôle de son
embrayage, c'était probablement un problème de logiciel, mais nous
devons faire des analyses. Nous avons changé le volant, relancé le
système et il a pu partir, mais Heikki a vraiment manqué de chance
parce qu'il a passé la plus grande partie de sa course dans le
trafic. Quand il avait le champs libre, cependant, il a montré
qu'il pouvait être rapide.
Que s'est-il passé pendant la deuxième voiture de sécurité ?
Il était à un tour, derrière Adrian, Sutil, et nous avons demandé à
la FIA s'il avait le droit de doubler Adrian et de rattraper le
tour perdu, comme le règlement l'autorise. Il a été autorisé à
passer, mais la course est repartie alors qu'il était encore loin
dans son tour. Il a attaqué et marqué un point important, donc
malgré tout il a fait un travail fantastique.
Il était particulièrement rapide à la fin et il a signé le deuxième
meilleur tour de la course. C'est encore plus louable parce qu'il
n'est pas facile de garder sa concentration et sa motivation quand
vous ne vous battez que pour un point. Son attitude a été
fantastique.
Nous en sommes au premier tiers de la saison 2008 et Vodafone
McLaren Mercedes a gagné deux courses, contre quatre à Ferrari.
Quel est votre jugement ?
Il semble que la course pour le titre sera entre Ferrari et nous,
même si je n'écarte pas BMW et les autres. Nous devons améliorer la
voiture jusqu'à la fin de l'année. Si nous pouvons progresser à un
meilleur rythme que Ferrari, nous remporterons le championnat, et
vice-versa. Entre chaque course, il y a une course au développement
des voitures.
Vous avez récemment fait des essais pour préparer la prochaine
course, au Canada. Comment cela s'est-il passé ?
Nous avons roulé une journée au Castellet en France, et c'était un
exercice productif. Le freinage et la vitesse en ligne droite sont
des facteurs déterminants au Canada, et nous nous sommes concentrés
sur ces zones. Cette année, notre voiture a été excellente dans les
virages difficiles, à haute vitesse: Montréal n'est pas comme ça,
mais nous y avons été très bons dans le passé et je pense que ce
sera à nouveau le cas.
Interview conduite et fournie par Vodafone McLaren Mercedes.














