Exclu Interview avec Franck Montagny
Quel bilan faites-vous des 12 Heures de Sebring ?
C'est positif, pour moi en tous cas. On arrive avec une voiture
vieille de trois ans, c'est la première fois qu'on roule tous les
trois et avec cette équipe et ces ingénieurs. Moi, c'est la
première fois que je travaille avec cet ingénieur, pour Sébastien
Bourdais je ne sais pas.
Ce n'est pas trop mal. On a une auto vieille de trois ans, on
constate qu'au bout de 12 heures on est à 22 secondes malgré
quelques petits problèmes, un tête-à-queue, une crevaison et des
petits trucs donc c'est quand même positif. Je croyais qu'on serait
plus en retrait que ça et je trouve qu'on est plutôt bons par
rapport à une équipe qui arrive avec une nouvelle voiture et qui a
une expérience de dix ans.
La fin de course était comment, avec l'écart à gérer avec l'Audi
d'Allan McNish suite à la crevaison de Sébastien Bourdais ?
Pour la fin de course, quand j'ai pris la voiture on savait qu'on
était morts, donc il fallait impérativement changer la tactique. On
partait avec un train de pneus tendres. Tout s'est bien passé sur
mon premier relais puisque j'ai fait les mêmes temps que Sébastien
dans sa fin de relais, au centième près. Par contre, l'équipe a
décidé de tirer le pneu jusqu'au deuxième relais, sauf que c'est un
pneu tendre et que le pneu ne tient pas.
On ne les avait jamais essayés auparavant. Michelin a amené les
gommes 2009 juste sur cette course. On a fait ce pari, mais comme
je ne suis pas encore magicien, je n'ai pas réussi à faire ce qu'il
fallait ! C'était impossible de faire en sorte que le pneu marche
jusqu'à la fin du relais donc quand il [McNish] s'arrête pour son
deuxième relais et qu'il met des pneus neufs, il me met au moins
une seconde au tour.
Avec une autre stratégie, la victoire était jouable ?
Le problème, c'est la crevaison. Ça a changé toute la stratégie et
il a fallu impérativement faire ça, il a fallu récupérer une minute
alors qu'on n'avait pas une minute d'avance. Il a fallu jouer de
cette manière puisque j'avais enchaîné beaucoup de doubles relais
[avec des pneus médiums] et que ça s'était bien passé. Ils ont
pensé qu'avec les softs j'arriverais peut-être à le faire mais
c'était vraiment impossible à réaliser.
Il y a eu un problème hydraulique sur la N°08 au warm-up puis un
souci de climatisation sur la N°7 en course. La fiabilité est-elle
un problème chez Peugeot ?
Non. On n'a pas mis la voiture en configuration "100%", c'est à
dire que toutes les pièces n'étaient pas neuves. On a roulé avec
des pièces qui avaient déjà des kilomètres parce qu'en 12 heures,
elles n'auraient pas été jusqu'au kilométrage qu'on souhaitait. Et
comme on l'a dit avant, on était là pour apprendre. Bien sûr, la
victoire était intéressante mais on ressort avec beaucoup
d'enseignements, on a deux nouveaux problèmes qui sont apparus et
qu'on n'aurait pas pu voir si on avait pas roulé de cette manière.
Je crois que c'est vraiment très positif.
A propos de la climatisation, c'est vraiment utile dans un
prototype ?
Pour moi, c'est une connerie... Mais c'est comme ça. C'est un
règlement qui est imposé donc on le respecte à 100%. Je crois qu'il
y a une chose qui est bien, mais je ne suis pas sûr que ce soit
déjà fait. La climatisation est imposée dans les voitures fermées
mais si il fait 35° dehors et qu'on a une voiture ouverte, il fait
aussi 35°, donc je crois qu'au début il ne fallait pas dépasser 30°
mais le règlement a changé légèrement en disant que s'il fait 35°
dehors, dans la voiture il doit faire 35°.
On est un peu plus dans la logique mais pour nous c'est quand même
un coup dur. On prévoit une voiture sans la climatisation et elle
est imposée. Ça nous a pris un peu de temps, on travaille beaucoup
sur ça. C'est la première fois qu'on travaille sur de hautes
températures donc on en a profité. Il y a eu un souci vraiment,
vraiment stupide et sur la N°8 il n'y a eu aucun problème. Je pense
qu'on a la maîtrise de la climatisation, il n'y a pas de problème
là dessus.
Au niveau des performances, Audi était à un niveau à peu près
similaire. Est-ce que c'est une inquiétude ? Est-il possible de
faire encore progresser la Peugeot ?
On va continuer à progresser, il reste trois mois. Ils ne
progresseront pas plus que nous. Ils sont vraiment, vraiment à la
limite du règlement. Il y a même beaucoup de choses, pour le
moment, qui sont hors-règlement, comme les grilles d'air à
l'arrière qui sont interdites et ce genre de choses. Donc je ne
vois pas de quelle manière ils vont développer. Honnêtement, je
pense qu'on a une plus grosse marge de progression qu'eux.
Je pense qu'ils sont vraiment à la limite du règlement, il n'y a
plus rien à exploiter. Ils vont pouvoir développer le moteur ou des
choses comme ça. Nous, on a un plan de marche qui est bien en
place, qu'on a su respecter jusqu'à Sebring et qu'on respecte
encore. Et si on regarde où on en est dans nos travaux, je pense
qu'on peut développer.
Et au Mans, l'objectif sera donc de gagner...
Ah oui, je vous le confirme à plus de 100 %, l'objectif est de
gagner !
Votre programme s'arrête au Mans pour l'instant. Est-ce qu'on
pourrait vous voir ailleurs, en ALMS ou en IndyCar ?
Il y a plus de chance qu'on me voit en IndyCar qu'en ALMS mais pour
l'instant je suis concentré à 100% sur le Mans. Mon manager
travaille beaucoup avec les Etats-Unis en ce moment, il a passé
deux mois là bas, donc chacun est dans son rôle. Le mien, c'est de
travailler avec mon employeur actuel pour des objectifs qui sont
fixés à court terme, le sien c'est de travailler sur le long terme.
Il travaille pour le futur, moi je travaille pour ce qui se passe
maintenant, et c'est le Mans.
Pour finir, la F1 reprend ce week-end, vous continuez à suivre ça
de près ?
Non, pas depuis que je suis parti. Je pense toujours que la F1 est
quelque chose d'extraordinaire, je regarderai le Grand Prix à
Melbourne mais si je ne suis pas réveillé, je regarderai une autre
retransmission, ce n'est pas grave.
Je m'intéresse surtout à ce que je fais. Je m'intéresse au sport
automobile, bien sûr, je regarde ce qui se passe, notamment par la
toile, mais quand on n'y est plus, on n'y est plus. Je suis parti
parce que je m'ennuyais. C'est un championnat fantastique mais il
n'y a pas une bagarre de fou à regarder donc ce n'est pas à un
super spectacle jusqu'à présent.
C'est sûr que c'est dur de faire aussi bien que le final de Sebring
!
Voila ! Nous en douze heures, on finit à 20 secondes, eux ils font
une heure et demi et ils sont à un tour, donc ce n'est pas pareil
!














