Interview avec Jules Bianchi
Le contrat avec Ferrari
Jules, quand et comment se sont effectuées les négociations et la
signature du contrat ?
Jules Bianchi: Ma visite dans le paddock de F1 m’avait permis de
prendre contact avec plusieurs écuries, dont la Scuderia Ferrari.
La saison se passait bien pour moi en F3 Euro Series et il était
temps de penser à préparer l’avenir. Comme toujours mon manager,
Nicolas Todt, s’est occupé de tout l’aspect administratif, je
m’occupais de la piste ! Le contrat a été signé il y a quelques
semaines, à Genève.
Etre choisi par une écurie aussi prestigieuse que Ferrari avant
même d’avoir roulé est surprenant et en même temps c’est un choix
qui témoigne de la confiance de la Scuderia et de la qualité de vos
prestations depuis vos débuts en sport automobile.
Oui, c’est vrai, c’est une belle marque de reconnaissance, j’ai
encore un peu de mal à trouver mes mots, j’ai la tête pleine des
essais qui viennent de se terminer !
Avez-vous parfois la sensation que tout va très vite, voire trop ?
Vos débuts en sport automobile ne remontent qu’à 2006 !
C’est vrai que ça va très vite, mais quand on roule le but est
d’arriver en F1, un pilote aime que ça aille vite sur et en dehors
de la piste… tant qu’il n’y a pas de sortie de piste ! Je suis
totalement serein par rapport à tout ce qui m’arrive, je suis très
content, ravi, mais je garde les pieds sur terre et je suis bien
entouré.
Vous êtes le premier pilote français à piloter une voiture rouge
depuis Jean Alesi. C’est un beau clin d’œil puisqu’il est votre
capitaine dans l’Equipe de France FFSA…
C’est clair, c’est très beau, mais il ne faut pas s’arrêter sur ce
clin d’œil sympathique avec mon capitaine FFSA, sinon on n’avance
pas assez et qui n’avance pas recule dans ce sport. Jean m’a parlé
de Ferrari, ses conseils et son vécu sont toujours précieux, c’est
une encyclopédie du sport et de Ferrari, l’avoir à mes côtés était
une chance inestimable.
Les essais de Jerez
Vous connaissiez le circuit pour y avoir roulé en GP2 quelques
semaines auparavant, vous aviez donc une bonne base de comparaison
: quelle est la différence principale entre les deux monoplaces
?
Ce sont deux bêtes complètement différentes ! La F1 va beaucoup
plus vite, elle a plus d’adhérence… en bref tout est mieux, un peu
démesuré par rapport à la voiture du GP2 qui est pourtant déjà
exceptionnelle. L’écart entre GP2 et F1 est identique à celui qu’il
y a entre F3 et GP2 si l’on fait abstraction des freins en carbone
dont dispose la voiture du GP2.
Un grand classique : avez-vous eu mal au cou, avec plus de 200
tours couverts ?
Oui, forcément. Les deux premiers jours, je pensais avoir très mal
le lendemain, mais en fait ça allait mieux que ce que je craignais.
Ma préparation physique est bien adaptée mais il faut que je
m’entraîne plus. L’une de mes satisfactions est d’avoir justement
effectué ces 200 tours sans faire d’erreur. Je ne pensais pas que
ce serait le cas mais plus on roule et plus on est à l’aise dans la
voiture. Je n’ai jamais demandé à arrêter même lorsque je
ressentais quelques douleurs qui finalement n’altéraient pas mon
pilotage ni ma concentration. Ces sensations étaient fabuleuses et
il fallait en profiter au maximum ! L’écurie m’a parfois demandé «
On arrête à la fin de ce tour ? », ma réponse était « Non on
continue ! »
Arrive-t-on à livrer le meilleur de soi lorsque l’on concrétise la
première partie d’un rêve d’enfant, à savoir rouler pour Ferrari
qui est votre écurie de cœur ?
Je n’ai pas réalisé avant de prendre le volant. J’ai réalisé ce
qu’il m’arrivait une fois sur place. J’ai gardé la tête froide,
j’ai essayé de faire abstraction de ce que représentaient ces
essais pour rester concentré sur ce que l’écurie me demandait de
faire. J’étais impressionné, mon cœur battait fort, mais je pensais
juste à conduire et pas au fait que j’étais en train de réaliser un
rêve.
L’écurie vous a-t-elle donné des consignes particulières ?
Le premier jour, on a roulé pour moi, pour que je prenne mes
marques et que je m’adapte à l’auto, le second les conditions
étaient très différentes. L’écurie m’a laissé le temps dont j’avais
besoin pour me sentir à l’aise. Elle ne m’a donné qu’une
recommandation : ne pas sortir de la piste, apprendre
progressivement. Honnêtement, je me suis senti à l’aise
instantanément.
Avec un jour de recul, que pensez-vous de vos essais ? Se sont-ils
déroulés comme vous l’espériez ?
Oui, même mieux car je ne savais pas dans quoi je m’embarquais. Le
changement était énorme par rapport à toutes les expériences
précédentes. J’étais un peu dans le flou avant mes premiers tours
de roue. J’ai réussi à faire tout ce qu’il fallait, notamment le
deuxième jour, sans chercher l’exploit.
Le sport automobile se nourrit de chiffres et de chronomètres,
pourtant le deuxième jour vous avez dû vous concentrer
principalement sur les longs relais avec beaucoup d’essence à bord,
est-ce frustrant pour un jeune pilote qui pense souvent avant tout
au temps au tour ?
Si, bien sûr, mais je n’appellerais pas ça de la frustration. En
tant que pilote on préfère faire le meilleur temps à chaque fois
qu’on roule, mais ce n’était pas le moment de se pencher sur cette
question, contrairement à d’autres. Ce sera peut-être un objectif
une prochaine fois, lorsque tous les fondamentaux auront été bien
acquis.
Quand vous reverra-t-on au volant d’une Ferrari ?
Je ne sais pas, le programme n’est pas totalement défini.
Maintenant il est temps de se concentrer sur le GP2 !
D’un point de vue personnel, être le premier Bianchi d’une longue
dynastie de pilotes à être un pilote Ferrari officiel doit faire
chaud au cœur…
Oui bien sûr, c’est beau, c’est émouvant, c’est difficile à
exprimer… il faut en profiter mais ne pas se monter la tête sinon
on redescend vite !
La saison 2010 en GP2
Le GP2 reste votre priorité, quel est le programme des semaines à
venir ?
Oui c’est ma priorité. Je vais m’entrainer intensément pour être
prêt dès le premier rendez-vous de la saison. Dans les prochaines
semaines, j’essaierai également de trouver où déménager pour
pouvoir me rapprocher de Ferrari.
La pression de la presse est grandissante, comment vous y
préparez-vous ?
C’est clair, ça change ! Beaucoup de gens sont venus me parler à
Jerez ; j’essaie de rester moi-même, la communication fait partie
du travail de pilote et je l’assume.
Vous avez assuré la succession de Nico Hülkenberg en F3 Euro Séries
en remportant le titre dans sa foulée, mais il a placé la barre
très haut en doublant la mise en GP2. Le titre est-il votre
objectif en 2010 ?
Je vais faire au mieux, comme cette année, je ne change pas de
mentalité. Je ferai ce que je sais faire de mieux et on verra si
les morceaux du puzzle s’emboîtent aussi rapidement que pour Nico.
Je ne me fixe pas d’objectif précis car par exemple, si je dis
vouloir être dans les trois premiers, ça veut dire que je n’ose pas
franchir la dernière marche. Quand on pense pouvoir être 3ème,
pourquoi ne pas viser la première place ?
Connaissez-vous la défaite et comment la gérez-vous ?
Bien sûr, j’ai eu deux coups durs cette saison, à Brands Hatch et à
Macao récemment. Je la gère en l’oubliant le plus rapidement
possible. Je ne repense pas à ce qui est arrivé ou ce qui aurait pu
arriver. Je tourne la page et me concentre à fond sur le prochain
rendez-vous.
Quels seront vos principaux adversaires en GP 2 ?
Il y a énormément de bons pilotes en GP2, mais je dirais Van Der
Garde, Bird, quelques redoublants sont inquiétants comme Villa,
Nunes, Rodriguez et j’en oublie…
Faites-vous relâche pour les fêtes ? Quel est votre menu préféré
?
Oui, je me laisse aller un peu. Mon plat favori ? La pasta bien
sûr, y compris à Noël !
Communiqué de presse Equipe de France FFSA














