GP de Bahreïn 2026 : pourquoi la F1 a-t-elle choisi la Malaisie et Sepang ?
Pourquoi donc la Formule 1 a-t-elle choisi Sepang et la Malaisie pour accueillir le "Grand Prix de Bahreïn" de ce week-end ? Sport Auto re-bobine les faits ayant mené à cet étrange arrangement dans un calendrier 2026 qui n'a pas fini d'être perturbé par la guerre déclenchée en février dernier par Israël et les Etats-Unis contre l’Iran.
Oui, vous avez bien lu. Le Grand Prix de Bahreïn 2026 se déroule cette année en Malaisie, à près de 6.000 km du circuit de Sakhir...
Des bricolages sémantiques à la logique... financière
Les Bahreïniens tiennent à organiser leur course, quel que soit
ce qui se passe dans le golfe Persique, et la Formule 1 est donc disposée à
leur donner satisfaction. Ils ont donc imaginé un événement qui
s’appellera "le Grand Prix de Formule 1 Gulf Air de Bahreïn en
Malaisie". C’est un concept étrange, mais ce ne sera peut-être pas
la dernière fois que cela se produira.
Même si certains traditionalistes pourraient s’en plaindre et
affirmer que de telles choses ne sont pas acceptables, la réalité
est qu’il n’existe aucune règle à ce sujet. Et ce n’est pas la
première fois que la F1 autorise ce genre de distorsion
géographique, si un pays hôte ne peut pas accueillir de course.
Un Grand Prix de Suisse s’est, par exemple, tenu à Dijon, en
France, en 1982, alors que l’Hexagone souhaitait organiser deux
courses ; par la suite, un Grand Prix de Saint-Marin a
régulièrement eu lieu à Imola, en Italie. Cela a permis aux
Italiens d’avoir deux courses…
Puis, à l’époque de Michael Schumacher, les
Allemands ont voulu deux courses et il y a donc eu deux Grands Prix
du Luxembourg en 1997 et 1998 au Nürburgring, à 80 km au-delà des
frontières du Grand-Duché. La logique sous-jacente de ces
bricolages sémantiques est, bien sûr, financière.
Une initiative qui en appelle d'autres ?
Liberty Media, qui détient les droits commerciaux de la Formule 1, désire évidemment
éviter que des courses soient annulées et va donc prendre tout ce
qui est possible. Si Bahreïn est prêt à financer une course en
Malaisie, c’est une bonne solution si l’on ne se soucie pas des
noms des courses. La FIA ne risque pas de s’en émouvoir, car chaque
course supplémentaire lui rapporte davantage d’argent ; par
conséquent, les questions relatives à l’intégrité de ce sport ne
retiendront guère l’attention des dirigeants actuels.
Une telle initiative ouvrirait logiquement la voie à n’importe quel
pays riche souhaitant acheter une course sur un circuit situé hors
de ses propres frontières. Cela pourrait bien sûr signifier que,
plus tard dans l’année, nous pourrions assister à un Grand Prix du
Qatar à Imola et à un Grand Prix d’Abu Dhabi à Portimão.
Bien que toujours dans l'attente d'une annonce officielle, nous
savons que les deux dernières courses de l’année se
dérouleront en Europe s’il s’avère impossible d’organiser les
courses du Qatar et d’Abu Dhabi en raison du conflit du Golfe. Mais
nous ne connaissons pas encore les circuits concernés. Annoncées
mi-septembre, les décisions tardent toutefois, afin que toute la
logistique puisse être mise en place.
Pourquoi une telle dérogation envers Bahreïn ?
Pour être juste envers Bahreïn, le royaume est depuis longtemps
un fidèle soutien de la Formule 1 (sans parler du fait qu’il est
propriétaire de longue date de l’écurie McLaren), ce qui pourrait
justifier une dérogation spéciale, aussi étrange que cela puisse
paraître aux yeux des fans.
L’idée d’accueillir des courses en Europe fin novembre et début
décembre est, bien sûr, problématique du point de vue
météorologique. En décembre, les températures maximales
quotidiennes moyennes à Imola, au nord-est de l'Italie, avoisinent
les 7 °C, avec des minimales comprises entre 0 et 2 °C. Il pourrait
donc facilement neiger à cette période de l’année.
La région de l'Algarve, au sud du Portugal, offre une météo plus
clémente, avec des températures maximales moyennes de 17 °C et des
minimales de 8 °C. Ce n’est pas idéal, mais si la F1 est contrainte
de courir dans des conditions glaciales, les écuries s’y plieront.
Les implications financières d’un refus sont trop importantes pour
être même envisagées.
Une seule mission compte : maintenir la F1 en aussi bonne santé que possible
La meilleure façon d’expliquer cela est d’examiner les résultats
financiers du deuxième trimestre de Liberty Media, publiés début
août. Ils ont montré qu’avec quatre courses de moins entre le 1er
avril et le 30 juin par rapport à 2025, les recettes de la
discipline ont chuté de 38 %, passant de 1,22 milliard de dollars
l’année dernière à 764 millions de dollars.
En 2025, ce trimestre comptait neuf courses, contre seulement cinq
cette année. Cela a des répercussions non seulement sur Formula
One Group, mais aussi sur les écuries, car environ la moitié
de ces recettes est répartie entre elles ; il est donc évident
qu’environ 450 millions de dollars de prix ne seront pas
versés.
Si l’on divise ce montant entre les onze équipes (bien que les
pourcentages ne soient pas égaux), on constate que celles-ci
risquent de perdre en moyenne 40 millions de dollars chacune. Les
grandes écuries peuvent se le permettre. Mais certaines des plus
petites ne sont toujours pas rentables et cela sera très douloureux
pour elles.
Cela signifiera également que la FIA engrangera moins de revenus,
même si personne dans le milieu ne s’en préoccupe outre mesure. Le
monde de la Formule 1 n’a cessé de vanter ses succès cette année :
toutes les courses organisées à ce jour ont affiché complet et ont
attiré près de 3,7 millions de spectateurs, contre 3,4 millions
l’année dernière.
Six courses ont établi de nouveaux records, notamment le Grand Prix
de Grande-Bretagne qui a battu le record historique avec 564 000
spectateurs. On comprend donc pourquoi il est nécessaire de
programmer un maximum de courses, afin de maintenir ce sport en
aussi bonne santé que possible.
Quoi qu’il arrive cette année, il n’y aura pas de course de
remplacement pour l’Arabie saoudite, car il n’y avait tout
bonnement pas de place à l’automne pour en caser une autre. Le
Grand Prix de Bahreïn se tient entre les Grands Prix d’Azerbaïdjan
et de Singapour. Cela crée un nouveau triple header et
signifie que les neuf dernières courses se dérouleront en trois
séries de trois, avec seulement deux week-ends de repos en onze
semaines.
Ce sera difficile pour les écuries, même si beaucoup d’entre elles
ont désormais mis en place une rotation du personnel afin que
seules quelques personnes participent à toutes les courses.
Espérons simplement que, si la crise au Moyen-Orient n’est pas
résolue à temps, il n’y aura pas de neige à Imola…















