Antonelli sacré champion 2026 : anatomie du nouveau "fenomeno" de la F1
Au Grand Prix du Mexique, "le petit Kimi" Antonelli est définitivement devenu "il grande Kimi" en remportant son premier titre mondial de Formule 1. Sport Auto revient sur les points forts de ce jeune pilote au talent brut qu’un entourage aux petits soins s’évertue à polir. Et à protéger...
Voilà un champion qui fait plus que son âge. Avec le rajeunissement des troupes de la F1 moderne, il est désormais courant de voir les parents des pilotes en arrière-plan dans le stand de leur équipe ou au pied des podiums lorsque la réussite est au rendez-vous. Le cas de Kimi Antonelli est un peu particulier.
Equilibre familial
Si, à Monza lors de son étincelante
remontada, toute la famille Antonelli – père, mère,
petite sœur – était regroupée autour de son jeune héros, sur les
courses les plus éloignées, seul son père Marco ne le lâche pas
d’une semelle (à l'exception de Mexico où toute la fratrie avait
fait le déplacement pour célébrer le sacre du rejeton).
La saison dernière, l’omniprésence du paternel avait même fait
grincer quelques dents chez Mercedes, jugeant qu’Antonelli senior
prenait légèrement trop de place au côté de son fils, alors que
l’équipe construisait justement une structure pour le protéger de
toute influence extérieure. Mais le jeune homme a expliqué à son
équipe que son père était pour lui un repère indispensable et un
solide pilier sur lequel il pouvait s’appuyer en toutes
circonstances.
Antonelli l’a redit dans un récent entretien à L’Equipe : "Mon
père est à mes côtés depuis le Karting. Personne ne me connaît
mieux que lui. On discute de tout et bien sûr de la course. J’aime
avoir son point de vue, même si on n’est pas toujours d’accord. Il
peut m’arriver de ne pas l’écouter, et ce n’est pas grave. Ça ne
nous empêche pas de partager notre vision des choses."
Et Andrea Kimi de rappeler malicieusement la différence d’âge entre
son père Marco et lui qui a tout juste 20 ans : "Il vient
d’avoir 62 ans…" précise le jeune homme, laissant entendre
qu’il y a quand même un sérieux "gap" de génération. L’autre petit
souci que pointaient les responsables de la structure des jeunes
pilotes Mercedes ayant porté Kimi jusqu’à la F1 était que son père,
ancien pilote lui-même, avait tendance à lui donner des conseils
erronés sur le pilotage d’une F1. Un aimable recadrage a été
essentiel et le « papa poule » a intelligemment pris le
recul nécessaire. Il est toujours là en soutien mais en aucun cas
ne prétend être l’« ingénieur de piste » de son fils.
Pour tout ce qui concerne la technique et le pilotage pur, Kimi Antonelli se repose sur
Peter Bonnington, alias "Bono". Avant Antonelli, Bono fut
l’ingénieur de piste de Michael Schumacher et surtout de Lewis
Hamilton, que le technicien britannique a accompagné lors de tous
ses succès.
Le cocon Mercedes
Kimi Antonelli est, faut-il le rappeler, un pur produit de la
filière des jeunes pilotes de l’écurie allemande. Nous avons déjà
détaillé dans Sport Auto l’ascension au sein de cette structure.
Pour simple rappel, Mercedes lui avait fait faire un premier test
en F1 en avril 2024 alors que l’adolescent n’était âgé que de 17
ans.
Dans la W12 de 2021, sur le Red Bull Ring en Autriche, Antonelli
avait déjà fait forte impression par sa faculté d’adaptation au
volant d’un monstre de puissance tandis qu’il disputait cette
saison-là le championnat de F2. Mais la cavalerie de la F1 ne lui avait
pas posé de problème, pas plus que le saut assez vertigineux
quelques mois plus tôt de la F4 à la F2 n’avait désorienté le
débutant.
Dès lors, il fut mis en réserve et considéré comme un possible
titulaire en cas de départ d’un des pilotes maison… Et c’est
exactement ce qui s’est produit. Juste un peu plus tôt que prévu,
comme l’a récemment raconté Antonelli : "C’était en 2024,
l’année de mes 18 ans, en février. J’étais à Silverstone. J’y
faisais des essais pour apprendre le circuit. A la fin de la
journée, Toto m’a convoqué. Je suis entré dans son bureau. Il est
allé droit au but. C’était avant même que le départ de Lewis chez
Ferrari soit annoncé. Il m’a dit : 'Ecoute, Lewis va partir chez
Ferrari et nous envisageons de te mettre dans la voiture l’an
prochain."
A l’époque, Kimi Antonelli n’avait même pas
encore disputé sa première course de Formule 2, mais Wolff était
sûr de faire le bon choix. Le jeune Italien, lui, avait du mal à
croire à cette promotion accélérée. "Je me suis demandé : 'Vous
plaisantez ?' J’avais encore tellement de choses à prouver pour
mériter cette place. Je me suis dit : 'D’accord…' Puis il m’a
demandé : 'Si l’opportunité se présente, seras-tu prêt ?' Je lui ai
répondu : 'Oui, il faudra que je sois prêt."
Dès lors,
Antonelli fut soumis à un intense travail de préparation physique,
mentale, technique, agrémenté de nombreuses séances d’essais et de
simulateur. Mais tout cela se déroulait à l’écart de l’exposition
médiatique. Jusqu’à cette fameuse première séance officielle dans
le cadre du Grand Prix d’Italie à Monza en 2024.
La confiance de Toto Wolff Ce fut une sorte de cadeau
d’anniversaire empoisonné qui aurait pu affecter durablement le
début de carrière du jeune homme. Alors qu’il venait de souffler
ses 18 bougies le dimanche précédent et qu’il allait signer son
contrat de titulaire chez Mercedes le lendemain, Antonelli s’est
retrouvé propulsé sur la piste de Monza, devant son public, au
volant de la W15 (de George Russell…) lors de la première séance
libre.
Après avoir réalisé le meilleur chrono durant son premier tour, il
était sorti de la piste à la Parabolique lors du second. Sale coup
pour l’ego et la confiance, mais Toto Wolff le rasséréna aussitôt.
Il en avait vu assez et l’accident ne remit pas en cause sa
titularisation.
Si le début de la première saison de l’Italien en 2025 fut plutôt
rassurant, il connut ensuite un long passage à vide au cœur de la
saison européenne, avec en point d’orgue une performance médiocre
lors du Grand Prix d’Italie il y a un an. Une période compliquée
selon Antonelli, mais qui fut analysée et dont il a su se servir :
"J’avais un peu perdu le fil. Il y avait beaucoup de
frustration et je me suis mis à trop penser au résultat final. Je
me mettais énormément de pression et je ne me concentrais plus sur
le fait de bien piloter.
Après Monza, il y a eu une réunion avec Toto et Bono. Ils m’ont
dit franchement ce qu’ils pensaient de mes performances. C’était
une critique constructive, que j’ai acceptée de manière positive.
Cela m’a aidé à me recentrer et m’a donné la détermination de me
dire : 'O.K., maintenant, les choses vont changer.' Et elles ont
effectivement changé."
Le maître du reset
L’une des grandes forces de Kimi Antonelli, outre cette
incroyable maturité pour son jeune âge, c’est sa capacité à mettre
derrière lui les mauvais moments et à repartir de l’avant. Même
Toto Wolff n’en revient pas : "Nous sommes tous surpris. Je
pense que sa première saison s’est déroulée comme prévu. Il y a eu
de grands moments où son talent a éclaté au grand jour, mais aussi
des périodes très difficiles, ce qui était attendu. Puis, après
l’hiver, il connaissait son environnement, la pression, les
attentes de l’équipe, que ce soit sur le plan technique ou sur le
plan marketing, etc. Mais ce qui n’était pas prévu, c’est la
sérénité qu’il a apportée à sa manière d’aborder les
choses."
Et Wolff de préciser la façon dont l’Italien analyse son travail en
piste : "Avec Kimi, que la séance ait été bonne ou mauvaise, on
ne voit aucune différence dans ses émotions lors des débriefings.
Tout est absolument factuel. Quel est le problème ? Comment le
résout-on ? Comment passe-t-on à la suite ? Et ça, c’est
nouveau."
Wolff admire également la manière dont son
poulain encaisse les coups du sort avec philosophie, comme après
ses déboires techniques à Barcelone ou à Silverstone. "Il
revient au stand et c’est lui qui dit à l’équipe : 'Eh bien, c’est
un sport mécanique, ce genre de chose peut arriver.' A 19 ans !
C’est très impressionnant. Je pense que cet état d’esprit et cette
attitude sont probablement les principaux facteurs qui ont permis à
son talent de s’exprimer aussi tôt dans sa carrière."
Un
proche de l’écurie Mercedes avance une autre explication au sujet
du pilotage d’Antonelli, en parfait accord avec ces voitures
extrêmement complexes de la nouvelle génération : "Il applique
le 'mode d’emploi' à la lettre, alors que d’autres pilotes s’en
remettent à leur instinct."
Intraitable en piste
Méfiance toutefois. Ce garçon au charisme dévastateur qui est
adoré de tous dans le paddock et, plus surprenant, adoubé par
quelques-uns de ses adversaires tels que Lewis Hamilton ou Max
Verstappen, est intraitable une fois derrière le volant. Adorable,
souriant en dehors de sa voiture, il se transforme en diable féroce
quand il est dans la bagarre de la piste.
George Russell en est la principale victime et peut en témoigner,
comme ce fut le cas lors du Grand Prix du Canada ou à Monza après
de sévères affrontements en piste. Dans le magazine GQ
Italia, qui consacre plusieurs pages à la nouvelle coqueluche
de la F1, Marco Antonelli, son père, rappelle un principe de base
de la compétition. "C’est agréable d’avoir des amis en dehors
des circuits, mais en course, on ne peut pas en avoir. C’est la
mentalité que j’essaie d’inculquer à Kimi depuis ses débuts en
Karting."
Une mentalité que le jeune Kimi sera parvenu à
exploiter de la plus belle des manières en remportant à Mexico son premier
titre mondial en F1, 73 ans après son compatriote Alberto
Ascari, jusqu'à alors le dernier Italien sacré champion en 1953. A
20 ans, deux mois et 7 jours, Antonelli a également détrôné
Sebastian Vettel au rang de plus jeune champion du monde de
l'histoire.















