Brawn GP dément des consignes d'équipe
Le plus souvent, les pilotes adoptent une stratégie à deux
arrêts. A Barcelone, Brawn GP avait prévu de faire trois
ravitaillements pour les deux voitures, considérant que ce serait
plus efficace. Avec une telle stratégie, les pilotes peuvent faire
plus de tours avec des pneus en bon état et peu de carburant, même
s'ils perdent du temps en faisant un arrêt supplémentaire.
Mais finalement, Jenson Button n'a fait que deux arrêts, ce qui
s'est avéré être la meilleure stratégie puisqu'il a remporté la
course devant Rubens Barrichello. Dans les premiers tours, le
Brésilien avait pourtant l'avantage: il était devant son équipier
et il devait faire un premier relais plus long. Pourquoi Button
a-t-il changé sa stratégie ?
"Ils ont réalisé que j'avais une avance suffisante pour ravitailler
et rester devant Massa [après les arrêts de tous les pilotes] même
s'il s'arrêtait plus tard, donc ils ont tenté les deux solutions" a
expliqué l'Anglais en conférence de presse. "Nous étions tous les
deux [avec Barrichello] sur une stratégie à trois arrêts et ils ont
décidé que je n'en ferais que deux."
"Les trois arrêts permettaient de faire une course plus rapide mais
clairement, en faire deux a marché."
Brawn GP a décidé de changer la stratégie de Button un tour à peine
avant son premier arrêt, en voyant qu'il avait une avance assez
conséquente pour rester devant Massa durant son deuxième relais. Si
Button avait été doublé par Massa lors des ravitaillements, il
aurait perdu beaucoup de temps, comme Vettel, et la stratégie à
deux arrêts n'aurait pas fonctionné.
"Au début, je ne pensais pas que c'était une très bonne idée parce
que je ne savais pas contre qui je me battais à ce moment là"
explique Button. "Rubens était devant et j'avais Massa et Vettel
derrière, et au début je pensais qu'ils s'inquiétaient que je ne
sois plus devant Massa et Vettel [après les ravitaillements de tout
le monde], donc qu'ils allaient me faire faire un relais plus long
pour que je les double à l'arrêt suivant, mais ce n'est pas ce
qu'ils pensaient [puisque Button a pu rester devant eux] et c'était
une situation différente."
Si la stratégie à trois arrêts était la plus efficace, pourquoi
n'a-t-elle pas fonctionné pour Barrichello ? Le Brésilien a perdu
beaucoup de temps dans le troisième des quatre relais. C'est là que
ses espoirs de victoire se sont envolés.
"Quand j'ai vu que [Button] avait changé [de stratégie] j'ai tenté
d'aller à fond et je l'ai fait" assure Barrichello. "Je n'aurais
pas pu faire mieux. Dans mon troisième relais, je n'avais pas le
même rythme que dans les deux premiers. Je ne sais pas pourquoi. Ce
n'était pas bon. Je bloquais les roues partout et il s'est passé la
même chose dans le dernier relais, donc j'espère qu'on va me dire
qu'il y avait un petit problème."
Ross Brawn confirme que Rubens Barrichello a perdu du temps dans
cette partie de la course: "Si on regarde les chronos avec les
pneus et la quantité de carburant, il y a eu un moment de la course
où il était beaucoup plus lent que prévu" relève le patron de
l'équipe. "C'est ce qui lui a fait perdre la course parce que
Jenson était plus rapide avec plus de carburant."
Les temps au tour montrent que durant cette partie de la course,
Barrichello perdait entre trois et six dixièmes sur Button à chaque
tour. Il aurait pourtant dû aller plus vite puisqu'il avait moins
de carburant. Si le Brésilien avait fait de meilleurs temps, il
aurait peut-être pu reprendre la piste devant Button après son
dernier arrêt.
Des consignes d'équipe ?
Après la course, certains soupçons de consignes d'équipe ont
émergé. Rubens Barrichello a finalement été le seul de tout le
plateau à adopter une stratégie à trois arrêts aux stands et Jenson
Button, mieux placé pour viser le titre, a remporté la course en
profitant des difficultés de son équipier
"Vous avez vu au premier virage qu'il n'y a pas de consigne
d'équipe" répond Ross Brawn. "J'adorerais voir Rubens et ses
mécaniciens gagner une course parce que ce serait bon pour
l'équipe. Nous ne donnons aucune priorité."
Rubens Barrichello a plusieurs fois été victimes de consignes chez
Ferrari. Il est persuadé que cela n'est pas possible chez Brawn GP.
"C'est différent de mon époque chez Ferrari" explique-t-il. "Nous
avons une situation plus amicale, donc je ne vais critiquer
personne. Je ne vais pas pleurer et dire que j'aurais dû faire ceci
ou cela."
"C'est dans mon intérêt de comprendre ce qui s'est passé parce que
je pouvais gagner la course mais je ne l'ai pas fait. Jenson est
excellent et il fait du bon travail."
L'Anglais a en effet mené une course d'attaque malgré une voiture
très chargée en carburant. Button estime qu'il a gagné parce qu'il
a pu faire de bons tours malgré une voiture lourde pendant que
Barrichello souffrait au volant d'une monoplace instable, avec
pourtant moins d'essence à bord.
"Dès que je me suis retrouvé devant Massa [après les premiers
ravitaillements], j'ai tenté d'enchaîner les bons tours" confirme
le leader du championnat. "C'était difficile parce que j'avais
beaucoup de carburant pour le deuxième relais. J'ai attaqué et j'ai
un peu endommagé les pneus mais j'ai pu faire de bons chronos et
être agressif."
"C'est la bonne chose avec cette voiture. On peut être agressif et
cela ne semble pas “manger” les pneus. Normalement, ce n'est pas
mon style mais c'est ce que j'ai dû faire pendant cette course et
cela a fait la différence, pendant que Rubens avait des problèmes
de sous-virage avec son troisième train de pneus."
"J'étais à fond à tous les tours, je n'avais jamais piloté de cette
façon avant et je suis sûr que si on revoit les images, cela semble
assez brouillon mais c'était la meilleure solution pour faire de
bons chronos. J'ai gagné chaque dixième et j'ai fait tout ce que je
pouvais."














